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ANTI-BAILLET

CRITIQUE

D U L I V R E

D E Mr. BAILLET,

INTITULE

JUGEMENS DES SAVANS.

PAR Mr. MENAGE.

Nouvelle Edition augmentée I des Observa- t i o n s de Mr. de l a M o n n o y E fur YAnti- Baïliet. II. des R e f l e x i o n S fur les Jugemens des Savais, i IL des R t F L E X i o N S fur la Vie de

Defcartes.

TOME SEPTIEME,

PREMIERE PARTIE. t

Monjieur B aille t fût un aaverjairc w^ne de moi.

Mais , MONSIEUR, Fous m'avez remontré qu'il ne s'agiffoit pas de iujlifier mes écrits ; qu'il s'agiJJ'oit de juflifier mes mœurs ; & que les Pères de l'Eglife les flus Saints n'avoient pas dédaigné de Ce dé- fendre en fembtables rencontres. J'ai défé- ré à Vos remontrances ; Et je croi , MON- SIEUR , y avoir déféré de forte que Vous ferez fait sfaif de moi de ce coîé-là.'Quoi- * 2 que

'&a*n quia feci ego, quidve fum locutusi Çurme tôt maie perderent Libellis?

Ex Câtulîo Epïg. xiv.

s'il

.83

Hi

A MONSIEUR

BIGOT.

ONSIEUR,

Je prens la liberté de Vous offrir mes Remarques fur le Livre de Monjieur Bail-* Ut , étant perfuadé qu'elles ne Vous dé- plairont pas , putfque l/ous êtes un de ceux qui m'avez le plus excité à entreprendre cet Ouvrage. Quelque déférence que je doive avoir pour Vos confeils , je Vous avoue , MONSIEUR T que ce n'a pas été fans répugnance que je les ai fui-vis en iette occafion. Outre que je fais projejjion de méprifer les injures , & que d'un autre côté je fuis devenu comme infenfible aux Libelles par le grand nombre de ceux qu'on a faits contre mot , je ne croyois pas que Monfieur Baillet fût un adverfaire digne de moi.

Mais, MONSIEUR, Vous m'avez remontré qu'il ne s'agiffoit pas de jujîifier mes écrits ; qu'il s'agifjoit de jujîifier mes mœurs ; & que les Pères de l'Eglife les plus Saints n'avoient pas dédaigné de fe dé- fendre en fembiables rencontres. J'ai défé- ré a Vos remontrances \ Et je croi, MON- SIEUR , y avoir déféré de forte que Vous ferez faùsfait de moi de ce côté-!à.~Quoi<- * 2 que

iv E P I T R E.

que fuffe été outragé par Monfieur B aille? fans que je lui ujfe fait la moindre offenfe , çjf que je fujje en droit de lui dire à mon tour des cbojes fâcbeufer , fai réfuté fe s outrages avec toute forte de modération ; En les réfutant , je l'ai averti charitablement , par occafion, d'un grand nombre de fautes grojjieres, ou plutôt dyun nombre infini de monftres de fautes , qui font dans fon Li- vre: afin de le faire rentrer dans lui-mê- me , ksf de l'obliger , en lui repréfentant fon néant , de parles une autrefois avec res- pect des premiers Ecrivains du Royaume dont il a parlé avec mépris, fai mêlé quel' qu'érudition à ma juftification , & a ma 'Critique , afin que le Le fleur en lifant mon Livre apprit quelqu' autre chofe que les fau- tes & les calomnies de Monfieur Baillet. Mais comme la méditation fait partie du jugement , & que dans la paffion ou fétois de faire promptement ce que vous defiriez que je fijfe^ fai écrit ces Remarques avec beaucoup de précipitation: Vous y trouve- rez quelques endroits négligez , que vous txcuÇerez S il vous plaît avec Votre bonté ordinaire.

Da veniam fubïtis: nondifplicuiflemeretur* Feftinat nimiùm qui placuiflfe tibû

// me refie, MONSIEUR , à Vous fup* plier de les recevoir comme un hommage que je rens a Votre vertu , & comme un témoignage de notre amitié.

MENAGE.

AVERTISSEMENT

Sur cette Edition.

ON ne peut difconvénir que le defTein qu'avoit Mr, Baiilet de recueillir les Jugemens des Savans fur les Auteurs anciens & modernes les plus célèbres , n'eût été fort utile, s'il avoit été bien exécuté. . L'En- trepreneur fembloit avoir pour cela des talens, 6c des fecours confîdéra- bles. Outre qu'il joignoit à une gran- de afîiduité au travail , une grande fa- cilité de ftyle, quoique fouvent peu correct , il difpofoit encore d'une Bibliothèque nombreufe. Par mal- heur pour lui , s'étant propofé de rapporter les jugemens d'autrui fans aucune partialité , il fortit des bor- nes qu'il s'étoit preferites. 11 s'éri- gea en juge , 6c en juge paflk>nné. Il parut lur tout en vouloir à Mr. Ménage, qui pouffé à bout , fe ré- folut enfin à lui répondre. Com- me c'étoit un homme d'une lecture prefque infinie , fupérieur de beau- coup à fon Adverfaire en érudition, plus habile dans l'intelligence des Lan- gues, 6c mieux verfé dans l'hiiîoire * 3 des

vi Avertissement. des gens de Lettres, il ne lui fut pas difficile de le convaincre d'un grand nombre de bévues. Cependant com- me il avoue lui-même avoir écrit avec précipitation, qu'on fait de plus qu'il avoit près de (biffante & dix- huit ans quand il commença Ton Anti-Baillet, il lui échapa des négli- gences, 6c des méprilés, dont on a cru devoir purger un Ouvrage, plein d'ailleurs, d'un bout à l'autre, d'une litérature exquife. Les exemplaires en étant devenus très -rares depuis la première édition, les Curieux fe- ront fans doute bien a. (es d'en voir une féconde plus exacle, & accom- pagnée des Obfervations dont on fait ici part au public. L'Obfervateur ne voulant point être connu , je n'ai garde de le nommer #. Je me conten- terai feulement de dire que c'eft ce- lui-là même, fous les yeux duquel Mr. Ménage auroit fait paffer en re- vue les épreuves de fon Livre , s'il avoit pu obtenir la permifîîon de le faire imprimer à Paris.

PRE-

* C'eft Mr. de la MoNNorr, Les raifons qu'a- voit ce (avant homme de ne pas fe nommer, lors- qu'il compofa Tes Obfervations, ne iubfiftant plus', ©a a cru faire plarûi aux Curieux de le nommer ici.

VII

ïfc£SfcœW^4K®*SZg^

PREFACE

DE Mr. MENAGE.

Onfteur Bai l l e t eft un

Prêtre du Diocefe de Beau-

sais

qui

étcit ci - 'devant

Régent de Quatrième du Col- lège de la Ville de Èeauvais , £5? qui eft prefentement Bibliothécaire de Mon* fieur l'Avocat Général de Lan: oignon 9 & Précepteur de Monficur fin fils. Ce Monfieur Bailler publia il y a deux ans quatre Volumes in douze d'un Livre qu'il intitula Jugcmens des Savaiis fur les principaux Ouvrages des Auteurs; ou fans refpecl de mon âge , ni du nom que j'ai parmi les gens de Lettres , ni de l'amitié dont m'honore Monfieur l'A- vocat Général de Lamoignon , fon pa- tron , ni de celle dont m'konoroit Mon- fieur le Premier Préfident de Lamoh gnon^ père de fon patron , il me traita indignement. Il dit dans ces volumes , que je fuis un pédan : que ma Morale * 4 ^

vin P r e' t a c e

eft une Morale de Payen > qu'il ne fait •point le Recueil de mes Eloges comme il fait celui des autres Ecrivains , -parce que je lui ai épargné cette peine , en le féfant moi-même 9 pour en régaler le public ) afin de fat isf aire ma vanité. Il y dit que le Livre de mes Origines de la Langue Françoife eft celui de tous mes Livres qui m'a le plus donné de réputa- tion , mais que mes Envieux ne croyent pas que f en fois l'Auteur. Il y falfifie un pafjage de VHiftoire Philofophique de Jonfius , pour décrier mes Com?nen- îaires fur les Vies £5? fur les Sectes des Philofophes de La'érce. Il y dit que rma Requête des Dictionnaires a été mal reçue du public: ce qui eft très- faux. Et il avôit ajouté * au fujet de cette Requête , ce que Monfieur le Preftdant Coufin , Examinateur de fon Livre de la part de Monfieur le Chancelier, lui a fait ôter $ que favois poftulé pour une place de l'Académie , & que j'en avois été refufé : ce qui eft auffi très- faux, Monfieur Baillet ne peut s'excufer d'a- voir dit de moi toutes ces chofes , en di- Jant que je V avois offenfé : car dans le temps qu'il publia ces quatre volumes , je ne favois pas qu'il fut au monde: je

ne

de Mr. Ménage. tx

m favois pas fin nom: £5? peu deper- fonnes le favoient. Et à l'heure même que j'écris cette Préface 3 je n'ai jamais vu Mon fie ur Baille t. Comme je fais profeffwn de méprifer les injures , étant perfuadé qu'elles font plus de tort à ceux qui les difent , qu'à ceux de qui on les dit -y & que d'un autre côté on a fait un fi grand nombre de Libelles contre moi j que je ne fuis plus fenfible aux libelles , je lus fans émotion toutes ces chofes injurieufes que Monfieur Baillet avoit écrites contre moi. Mais je ne pus lire fans étonnement qu'un nouveau venu fur le Parnaffe qui rf avoit ja- mais ccnverfé avec les gens de Lettres 5 qu'un homme qui ne favoit aucune Science y qui ne favoit pas le Grec , qui efi la Langue des Sciences > qui n' avoit lu aucuns Originaux , £5? qui n'étoit qu'un Copifie de Copifie , ût la témérité de juger de tous les jûuteurs en toutes fortes dt Langues & en toute* fortes de Sciences \ & Vinfolence de parler a- vec mépris des plus célèbres Ecrivains du Royaume. Et comme j'avois ton- tes fortes a" obligations à Monfieur de Saumaife & à Monfieur de Balzac j car ils m'ont honoré non -feulement de § f leur

x Pre' face

leur amitié , mais de leur efiime ; £5? ils m'ont adrefjé de leurs Ouvrages -, je Jus avec indignation , £5? les injures atroces qu'il y débitoit contre Monfieur de Saumaife^ après l'avoir traité d'i- gnorant en toutes chofes , £5? ce qu'il y difoit calomnieufemeyit de Monfieur de Balzac , qu'il avoit -pris par vanité dans [es Lettres le nom de Balzac, afin de faire croire qu'il étoit de l'illus- tre Maifon de Balfac d'Entragues. Et comme l'indignation fait faire des vers, je fis ces Hendécafyilabes fur le Livre de Monfieur Baillet ,

O dirum , horribilem , & facrum libellum \ Donafti , L I N E , quo tuum Sodalem ! Ulefcilicet, ille BAJULETUS; Ignotiffimus ille Litterator; Queis aiîurgere débet, eruditos Carpit , vellicat , & laceffit omnes. Pindi nomina magna Gallicani, Ridet Salmafios, Valefiofque; Ridet Petaviofque , Labbeofque. Te ludos quoque fecit , Harduine. Nec, Sirmonde, tibi, ô fcelus ! pepercit: En cor Zenodoti , en jecur Cratetis. Sordes, quifquilias, ineptiafque Omnes, omnia colligit venena. Et, ô temporal Vindici pudoris, Csnfori rigido LAMONIONI,

VïCh

de Mr. Ménage. xi

Procaciffimus ille nuncupavit

Tara dirum , horribilem , & facrum libellum.

Plufieurs célèbres Ecrivains qui fe trou- voient offenfez par Monfieur Baillet , ou dans leurs perfonnes ou dans celles de leurs amis, firent des vers dans le même temps fur le même fujet. Et en- tr "autres , Monfieur de Valois, le Père Lucas , & le Père Commire. Et corn- me fiétois celui qui avois été le plus maltraité dans le Livre de Monfieur Baillet , le Père Lucas & le Père Com- mire m'addrefferent les vers qu'ils firent fur ce Livre. Les chofes étoient en cet état , lorfque Monfieur du Cange 13 Monfieur Petit, qui font des amis de Monfieur Baillet, & qui font aufli des miens , me firent Vhonneur de me venir voir, pour me dire quils avoient blâmé Monfieur Baillet de la manière dont il en avoit ufé envers moi-, que Monfieur Baillet leur avoit témoigné qu'il et oit fâché d'en avoir ufé de la forte, £5? qu'il leur avoit promis de re- parer dans les volumes fuivans V injure qu'il m'avoit faite dans les premiers. Feu Monfieur VAbbê de Santeuil, qui étojt aujjï de fies amis £5? des miens , me dît la même çhofe dans le même temps : * 6 {3

XH P R E* F À C E

£5? il me pria de ne point faire imprimer mes Hendécafiyllabes : ce que je lui pro- mis. Je fis davantage : je l'avertis d'un grand nombre de fautes grojfieres , que j'avois trouvées dans le Livre de Mon- fieur Bail/et, afin qu'il en avertît fin ami. Je lui dis qu'il y en avoit plufieurs autres femblables , mais que pour les bien examiner il falloit être enfemble le Livre à la main , en préfence de V Au- teur-> que je n'étois pas en état d'aller chez Monfieur Baillet , à caufie d'une cuiffe que j'avois eue démife £5? mal re- mife , £5? que je le priois de l'amener dîner chez moi > lui promettant de le bien recevoir ^ & de lui communiquer toutes les remarques que j'avois faites fur fbn Livre. Ce procédé honnête , &? le repentir que Monfieur Baillet avoit témoigné à Monfieur du Cange £5? à Monfieur Petit , me firent croire que Monfieur Baillet me traiteroit en effet plus honnêtement dans les volumes fui" vans. Et particulièrement Monfieur V Avocat Général de Lamoignon l'en niant convié: en lui remontrant l'ami" tié particulière que Monfieur le Premier Préfident de Lamoignon avoit eue pour moi, C'ejl ce que j'ai fu d'un homme

di~

t>e Mr. Ménage. xm -digne de foi qui éîoit prêfant à ce dis- cours de Monfieur V Avocat Général de Lamoignon. Mais Monfieur Bail le t m'a traité encore plus indignement dans fes derniers volumes que dans fes premiers. Il m'y attaque de tous cotez y du côté de mon âge '9 du côté de mes écrits, du côté de mes mœurs : £5? avec une rage & une fureur , qui n'eft pas , je ne dis pas d'un Prêtre , mais d'un Chrétien. Il m'y traite de parjure ; il m'y traite de profane , £5? d'impénitent-, plus profane & plus impénitent que V Arétin , de qui on a dit qu'il avoiî dit du mal de tout le monde excepté de Dieu , (j? qu'il s'en et oit excufé en difant qu'il ne le connois- foit pas. Il veut faire croire à fes Lec- teurs que j'ai dit dans un de mes Ma* drigaux Italiens ; que Dieu m'a fait tomber dans le piège , £5? que je l'ai accufé d'être la caufe de mes péchez. Il me traite d'un homme pétri de vani- té £5? de préemption. Il dit que je fuis a?7ioureux de moi-même : que je parle de moi fans cejje , £5? que j' 'aime mieux en dire du mal que de n'en point parler -> £5? fur toutes ces matières il revient à la charge contre moi en cinquante endroits de fon Livre, Et tout cela? parceque

* 7 >

XIV P R E* F A C E

je me fuis loué en vers : 13 que j'ai fait des vers après avoir protefté pu- bliquement dans une de mes Epigrammes que je n'en fer ois plus : 13 qu'aïant une penjion de quatre mille Livres fur deux Jlbbayies j'ai fait des vers de Galante- rie. Veiba meaarguuntur, adeo fao torum innocens iiim. Si ces chofes font des crimes , Monfieur Baillet , quoi- que Prédicateur fans Miffwn , pouvoit prêcher dans fes Ouvrages contre ces cri" mes^ tant qu'il lui plairoit; fans nom" mer les perfonnes. Et s'il me juge oit coupable de ces crimes , il devoit , félon le précepte de V Evangile , m'en avertir charitablement en particulier : me con- viant de m'en corriger-, & ne me pas diffamer publiquement par toute l'Eu- rope. Comment ce procédé fi peu Chré- tien peut -il s'accorder avec fa qualité de Prêtre? Monfieur Baillet a- 1 -il pu é- crire de moi toutes ces chofes de la même main qu'il levoit dans le facrifice de la Meffe l'Hofiie & le Calice?

Je n'ai rien à dire à ce que dit Mon- fieur Baillet contre mes Ecrits. Je les lui abandonne. Il dit que mes Vers ne font que des centons : que ma Poefie eft une Po'éfie a la Mofaique : que la plu- part

du: Mu. Ménage. *v

part de mes Epigrammes font plates & infipides. Il donne à entendre que mes Poèmes ne font que du bouillon d'eau claire : que du vin à huit deniers le pot. Il dit que je ne fuis qu'un Traducleur: que je n'ai point d'invention^ que je n'ai point d'élévation. Je demeure d'accord de toutes ces chofes. Je ne me pique point cl" être Poète : & je n'ai fait des Fers que par divertiffement . C'eft dont je me fuis expliqué en termes formels dans l'Epitre Dédicatoire de mes Poe- fies à Monfieur le Duc de Montau- fer.

J'ai fait la même chofe dans la Pré" face de mes Obfervations fur Malherbe , & dans la fegonde Partie de mes Obfer* vat ions fur la Langue Françoife. Et ce que Air. Baillet allègue contre moi , que j'ai dit à un Poète aprentif , vous voulez devenir bon Poète, liiez Vir- gile & mes Vers, eft une pure calomnie qui fe détruit d'elle-même. Je le jure encore ici par tout ce qu'il y a de plus faint & de plus facré dans le monde , que nonfeulement je n'ai jamais rien dit de femblable à qui que ce foit , mais que je n'ai jamais parlé avant ageufement de nies VerS) qu'en vers^ les^ louanges

de

XVI P R E^ FACE

de foi- même ne font pas feulement per~ mifes , mais bien-féantes.

Mais pour ce qui eft de mes mœurs , je ne puis demeurer d'accord de ce que Monfieur Baillet en a dit. Je n'ai pas defjein d'accufer ici Monfieur Baillet : je n'ai deffein que de me juftifier. Je ne puis pourtant m1 empêcher de dire, que fi on avoit fait une information de fa vie £5? de la mienne , je fuis comme as- Juré que fa vie ne fe trouver oit pas com- par aile à la mienne en probité, en pu- reté, enfobriété.

Si f et ois coupable de la centième par- tie des chofes dont m'accufe Monfieur Baillet , je ferois indigne de V amitié dont m'honore Monfieur de Lamoignon fon patron. Etj'eftime tant V amitié de ce grand Magiftrat , que cette confidé- ration toute feule ût été capable de m 'engager à réfuter les médifances £5? les calomnies que Monfieur Baillet a pu- bliées contre moi. Mais outre cette con- fi dération, j'ai été excité à les réfuter , non- feulement par des perfonnes de gran- de vertu , mais par des Religieux : & par les Religieux d'un Ordre confidèra* ble par toute l'Europe.

En les réfutant , j'ai averti par oc-

caftoH

de Mr. Ménage. xvit

cafion Monfieur Baillet d'un nombre in- fini de fautes groj/leres , ou plutôt de monfires de fautes , qui font dans fin Livre : car je puis ajfurer les Lecteurs de cette Préface , qu'on n'a jamais im- primé de Livre ou il y ait de fi grojfes fautes , & en fi grand nombre. Ce que j'ai fait non- feulement pour déférer à la prière que Monfieur Baillet a faite à fes Lecteurs de l'avertir de fes fautes r mais par charité Chrétienne , afin de le faire rentrer dans lui-même 9 & de Vo- bliger en lui répréfentant fin peu de capacité, de parler une autre fois avec refpecl des perfonnes de Lettres à qui il doit refpecl:.

Monfieur Baillet a écrit dans fa Pré- face fur les Poètes, que je fuis le feul fui me fuis plaint de lui. Je m'étonne comment un Prêtre qui fait profejfion de dire la vérité, a pu dire une chofe fi contraire à la vérité. 'Tous les Pères Jéfuites généralement en ont fait des plaintes : £5? plus de vingt de leur Com- pagnie ont fait des Vers contre fin Li- vre. Le Père Bouhours £5? le Père de la Rué s'en plaignent par tout. Et le Père Bouhours a cejfé de voir Monfieur de Lamoignon dans famaifon de cam- pagne %

xvni P r e' r a c e

pagne , ^«r «'^ />#/«/ iw/V Monfieur' Baille t. Et Monfieur B aille t n'ignore pas que le Révérend Père de la Chaife, Confefjeur du Roi , fe plaignant pour V intérêt de fa Compagnie du Livre de Monfieur Baillet à Monfieur de La- moignon, il lui déclara que fi Monfieur Baillet continuait à maltraiter les Je' fuites, il en fer oit fes plaintes au Roir & lui en demander oit jufiice. Mais les Révérens Pères Je fuit es ne font pas les feuls qui fe plaignent avec moi du Livre de Monfieur Baillet. Madame Des~ houlieres , Monfieur de Benférade , Monfieur de Valois , Monfieur Per- rault , Monfieur Quinault-, Monfieur VAbbé de Montreuil, Monfieur du Pe- rler, Monfieur de la Fontaine, Mon- fieur le Gallois , Monfieur de Court ne- veu de Monfieur de Saumaife , les amis de Monfieur de Cerifante , ceux de Monfieur de Pinchefne, les parens de Monfieur Scarron , ceux de Monfieur de Marolles , s'en plaignent avec éclat.

Il eft vrai que je fuis celui qui ai le

plus de fujet de m'en phindre. Il a of-

fenfé les autres -> mais il m'a outragé.

Mais quoi qu'il m'ait outragé, &? que

je fujfe en droit de lui dire à mon tour

des

de Mr. Ménage. xix

des chofes fâcheufes , j'ai "voulu en ufer plus Chrétiennement qu'il n'a fait. Je lui ai répondu avec toute la modération pojjîble. Le Lecteur en jugera.

Je finis ce Difcours , en prote fiant à Monfieur Baiïïet que je n'ai point û des- fein de ïoff enfer , lors que j'ai traduit fon nom en Latin par le mot de Bajule- tus> 13 en le fuppliant de voir au cha- pitre 42. de ces Remarques ce que f ai remarqué à ce propos^ pour juflifier que c'eft ainfi que le nom de Baillet doit ê- ire rendu en Latin.

ANTI-

Pas.

ANTI-BAILLET.

PREMIERE PARTIE.

Calomnie de Monfieur Baillet contre Mon* fieur de Balzac.

E dois à Monfieur de Balzac une grande partie de ma répu- tation. Quand je vins dans le monde, Monfieur de Balzac tenoit le premier rang dans la France parmi les gens de Lettres qu'on appelle Beaux Efpnts. La dillance infi- nie qui étoit entre lui & moi, ne lVmpê- cha pas de me donner des marques publi- ques de ion eilime. 11 fit en diverfes oc- cafions des Vers à ma louange. 11 m'a- dreffa plufieurs Lettres Latines & Fran- çoifes dans le Recueuil de fes Lettres. Il me dédia fon Barbon :& il avoit pour moi une amitié tendre. 11 dit dans une de tes Lettres à Mr. Chapelain , Je vous ai fait -une infidélité, car f ai brûlé ' d 'un autre feu que du votre. Vous le connaîtrez far la Lettre que f écris à Mr. Ménage, qui ejî toute pleine de pajfion. Et dans une autre: Torn . VU. Part.L A l^ous

2 Ant i-Baillet. P. I.

Vous ne me mandez rien de mes amours .* je veux dire de Mr. Conrart & de Mr. 'Ménage. Il me dit dans une de fes Let- tres Latines , Valc , mi dulciffime Menagi: ciïjusfafcâius amor tant km mihi crefcit in horas &c. Toutes ces faveurs m'obligent à commancer ces Remarques par fa jutli- fication contre la calomnie de Mr. Bail- let. Mr. Baillet l'accufe d'avoir pris dans fes Lettres par vanité le nom de Balzac ; qui étoic celui de fa Terre; pour faire croire qu'il étoit de l'illuflre Maifon de Balfac d'Entragues. Je raporterai ici fes propres termes ; afin qu'on* ne croye pas que je lui aye impofé dans une chofe aufli peu croyable qu'en; l'accufation dont je viens de parler.

Mr. de Balzac s* imaginant que le nom de Mr. DE GUEZ n'avoit rien de re- levé, & qu'il n'étoit point propre à donner crédit à fes Lettres , a pris celui de fa terre •prèsd' Angoulefme ,pour tâcher d'en rehaus- ser le prix: croyant que ceux qui ne con- noitroient l'Auteur que par ce nom , lepren~ droient atfément pour quelqu'un de l'illuftrt Maifon d'Entragues.

Mr. Baillet qui eft la vanité même, ac- eufe tout le monde de vanité. C'eft un homme qui ne fait aucune Science. Il n'eft ni Théologien, ni Jurifconfulte, ni Philofophe, ni Médecin , ni Mathémati- cien. Il n'eft: ni Poète , ni Orateur , ni Hittorïen , ni Géographe. Il ne fait point

le

% t. II y 1 Guez.ii dans tous ces endroits & non pas Cucx.<t\ Cela parait une vétille, & c'eft pourtant

com-

Anti-Baillet. P. I. 3

le Grec; qui eft la Langue des Sciences, & avec ce peu de capacité , il a la pré- fomption de croire qu'il eft eapable déju- ger de tous les Livres qui font au monde : car il en juge , quoi qu'il protefte qu'il n'en juge point. N'eft-ce pas être la va- nité même ? Et cet homme qui eft la va- nité même, accufe , comme je viens de le dire, tout le monde de vanité.

Mr. de Balzac n'a pu avoir la penfée que lui attribue Mr. Baillet. Et la calom- nie de Mr. Baillet eft fumTamment réfutée par l'édition des Poefies & des Lettres Latines de Mr. de Balzac , Mr. de Balzac a pris le nom de Guez. Joannis Ludovici (i) Guezœi Balzacii Poëmata Latin a. 'Joannis Ludovici Guezœi Bal- zacii Liber Adopttvus. Joannis Ludovici Guezœi EpiftoU Seleélét. Cette calomnie eft refutée de même par les portraits de Mr. de Balzac gravez de fon vivant , & par fes ordres, il eft appelle de Guez: & par une de fes Lettres Françoifes qu'il a écrite à fon père , avec cette infeription, à Moxfieur de Guez , & avec ces mots , Monjieur mon très-cher Père. Et par l'E- loge Latin de Mr. de Guez fait par Mr. de Girac à la prière de Mr. de Balzac, Mr. de Guez eft appelle père de Mr. de Balzac. Cet Eloge eft imprimé dans les Ouvrages de Mr. de Balzac. Et par une Lettre de Mr. de Guez écrite à Mr. de Balzac , qui commence par ces mots,

JMon comme d je difois Jwhs Cuj&cxut pour Jacofai Ch*

J4CifiSA

A 2

4 Anti-Baillet. P. I.

Mon très-cher fils , & que Mr. de Balzac m'envoya en m'écrivant la Lettre 28. du Livre XVI. de fes Lettres. A quoi on peut ajouter que le nom de la Terre de Mr. de Balzac s'écrit par un z , & que ce- lui de la MaiTon de Balfac d'Entragues s'écrit par une f.

Que fi Mr. Baillet dit qu'il a Mr. Sorel pour garant de ce qu'il a dit de Mr. de Balzac, on lui répondra qu'il n'y a point de garant à mal faire; & que Mr. Sorel étoit l'ennemi déclaré de Mr. de Balzac; & qu'il a écrit plulieurs Livres contre Mr. de Balzac. Si Mr. Baillet vouloit donc faire mention de cette calomnie, il de- voit la rapporter comme une calomnie, & la réfuter par les raifons que je viens de dire. Mais Mr. Baillet eft un homme qui cil; ravi de trouver quelque chofe d'in- jurieux contre les Ecrivains dans les écrits de leurs Adverfaires, & qui va ramafiant tout ce qu'il y a de venin dans les Livres.

Sordes, qui/quittas, mept'iafqut Omnes, cmnia colligit venena.

IL

Emportement de Mr. Baillet contre Mr de Saumatje.

LE s mêmes raifons qui m'ont obligé d'entreprendre dans la Remarque pré- cédente la défanfe de Mr. de Balzac con- tre la calomnie de Mr. Baillet, m'obli- gent de juftifler ici Mr. de Saumaife con- tre

Asti-Baillet. P. I. ?

tre fa médifance. Car Mr. de Saumaîfe m'a auffi honoré de fon amitié , & fi je l'ofe dire, de fon eftime. Pour ne point parler d'un grand nombre de Lettres La- tines très-favantes, qu'il m'a écrites, qui m'ont fait honneur dans le monde, il m'a adreflé fa Réponfe à Mr. Fabrot, fur la Queftion de l'Aliénation du Preft, & fa DilTertation fur YHerodes infantic'ida d'Heinfïus. De mon côté, je lui ai auiîi donné plulleurs marques publiques de ma vénération & de mon admiration. J'ai dit dans mon Epigramme fur le Phaleg de Mr. Bochart,

D'iùor m no/iris non Jurgit pagina terris: Non ip/a heroïs pagina Salmajii,

J'ai dit dans une de mes Lettres à la Rei- ne de Suéde, par laquelle je lui ai dédié les Ouvrages Latins de Mr. de Balzac, que le nom de Saumaife étoit celui de la Science même. Claudius Salmafius , vir undecumque doéiijjiyyius , C5"' qui divinis m omni difciplixa lucubratiombm hoc confecu- tus efi , ut javn non bominis fed ipfiusmet Se tenu £ S A L M A S IUSvomen habeatur» J'ai dit à peu près la même chofedans cet* te Epigramme Grecque ,

'Eiêuiïe zra^vf^xêij "/ox^/ccto XxXu-cctrtot»

J'ai dit dans cette autre qu'il avoit tout lu, tout retenu, & tout enfeigné.

A 3 J3*'K

.6 Anti-Ba.illet. P.I.

Hxvt ùvxyvùç, nui -ztxvtcc pecÛàv , Ktct uxnfi

Et j'ai dit la même chofe dans cette troi- iàéme.

IloùXot hê'cATuof^tvoç yr,fiOCTKt ILoXm , crû Xi > "Elias 2e«A|tt;6c-/©V> yvpoirKeti , wav7# otiïccrxeov.

Et ainfi je me trouve engagé par mon Ju- gement, non moins que par mon inclina- tion , à foutenir que Mr. de Saumaife é- toit un des plus Savans Hommes du mon» de; & à réfuter Mr. Baillet qui le traitte d'ignorant en toutes chofes : en Théolo- gie , en Philofophie , en Jurifprudence, en Médecine, en Mathématique, en His- toire , en Rhétorique , en Poélîe , & en Grammaire. Voici fes termes:

Qjielques-uns des principaux & des plus modérez de fa Communion même ^auffi-bien que les Catholiques , ont fait voir que la "Théologie n'était nullement Jon fait \ Mr. Fabrot , le fameux Milton , & plufieurs autres , ont montré qu'il étoit un fort mau- vais Jurifconfulte. D^ autres ont fait voir combien les Obfervations qui ont donné lieu Sujettes à de croire qiCil étoit bon Médecin ,font fujet- Verreur, tes à V erreur. Et pour montrer qu'il n'é- c^n dC fa* tott nt ^0n Philofophe, ni bon Mathémati- icrl ci en, il fuffit , dit-on, de produire fon Li-

vre des Années Climatériques. Enfin quoi- que Boxhomius ait écrit qu'il étoit très-bien verfé dans PHiJloïre , perfonne ne dit au-

jour*

Anti-Baillet. P. f. 7

jourd'hui que Mr. de Saumaife ait été, ni t . . Hiflorien, ni Orateur, ni Poète. Le voilà „!LnA;efl1C1 aonc redtitt a la qualité de bon Ltrammai- ni ct'Ora. rien & a" habile Critique: encore #V/? * /7 teur , ni pas aifé de Vy bien maintenir', car pour ce ^c *oete* qui regarde la Grammaire , le Père Vavas~ feur remarque qu'il et oit fi négligent & fi étourdi en écrivant, qu'il a laijfé fou vent glijfer des fautes contre les règles de la Syn- taxe , & que fa Latinité n'efi pas toujours dans une grande pureté.

Peut-on parler de la forte d'un des plus favans hommes de nôtre riécle ? D'un homme, à qui tous lesSavans defontems, à la referve de fes Adverfaires , ont rendu des témoignages d'eftime, de reipect, de vénération , d'admiration , d'adoration. Mr. Baillet lui-même a produit un grand nombre de ces témoignages. En voici d'autres qu'il a omis, ou qui ne font pas venus à fa connoiifance.

Jofeph Scaliger lui écrit , nunquam a litteris tuis nifi aoéîior recedo. C'eit dans la 24S. de fes Lettres. En ce tems-là Mr. de Saumaîfe n'avoit guère plus de vingt ans. Mr Grotius lui donne encore de plus grandes louanges. Felicem me plane arhitrarer ,vir yfuprà quàm nos vel agnofee- re poffumus , de omni litterarum génère mérite , fi, ad tuos eeter?iitate digniffimos la- bores aliquid contribuere pojjem , & inter opéras faite m tertias confiflere. C'eit dans la 97. Lettre ad Gallos. Mr. Rickius dans fa Préface fur Tacite l'appelle virorum maximus. Mr. de Balzac a dit dans une Lettre qu'il mfci écrite, non homini,jed A 4 Scie»"

8 Anti-Baillet. P. L

Scientue deeft , quod ntfcit S aima fins. Et dans un de fes Poèmes Latins à Monfîeur Maynard , Président d'Aurillac, il dit que Mr. de Saumaife rcfîfle lui feul au Père Sîrmond , au Père Pétau , & à tous les autres Adverfaires. Quosille, & cunfios, fuflinet watts. Et il a dit ailleurs, Tôt pe- netraffe locos , penetrafje tôt abd'tta rerum , & ndifje unum quicquid ubique latet , laus ea Salmafidœ.

Il eft au relie à remarquer que ce que dit ici Mr. Baillet touchant la qualité de Poëte, a été réfuté par le Savant & l'Elo- quent Mr. Bayle dans fes Nouvelles de la République des Lettres , à l'endroit il a donné fon Jugement fur mes Origi- nes de la Langue Italienne. Ceux , dit-il, qui ignorent que Mr. de Saumaife fût faire des 1er s Latins d'un tour délicat & fen- tant Ï* Antiquité , l'apprendront ici. Car on y cite les 1er s qu'il fit contre le Père Pé- tau , qui aïoit fris le nom de Kercoëtius pour écrire contre lui. Ces vers font en effet admirables (i). Les voici.

Cum depilatis natîbus % V facie imprêta f Jdalaque mente , monjïrum Cercopithecium Miros fe ludos ojlenfurum dixerat

Non

% i. Il me fcmble, que ce que dit ici Saumaife (car c'eft airiû* qu'il faut dire, fans y ajouter de) contre le P. Fetau n'eft qu'une paraphrafe de ces quatre Vers Grecs de Jofeph Scaliger contre Tho- mas Lydiat.

'Avril iTtts-^xiyuY fyzw ih7rfruyn.

ûfàr

Anti-Bail t. P. I. *

' 8on ante vlfos , cr àitm condir.tr at ; Genveniunt omnes Cercopithtci Simia : Clurin* pecudes : omne genus Ctregpium : Qua funt caudati. : qu&Jîne caudis ambulant l Similes hominibm befîU turpi(pm&. Tune fimiorum extus cum effet maximus,. Erat inter ilios ingens exfpeclatio , Quidnam editurus z? miri ej? novi foret Tarn grandium mïnator Me Sifn'ius, Brgo ut promijfis faceret (5? diclisjidemt. Proceram cum legijjet in campo arborera , Quam vidit unam ctlfiorem CAteris, Hanc fubito afcenfu aggreffus petere proîinus l> Altum arrependo ut arriptret faftigium ; Sperans fe c? cœium pojje-jic contendere. Verum cum magno nifu , magnis viribus , Sudans, îaborans , djîuans , ut feanderet , Summum ad cacumen jam venijfet arboris*. At fe videret non pojfe uhra progredi, Culum oftentare cœpit çr iurpes nztes , Derifuique fpeclatoribus fuit.

Ce diftique Grec qu'il fit fur le même fujet, ne fent pas moins l'Antiquité:.

C'eft ce que M. Ménage a lui-même remarque' dans- les modi di dire haliani , mais il n'a pas remarqué' que dans ces vers de SaiHnaife fur lefqucls il fe ré- crie, celui ci, Quœ funt cmdat* , n'eft pas fans dé" faw. CauAatHf û'eû pas Latixw

A -

io Anti-Baillet. P. T.

Ces deux diftiques, qu'il fit pour fon Epïtaphe , étant dangereufement malade à Heidelberg, âgé de 19. ans,& qu'il dic- ta à Mr. de la Miltiere (1), qui me les a communiquez, font du même caractère:

Cujus fies nondum tôt a , mcfamafub auras Vtnerat , hoc condor marmort SalmafitH.

I-itiTSCl £Kh*VG-CCi)TOjKu) hôûCOl VSKpOV £êéV7û ,

lîsAAîjv Tsj <r<piTtpr,v «Att/Jos , Secùpuétriov,

J'ai des Hendécafyllabes de lui, qui font auffi du même caractère. Et Mr. de Bal- zac dans une de fes Lettres à Mr. Chape- lain, qui eft la 4. du Livre 23. fait men- tion d'un diftique, que Mr. de Saumaife avoit fait à fa louange. Je remarque tou- tes ces chofes, parce que Mr. Baillet par- lant des vers que Mr. de Saumaife a faits fur les Poe" fies de Mr. Huygens , femble

en

«|f t. Il figaoit de la Milleîiére & je le trouve ain- fi par tour.

% 2. Je ne puis croire que Eucaoan ait jamais e'« crit menai perfora, l'inadvertance ne va pas jufque- là, iur tout en vers il faut nécefTairement de 11 méditation. Il avoit lans doute écrit,

Ma mihi rudibus ftncend.it peiïtra fiammis,

& c'eft ainil qu'on le voit imprime' dans le Livrtf des Toëlies adoptives de Balzac. Mihi fv.ccendit , comme dans veis prçcedcftt , mihi difiedtnt, fie

«il-

Anti -Baillet. P. I.

en parler , comme fi Mr. de Saumaife n'avoit jamais fait que ces vers-là.

A l'égard des Solécifmes que le Père Vavaffeur dit avoir trouvez dans les écrits de Mr. de Saumaife, fi Mr. de Saumaife en a fait, c'a été par inadvertance: & de la même façon qucBucanan a dit dans fon Defiderium Lut eu ^^

llla me%m rudibus fuccendit jettera fam^ mis (2).

Et à l'égard de fon Livre de l'Aliéna- tion du Pre(t, fon opinion étant celle de Charles du Moulin, le plus grand Juris- confulte des Avocats de fon tems , & dont les opinions , félon la penfée du Prélident de Thou, valoient des arrêts, il ne doit pas être traité, au fujet de ce Livre, d'un très -mauvais Jurifconfulte, comme l'appelle Mr. Bailler.

Mais eil le Jugement de Mr. Bail- ler, de juger de Mr de Saumaife fur le témoignage de fes Adverfaires ? Mr. de Saumaife écrivant contre le Père Pétau ,

dit

cinquante vers plus haut, mihi frigêre feStm congelât*

En profe ce n'eft pas de même, la précipitation j fait échaper quelquefois de groflèe fautes. Erafmc dans fon*Cicéronier. a remarqué des Solécifmes de cette nature dans Cicéron , & l'on n'en fauroit re- marquer d'un autre genre dans les Auteurs du boa flécle. Mais pour les Modernes , quelque Savant d'ailleurs qu'ils foient, il n'eft pas impcfîible qu'ils faiïent des Solécifmes de pure ignorance. Sciep- piusen a trouyé pîuficurs de tels dans Scaliger, dans Lipfe , dans Cafaubon , dans M. de Thcu, dan» Strada &c.

A 6

il Anti-Baillet. P. I.

dit que c'eft un ignorant. Mr. Baillée ira-t il conclure delà que le PerePétau eft. un ignorant ? Je renvoyé là-deilus Mr. Bailler à fon Traité des Préjugez.

Mais Mr. Baillet ne fe contente pa* d'acculer Mr. de Saumaife d'ignorance, il le fait accufer de vanité, d'orgueil, de préfomption , de malignité , d'envie, de haine, de tyrannie , de médifance, d'in- juitice, de malhonnêteté, de furie, d'in- civilité , de barbarie. Et il ne fc contente, pas d'avoir recueilli toutes ces injures con- tre Mr. de Saumaife, il veut encore farre croire qu'il eft damné , pour n'avoir pas voulu pardonner en mourant à fes enne- mis. Et ce qui eft £ extraordinaire , dit-il,. c'eft que cet illuftre Chrétien fut affez mal- heureux pour n'avoir -pas voulu, même à la mort, relâcher quoique ce foit de la hai- ne implacable qu'il avoit injuftement conçue contre quelques-uns. C'eft- ce qu'on peut voir dans Monfieur Spizélius Proteftant. Et fes Panégyrifîes mêmes n'ont pallier wufin fi pitoyable, &Jï confirme a fa vie Ê5J5 à fes écrits.

Cette particularité touchant la mort de Mr. de Saumaife eft une pure médifance

fe

^T i. Sans renvoier à cette Vie qui n*eft pas en co- te imprimée, Se qui peur- être ne Je fera J2mais, on pouvoit recourir à la 54. page de Ja Préface qu'An- ton. Clementius a mife au devant des Epitres de Saumaife. Voici l'endroit. Injunxit r.xori ut <p<e baiebat domi Çcripîa jarn confecia & fepofaa in cjutxdam arca adver- fvs maximts viras dudxm prxlo parafa , omnia ac Jîngul* fiammis traderet , ne , fi fart» in atiorum manus devenirent t ifi publicHm erumferent , i? magiorHm virvrffw famnm

ptréc*

Anti-Baillett. P. I. 13 & une pure calomnie, qui ett détruite dans la Vie de Mr. de Saumaife faite par Mr. de la Mare Confeiller au Parlement de Dijon , homme d'une probité égale à fa grande érudition (1).

Mr. de Balzac en a ufé plus Chrétien- nement que Mr. Baillet. Voici comme il parle de la mort de Mr. de Saumaife,. mort dans la Reî:gion prétandue Réfor- mée: Bien- foin de damner Mr. de Saumai- fe dans mes vers, je veux croire d'abord qu'il efl mort de la mort des Jufles. Je veux croire enjuite , qu'il ne fe peut pas qu'un fi grand nombre de qualitez , natu- relles & acquifes\ que tant de richt-ffes , tant de dons du Ciel, ayent été la proye & le butin de l'Enfer : qu'il n\> a point d'au- S&lm*Ji*

•) « 7 ••##••• denne meum

parance qu un même homme qui éclaire ici ngx 0yriidt toute la Terre , Joit bas dans les Tenc- infer*. > ?«• ères. C'eft dans la dernière Lettre à Mr. non LtKim Conrart. f^fiT

r-y, s n v , « , / plendét m

C etoit au relie un tres-honnete hom- trbe juter? nie que Mr. de Saumaife. Il étoit civil, obligeant , officieux. Et c'étoit un des hommes du monde dont la converfation ctoit la plus agréable : car il avoït une grande le&ure: & il fe fouvenoitde tout

ce

ferderent , cum us grAviffimos eorum emres confutajfet. Madame Saumaife obéit à ces ordres, comme il pa- roit par les reproches que lui en fait la Reine de Suéde dans une Lettre qu'elle lui écrivit. Il n'eft icfté en effet de tous ces écrits que l'Apologie con- tre Milton, & cela apparemment à caufe du Roi d'Angleterre , de la défenfe duquel auffi bien que <àc celle de Saumaife il s'agiiïbit en cet Ouviagc,

A7

14 Anti-Baillet. P. I. ce qu'il avoit lu: & il le débitoit élégam- ment. Et il étoit même plus agréable dans fa converfation que dans Tes écrits : car dans fes écrits la vaile étandue de fon érudition lui fefoit dire des chofes hors la chofe: & dans fa converfation fa mémoi- re ne lui répréfantant que ce qui étoit du fujet, il ne fefoit point de digreiîïons : qui eft le défaut qu'on a remarqué dans les Ouvrages.

C'étoit d'ailleurs un homme de bonnes mœurs, & qui avoit de bons fentiments de la Religion dans fa Religion. Voici ce qu'il dit de lui dans fa Préface fur Simpli- cius. Id fané femper ftudui laboravique y ut non folum à Stoicorum libris , fed etiam à quibufcunque , melior , fi poffem , exirem potiits quàm doéiior. Quid fecerim , aut quantum proj "eccrim ^aliorum cflo judicium. lylaîo id ex operibus mcis,fi tait a ullafunt9 éefiimari , quàm verbis vendit art. Non an- fim profeéià id de me profiîeri , me bac ipfa eorum fcripta , quce illufirare fum conatus , cum voluptate pervohttaffe. Cruciavit hoc me fepe in il lis evolvendis , cum viderem tôt me adhuc vitiis fcatere; eaque amare\ hominem melior e Chrifti difciplind imbu tum\ quce homincs Chrifti ignari, & ' folo ttaturali lumine prcediti , tant opère averfati funt : ut non contenu eorum odium intrafe ccncepiffe^ et'tam odiofa porro aliis ac invi- fa reddere ejficacijfimo fermone tentav'erint. Pudebat in fchola Chrifti natum & educa- tum\ qui non minus Ce ver a fuis ad emen- dationem vitœ mandavit ; fer in Stoïccruxi fcriptisfiç verfatum^ ut ea ici pcjjit emen-

dare ,

Anti-Baillet. P. I. iy

dare , tironem tamen adhuc in utraque mi- lit ia deprehendi ; necdum pojj'e caprœflare quœ fuifmet ipfe viribus fultus adfpira- 'vit unut homuncio , Chrifti nefcius , corpo- re mutilus , conditione fer vu s , l^1 lrus paw pertate.

Mais Mr. Bail I et ne fe contente pas de recueillir tout le mal que les Adverfaires, ou les Ennemis de Mr. de Saumaife ont dit de Mr. de Saumaife; il en invante; il fallïrle des partages pour le décrier. C'eft- cc que je vais faire voir dans la Remarque fuivante.

III.

Falfification de Mr. B aille t d'un pafj âge de

lai/ te de Mr.de Peirefc, pour décrier

Mr. de Saumiafe.

M On fîeur Baillet: Mr. Peirefc Tom. 2} avoit rai fin de dire que la France Partie 2. irouvoit de quoi fe confoler de la perte de PaS»*4* Mr. de Saumaife dans Vacquifition qu'elle faifbit de Mr. G rôti us : puifque celui-ci va- lait bien le double de Saumaife en tout: ayant même plus d'un avantage fur le Prince des Savans Jofcph Scaliger.

Ménage. Lorfque je lus cet endroit la première fois, je crus que ce raisonne- ment, puifque celui-ci valait bien le dou- Vie de Mr. lie de Saumaife, étoit de Mr. de Peirefc: dc Peirc^ & quelque vénération que j'aye ue pour Gafl^ji#dc 3a perfonne de Mr. Grotius; quelque ad- miration que j'aye pour fes Ouvrages; quelque obligation que j'aye à fa mémoi- re

t6 Anti-Baillet. P. î.

rc à caufe de l'amitié particulière dont il m'a honoré ; je trouvois étrange que Mr. de Peirefc l'eût comparé avec tant d'a- vantage à Mr. de Saumaife. Je trouvois même qu'il y avoit quelque efpéce d'in- grat: tude du côté de Mr. de Peirefc: fa- chant la vénération & la tendreiTe que Moniteur de Saumaife avoit pour lui; ce qui r>aroît par ces paroles que Mr. de Sau- maife écrivit à Mefïteurs du Puy fur la mort de Mr. de Peirefc : Impar fum ani- mo firmando : qui animo plane defpondeo , ftudiâque nullo habeo loco , ex quo Me non fupereft , qui illorum fautor promotorque erat. Ac temperareiîtr qu'idem defiderium* fi licuijfet fuperfiiti teftatum facere affec- tum , quem ob collata bénéficia merito jure conceperam. Nunc autern eft m'ihi morien- dum ingrato , quando Me eft grati animi fig- nificationi%prtemortuus. Quod poffum, il- lud fupereft , ut ipfius memoriam vénéra- t'ione profequar , & fcriptis mets eatrans- rn'tttam teftimonia in pofieros , qnte incom- parabilis virtus , meritâque nunquam fatis 4e fit manda depofcunt ab homine qui illum , dum vixit , fufpexit ; pluraque ab Mo bé- néficia, quàm abs quoquam mortalium tu- Ut. Sed die ère pi ara non pofifum , quin effluam tôt us in lachrymas : & necejfe ejl jîylum hîc alrumpam. Mais comme je ne me fie que de bonne forte aux citations

de

% î. Rien n'efl: plus vrai qu'en matie're d'érudf- îioa Saumaife ne vouioit de comparaison arec qui que ce Toit. Une marque de fa délicateiTe fur cet article elt que le Conleiller Sarrau fon intime ami

lui aianc écrit ççs mots d*as tiac Lcttie après la

naoxr

Anti-Baillet. P. I. 17

de Mr. Ballet , ayant été voir l'endroit de la Vie de Mr.dePeirefc,où je croyoïs qu'il fût parlé de ce Jugement de Mr. de Peirefc touchant Mr. Grotius & Mr. de Saumaife 7 je trouvai qu'il n'y étoit du tout point parlé de Mr. de Saumaife. Et je n'y trouvai autre choie, finon que la France avoit de quoi fe confoler de la per- te qu'elle avoit faite de Scaliger par l'ac- quiiition qu'elle fefoit de Mr. Grotius. Tanti Groùum duc ébat, ut in uicem Sca- ligeri ajfertum Galliœ dïceret. Qui eft à peu-près ce qu'a dit depuis Mr.de la Pey- raréde:

G allia Scalîgerum dederas malt fana Bat avis"; \ Grotiaden reddit terra Batava tib'u

Ingratam expertus patr'iam ventrandus uter» que eji. Félix mutato crevit utérine file.

Voilà comme Mr. Baillet corromp les palTages, pour décrier les perfonnes qu'il n'aime pas. Il a de-même falfifié un pas- fage de Jonfius pour décrier mes Com- mentaires fur les Vies , & fur les Sectes des Philofophes deDiogéne Lacrce, com- me je le fais voir au Chap. 22,. de ces Re- marques. Mais pour revenir à la compa- raifon de Mr. Grotius avec Mr. de Saumai- fe (0 , ces deux grands hommes font

com-

mort de Grotius. Solas ille (Grotius) de principatu li- terarum tecum contendere pejfe videùatur, [oins ergo jam régnas &c. peu s'en falut queSaumaile ne rompît en- tièrement avec lui. C'eft ce que je reconnois par deux Lettres qu'il lui écrivit l'une du 30. Oclobre,

l'autre

îS Anti-Baillet. P. I.

comparables en ce qu'ils font incompara- bles, chacun en fon efpéce. Pares magis quamfimiles.

IV.

Réfutation de la Critique de Mr. Baillet , au fujet dun de mes Madrigaux Italiens.

MOnfleur Baillet. Mr. Ménage a fait une componction a Dieu: oh il témoigne en termes tout-à-fait touchans re- connoitre fe s fautes. Il condamne Ces enga~ gemens : £3? fur tout , V infidélité avec la' quelle il dit qu'il avoit abandonné Dieu four Pkilis. Il pleure avec des gémiffemens & desfoûpirsy mêlés de fanglots , ce qu'il ap- pelle fes defordres : C53 il syen aceufe de la meilleure grâce du monde. Car quoi qu'il ne prétende nullement s^exeufer, il efpére que Dieu aura pourtant la bonté de Fexcu- fer : d'autant plus volontiers que ce Divin Créateur fembloit avoir contribué a le faire tomber dans le piège , en créant Ça Philis fi belle & fi aimable. Ceft franchement vou- loir nous perfuader que Dieu eft un peu

caufs

l'antre du 20. Novembre 1 645. aue j'ai lues manus- * Elles ont Cl'tcs *> dans la dernière defquelles après avoir dé- depuiseté claré par une fauiïe modeftie & au plus loin de fa publiées W pcnlée, qu'il confent qu'on lui préfère Grotius, il par Cre- témoigne enfuite le peu d'eftime qu'il en fa;t Toit nius Pour ^a Théologie, foit pour la Philofophie , foit

pour la Jurifprudence, ne faifant nulle difficulté de le mettre fort au-delTous de Vofïïus le père, & de- meurant feulement d'accord que c'eft un grand Poè- te, qualité, à fou avis, de nulle confidération pour

don-

Antj-Baillit. P. I. 19

caufe du mal dont il s^accufe. Et un trait fi feu attendu , nous fait affez connoître combien les Poètes , que le zélé emporte , font quelquefois dignes de compajfion : £5? combien ils ont befoin d? indulgence dans leurs meilleures intentions, comme dans les plus mauvaifes.

Ménage. Voici le Madrigal dont elt queilion.

Oime ! pavento e tremo

11 tribunale tuo giuflo e fupremo i

Paire del Ciel ; che da fielUnli ch'ioflri

L'interno m'irï de gli affetti noflri.

Ter ternna belta, caduc a, e fraie,

Lm tua celefte , etertia , ed immort dit ,

Infelice obliai.

Te, per Filli, lafeiai.

Ver le'i ; qutntunque dura ;

Arfi\ ilconfejfo; nelï eldfiorita;

Arfi; nol niegt; ndï ttà mntur*»

O ffortunata vitaf

Tutti ï miei glornï , oime ! v'ijft ml fango

Tra lit amorofi inganni;

Tra

donner le premier rang dans l'empire des Lettre», êc commune d'ailleurs à Grorius avec Heinfius £»: Barlarus, plus grands Poètes encore, dit-il, au fen- timent de bien des gens. Tout ce que je viens de rapporter Te trouve à la lettre dans cette Epitrede Saumaiie , qui n'accordoit, comme il eft aifé de roir, la préférence à Voffius qu'afin de la retenir pour lui-même, fâchant bien qu'il auroit toujours inconteftablement l'avantage fur celui-là , au lici; qu'à l'égard de ii. Grotius la chofe fcioit affez pro- blématique.

io Anti-Bail le T. P.I

Trd gli amorofi ajfanni.

Or ne fofpiro e piange.

jimmollifcano i pianti il tuo rigorf.

Muovan la tua put aie i m'iei fofpiri.

G'ik mille volte daW Amor delufa ,

Dell' aima a te rubella

I conofco l'errore, e non lo fcufç.

Seufa lo tu , Signore ;

Ch' a par d'Aiba novella ,

Till't formajli Ji lucente e bellti

Qu'eft-ce qu'il y a à dire à ces vers ? Ils ont été approuvez généralement de tous ceux qui les ont lus : à la referve de nô- tre Prédicateur fans Miiïion :qui pour me décrier dans la Caballe des Dévots de Profelîion , m'accufe ici d'avoir dit que Dieu a contribué à me faire tomber dans le piège: d'avoir dit, que Dieu eft la cau- fe du mal que j'ai fait. eft-il dit dans ces vers que c'eit Dieu qui m'a fait tom- ber dans le piège ? Que c'efl: lui qui eft caufe du mal que j'ai fait ? Mais quand j'aurois dit que Dieu , pour avoir créé Philis fi parfaite, eft la caufe indirecte, de ma faute , feroit-ce une impiété? Il y a cinquante ou foixante ans , qu'on chante à Paris & à la Cour, dans les compagnies des perfonnes les plus vertueufes de l'un & de l'autre Sexe , des vers qui di- fent une chofe femblable en termes ex- près. Les voici:

Si c'eft un crime de l'aimer; On n'en doit juftement blâmer

Que

Anti-Baillet. P. I. 2.r

Que les beautez qui font en clic, La faute en eft aux Dieux Qui la firent fi belle, Et non pas à mes yeux.

Le vieux Boiflet fit fur ces paroles un air merveilleux : & je me fouviens que Lambert le chantant un jour devant Mr. le Cardinal de Retz, alors Coadjuteur de Paris, Mr. le Cardinal de Retz le lui fit répéter plufieurs fois : ce qu'il n'uft pas fait, s'il uft jugé ces paroles impies. Et je me fouviens encore que Mr. le Cardi- nal de Retz me dit en ce tems-là que ces vers étoient du Poète de Lingendes. Mr. de Charleval m'a depuis confirmé la mê- me chofe. Et ce Poète étoit un homme de beaucoup de vertu , & digne parant du Père de Lingendes Prêtre de la Compa- gnie de Jefus , & de Mr. de Lingendes E- vêque de Maçon. Il eft au-refte à remar- quer, que le mot de Dieux; même par- mi les Auteurs Chrétiens, tant Profateurs que Poètes; (îgnifie Dieu, Mr. de la La- ne dans fon Eglogue fur la première de mes Eglogues;

Les Dieux juftes & bons ont mis vôtre A- marante

Au-defius des flambeaux de la voûte éclai- rante.

Lambin dans une de fes Lettres à Mu- ret : Quod Dit immort ailes omen alertant. Léonard d'Arezzo dans une des fïennes au Pogge: 0 DU immortelles, çudeat me

levi-

ai Anti-Baillet. P. I. levitatem hominis referre* Le Cardinal du Perron dans fa Conreffion Amoureufc a dit quelque chofe de femblable à ce que j'ai dit dans la conclufion de mon Madri- gal. Voici l'endroit:

Pour les vaines douceurs d'un vain conten- tement

(Il parle à Dieu.)

J'ai péché, j'ai parlé, j'ai fait injuftement. Mon penfer,ma parole, & mon effet m'ac- cufe.

Mais las! tous ces penfers, ces propos, &

ces faits, Procèdent d'un fujet qui parmi mes forfaits Sans fa déloyauté me ferviroit d'excufe.

Bertaut Evêque de Sais , a dit aufîî a peu-près la même chofe dans ce Sonnet à Dieu:

De poftpofer ta gloire aux loix de fonfervice: De n'avoir dans le cœur rien que fon nom

écrit, Et pour charmer un mal qui tous les jours

s'aigrit ,

Lui faire ineefTamment de mon cœur facri- fice:

Seigneur , c'eft un péché bien digne du fupplice;

Mais procédant d'un cœur que l'Amour at- tendrit ,

Ma foiblelTe en ce crime eft ma feule com- plice.

Tu

Anti-Baillet. P. I. 23 Tu fais bien , ô Seigneur , que , fi je l'eufle pu',

Depuis maintes faifons ce lacq j'euffe rompu, Tirant ma liberté d'une main ii cruelle. Comme donc en l'aimant & fervant mal- gré moi ,

La contrainte amoindrit mon mérite envers

elle, Elle amoindrit aufïi mon offenfe envers toi.

Mon Madrigal n'eft donc criminel que dans le Livre de Mr. Baillet. Moniieur Baillet , au refte , demeurant d'accord, comme il fait, que mon intention eil bon- ne, quand même il y auroit quelque cho- fe à dire à mon expreffion, il n'a pas me diffamer pour cela ; puifque Dieu en- tent le langage du cœur : qui eft ce que j'ai dit dans mon Madrigal:

Padre del Ciel , cbe da JlelUnti chioftri L'interno mirï de gli affetti nofir'u

& la Critique de Mr. Baillet ne s'accorde pas en cet endroit avec la charité Chré- tienne. Mais elle ne s'accorde pas non* plus avec fes Jugemens des Savans fur les principaux Ouvrages des Auteurs; aucun Ecrivain n'ayant formé cette aceufation contre mon Madrigal. Et en cet endroit, comme en plusieurs autres Mr. Baillet me critique , Mr. Baillet ne s'eft pas fou- venu du précepte de Pline le Jeune: Pri- Lir. mum ego officium Script «ri s exijlimo , ut Epift. tx

titti*

24 A N T I - B A I L L E T. P. T.

tttulum fuum legat : atque identidem inter* roget fe quid cœperit fer ibère. Il a aban- donné le titre de fon Livre. Et en cela, il n'efl: pas à blâmer: ce deflein de ramas- fer toutes les injures, toutes les médifan- ces , & toutes les calomnies des Auteurs contre les Auteurs, étant un étrange des- fein pour un homme qui fe pique de dé- votion.

V.

Ignorance de Mr. Baillet dans la Langue

Grecque , dans la Latine , ÊjT dans

PHiJloire des Livres d'Hippocrate.

MOnfieur Baillet qui fait profes- sion de parler de tous les Auteurs Grecs & Latins, fait peu de Grec; & il ne fait guère davantage de Latin.

Il dit à la page 35-3. du fécond Tome Part. 3. de les Jugemens des Savans '.On a de la traduction de Jules Scaliger le Livre d'Hip- pocrate des Infomnies. Il dit la même cho- fe à la page 5-0. de la 2. partie du 2. Tome.

Mr. Baillet me permettra de lui dire, qu'Hîppocrate n'a point fait de Livre des Infomnies. Le Livre d'Hippocrate que Jules Scaliger a traduit, eit intitulé vepï êwnvluv: c'efl-à-dire, des Songes. Ivur- viov 'lignifie Songe ; qui eft un mot compo- fc du fubftantif vitvoç qui lignifie Sommeil; d'où vient Somnus; & de la particule ev, qui lignifie dans. Et les Grecs ont ainfî

appelé

Anti-Bail le t. P. I. if.

appelé le fonge parce qu'il fe fait dans le fommeil. Infomnia, au plurier , lignifie fonge s. Virgile;

Qua me fuftenfam infomnïa terrent:

Et infomma^xi fingulier, fîgnifle infomniel Mr. Bailler, qui ignoroit la différence de ces mots, & qui n'avoit lîi que le Titre Latin de Lnfomniis de ce Livre d'Hippo- crate , a traduit ce titre par ces mots Fran- çois des Infomnles.

Quels jugemens peut -on attendre fur les Auteurs Grecs & Latins d'un Critique qui fait ft peu de Grec & de Latin? Mais comment nôtre Ariltarque pourra-t-il ju- ger des anciens Médecins Grecs; de Ga- lien, d'Arétée, d'Aêtius; étant fi étran- ger dans la lecture d'Hippocrate, le Prin- ce des Médecins, qu'il ne fait pas même le Titre de fes Livres.

Il eft au refte à remarquer que ce Juge Souverain de tous les Auteurs juge fur l'étiquette du Sac. Je veux dire, qu'il ne lit que les Préfaces, & les Tables des Li- vres, avec les Eloges & les Vies des Au- teurs. S'il avoit feulement lu les trois" premiers mots du Livre d'Hippocrate que Scaliger a traduit , il auroit vu qu'il y eft traité des Songes & non pas des Intbm- nies.

J'avois dît à Monfîeur l'Abbé de San- teuil d'avertir fon amiMr.;Baillet de cette bévue. Il l'en a averti : & Monfieur Bail- let l'a corrigée dans fon premier Tome des Jugemens des Poètes. Mais il elt STw». VIL Fart. I. B tou-

ad A-kti-Baillet. P. I. toujours vrai de dire, que lors que Mr. Maillet a publié fes quatre premiers volu- mes, il ne favoit ce que vouloit dire êvfo- viov en Grec, & infomnium en Latin, & qu'il n'^voit aucune connoiflance des ti- tres des Livres d'Hippocrate.

VI.

Ignorance de Mr. Baillet dans la Langue

Grecque, dans la Chronologie^ dam

VH'îJloire des Philofophes.

MOnficur B A i l L E T dit à la page 423. de fon premier Tome: Cbrf- Jippe 7? et oit proprement que le Singe d'Epi-

iffeàoit deft qu'il v oy oit faire & écrire à Epicurc. Ceft pourquoi il le copioit Couvent ; quand il le vouloit furpajfer , il alloit mendier divers paffages des autres Philofophes. Ce qui a fait dire à Zenon & à Ariftote , que tous fes Livres h oient pleins de témoignages & de paroles d? autrui.

Cette faute eft -épouvantable. Car ou- tre qu'elle fait voir l'ignorance de Mr. Baillet dans la Langue Grecque , elle le convainc d'une ignorance extrême dans l'Hiftoire des Philofophes , & dans la Chronologie. Ariftote n'a pu parler des Livres de Chryfippe (1). Il étoit mort

avant

5 2. IJ n'j a guère d' apparence non plus que Ze- non

àhti-3aillet. P. T. 27

avant que Chryfippe fût au monde. Aris- tote mourut Tan troifiéme de la cent quatorzième Olympiade ; & Chryfippe mourut dans la cent quarante -troiliéme. Mr. Baillet cite pour ïa confirmation de Ton opinion Diogéne Laërce dans la Vie d'Epicure , à la page 273. de l'Edi- tion d'Angleterre. Pvlr. Baillet n'a point la le Grec de cet endroit de Laërce ; car il n'entent pas affez le Grec pour entendre un fi long paiïàge Grec: maisr en ayant lu la verfion d'Aldobrandus;que voici: Epicuri multam feriptionem Chry- fippus œmulatus eft : quemadmodum Car* neades ait, parafitum ejus librorum ipfum appellans : Ji qu'td entra Epie ur us feriberet, tantumdem feribere Chryfippus ob amula- tionem ftudebat : quoeirca & eadem fœpc & ea quœfibi in mentem illico veniebant , & feftinatione parum emendata : teftimo- maque tôt infant, ut eis folis libri referti fwt, quemadmodum & apud Zenonem & apud Ariflotelem invenire lie et \ & l'ayant lue ponâuée de la forte que je viens de la repréfenter, & telle qu'elle eft imprimée dans l'édition d'Angleterre ; il a crû que ce que difoit Laërce de Chryfippe. avoit été rémarqué par Zenon & par Ariftote; & ces mots , quemadmodum & apud Ze- nonem & apud Ariftotelem invenire lie et , veulent dire que ce défaut de rapporter trop de témoignages dans desTraitez Phi- lofophiques , qu'on blâmoit dans les 6-

crits

non en ait pu parler, puifqu'il mourut que Chqr- iïppe u'aroit encore que dix-lept ans,

B 2

28 Anti-Baillet. P. I.

crits de Chryiippe , fe rencontroît aufïï dans ceux de Zenon & d'Ariftote : ce que j'ai expliqué amplement dans la Note que j'ai faite fur ce païfage.

Voilà le Critique, qui a entrepris déju- ger de tous les Savans; & qui traite Mr. de Saumaife d'ignorant en toute forte de Sciences: En cor Zenodoti , cnjecurCra- ietis.

J'avois dit au même Monfieur de San- teuil d'avertir fon ami de cette faute hor- rible. Mais foit qu'il ne l'en ait pas averti, ou foit que Mr. Baillet ait négligé ma ré- marque, Mr. Baillet n'a pas corrigé cette faute dans fes Rétractations.

VII.

Ignorance de Mr. Baillet dans la Langue

Latine. Faute de Jugement de Mr.

Baillet.

MOnfieur B a i l l e t eft un grand lî- feur d'Eloges , comme je l'ai déjà remarqué. Ayant lu quelque Eloge La- tin de Lopé de Véga Carpio, Gentilhom- me Efpagnol, Prêtre, & de la Congréga- tion de S. François, ce Eccléfiaftique de l'Ordre Militaire de S. Jean; dans lequel Eloge cet Auteur étoit appelle Magnus Comicus , à caufe d'un nombre prodigieux de Comédies qu'il a faites : 11 en a fait dix-huit cens; (i on en croit Nicolas An- tonio, Auteur de la Bibliothèque des E- crivains Efpagnols; & plus de quatre cens Amqs Saçramentaks. On appelle ainiî en

Efpa-

Anti-Baillet. P. I. 29

Efpagne ces Pièces Dramatiques qu'on récite le jour de la fête du S. Sacrement. Mr.Baillet, ayant lu, dis-je, quelque E- loge Latin Lopé de Végà étoit appelé Magnus Comicus , il a crû que ce mot Comicus figninoit un Comédien. Et dans cette créance , il l'a appelé le plus grand Comédien de la terre. C'e/t à la p^ge 80. de fa Préface fur les Poètes, au fujet d'une grande inveclive qu'il fait contre moi, parce que j'ai fait des vers de galan- terie. Voici fes termes : Nous pourrions en dire autant du fameux Doéleur , Frère Lope de Véga, Religieux Ejpagnol, le plus grand Comédien de la terre : qui ne fe défit peut-être pas entièrement de fes habitudes: mais qui tâcha du moins de les régler, ou de les réformer par des Ouvrages de pieté* Je pardonne à Mr. Baillée d'avoir ignoré que Comœdus (Tonifie un Comédien , & que Comicus, fubttantif, fignirie un Poè- te Comique. Mais je ne lui pardonne pas la faute de Jugement qu'il a faite, en refant monter fur le Théâtre un Religieux J*r- Bli11*' du Tiers Ordre de S. François, un Doc- te°snCçs qua" teur , un Prêtre, un Gentilhomme, & lirez à Lo- un Chevalier de Malte. pcdeVcga,

Voilà l'homme qui eft venu juger les vivans & les morts. Il n'eit point vrai, au relie, que Lopé de Yégaait été Reli- gieux. 11 eft vrai que Nicolas Antonio dit de lui , Tertit quoque Ordinis Santfi Francijci Regulam profeffus. Mais cela ne veut pas dire qu'il ait été Religieux du Tiers Ordre de S. François , mais ce qu'on B 3 de.

gp Anti-Bail let. P. P.

appelle en Efpagnol Tercero. C'euVà-dire, de la Congrégation de S. François. En Efpagne la plupart des gens mariez & de qualké, font de cette Congrégation. Et quand Lopé a pris, au titre de quelques^ uns de fes Livres, la qualité de Freyîe , cela ne veut pas dire Frayle: qui en le nom qu'on donne aux Môkies en Efpa- gne : mais un Eccléiîaftique d'un Ordre Militaire. Lopé de Véga étoit Eccléfias- tique de l'Ordre de S. Jean. Mr. Baillet nTa pas la cette differance entre Freyîe & Frayle.

Il me refle à ajouter, que Lopé de Vé- ga n'ignoroit pas les règles du Théâtre. Ce qui paroit par la Comédie UGuante de Doîia B lança \ intitulée autrement, Quatt- do Lofe quiere\ & qu'il a intitulée de la forte, pour faire voir qu'il ût pu toujours écrire régulièrement s'il ût voulu. Et ainfi on peut dire de lui ce que Sénéque le Père a dit d'Ovide; Non ignoravit vitia fua ,fed amavit. Et à ce propos, je ne puis m'em- pêcher de rapporter ici cet endroit de fcn Arte nuevo de bazer Cowedias en ejïe tïcmpo<

Verdad es , que yo ht efcrlto algunas vez.es. .

Siguiendo el arte que conocen pocos.

Mas luego que falïr por oira parte ,-

Ve$ Us monflrues de apparencïas llenos,

A donde acude el vulgo , y las mugtres , .

Que ejle trifle exercïào canonizan ,

A aquel habito barb.iro me buelvo ;

T quando ht de efcriv'ir, una Ççmedia ,

En*

Anti-Baillet. P. I. Ji

Encierro los precetos cen fty llaves : Saco a Terencio , y Plaut» , de mi efludi». Para, que m me den voz.es , que fuelt t)ar gritos la verdad en libros muthos. y efcrivo pvr el arte que inventaron Los que el vttlgar aplaufo pretendieren: Porque como las paga el vulgo , es jujl* Mablarle en nech t para darle gujio.

Voyez de plus ci- deflb us ch. $s* VI IL

Ignorance de Mr. Bail Ut touchant la Lan* gue Italienne,

MOnfieur Baillet fait de l'Ita- lien: mais il ne fait pas l'Italien. Cette Remarqué le va faire connaître ;

A la page 388. de fon premier Tome, il appelle Lilius Gyraldus Le Gyraldi ,par un i Grec. La Langue Italienne n'a point d'i Grec. Et c'eft pourquoi Meffieurs de Reu, du nom de Gondi , n'ont pas û raifon d'écrire leur nom par un i Grec:' pagef$ dont j'ai fait demeurer d'accord Mr. le Cardinal de Reu : comme je l'ai remar- qué dans la Vie de Pierre Àyrault Lieute- nant Criminel d'Angers. Sed &Joanner Francifçus Paulns Gandins , Car âtnalis Ra- defianus , Gondii nomen per y femper ferip- fit : quemadmodurn & pater ejus , C5* avusy C£f patrui\ donec monitus à me fuit, prê- ter rattonem id fieri ; cum Italid ejjent o- B 4 riu**

3a Anti-Ballet. P. I.

riundi Gondii ; Italie a autem Lingua eam liieram non haberet. Nunc vero cum ita feribat ut fribendum fuit ,idcircone alterïus fam'tl'tœ dicetur quam pater ejus , ç^ avus, & patrui fuere ? Minime fane.

Aux pages 107. & 12?. du To- me IL Part. I. & aux pages 130. ijï. 15-4. 160. 231. du Tome II. Part. IL & Part. III. du même Tome, pag. 44. 393. 404. 580. il appelle Giovan Vit- torio de' RofTi Le Vittorio de' Rojfi & à la page 125-. Tome IL première Partie il l'appel le Jean Vincent le Roux. Et ailleurs il l'appelle Jean Viéior le Roux. Premiè- rement ; il s'appeloit le Rouge , & non pas le Roux : comme il paroît par fon nom Latin Erythrœus : Joannes Viéîorius Erythraut: qu'il a tourné de la forte en Latin à l'imitation deNicolausErythrœus, Auteur de l'Indice fur Virgile , un des plus favans hommes d'Italie; qui s'appe- loit auïïï Le Rouge. Puto ego iftum ejje ex familia Rubeorum , five de Roffi , quee ijlhic honeftijjima, C23 à Senatus Secretis% dit Ottavio Ferrari , ProfciTeur'célebre de Padouë , dans une de fes Lettres au Sei- gneur Daniel Juftiniani, Sénateur de Ve-

nife,

^J t. Nous ne mettions point autrefois l'article devant les noms propres Italiens, & cette coutume s'eft confervée à l'égard de Machiavel parce que cet Auteur ayant de tout tems été fort commun parmi nous on s'eft fait une habitude de prononcer fon nom fans article comme originairement on le prononçoit. Il en eft ainiî de Pétrarque 8c de Bo- cace dom les noms par la même raifon s'écrivent plutôt fans l'amcle qu'avec l'article. Qui a jamais

ouï

Anti-Baillet. P. L 33 nife,. en parlant de ce Nicolas Erythrée. Le mot italien Rojfo , dans plus ordi- naire lignification, fignifie rouge. D'ail- leurs, Vittorio étant un nom de batême, il n'y faut point d'article. Les Italiens mettent des articles devant les noms de famille : mais ils n'en mettent point de- vant les noms de batême. Ils difent Tor- quato "Tajfo^Giovan Batùfta Guarini , .P/>- troBembo, Lodovico Ariofto: mais ils ne difent point, il 'TorquatoTaffo , il Giovatz Batùfta Guarini, il Pietro Bembo, tl Lo- dovico Ariofte;ôc en traduîfant leurs noms- en François , nous fuivons cette règle. Nous difons Le Tajfe, Le Guarin, Le Bembe, V Ariofto: & non pas, Le Tor» quat Tajfe, Le Jan Battifte Guarin, Le Pierre Bembe , Le Louis Ariofte. Il faut excepter de cette règle le nom de Àlacbia- vel. On ne dit point Le Machiavel (i)z ou du moins on ne le dit guère. Il faut encore en excepter le nom de Pétrarque^. & celui de Bocace, & celui de Sannazar, & celui de Politien. On dit inditferam» ment Pétrarque & le Pétrarque , Bocace & le Bocace, Sannazar & le Sannazar, Mr de Balzac dit ordinairement Le Pe-

trar-

OUÏ dire les Sonnets du Pétrarque? Le De'cume'ron àt* Bocace!' Oi ne dit pas non plus le S*nnazAY) en par- tie par cette raifon, en partie à caufe de fes Ouvra- ges Lat:ns par lefquels il cft pour Je moins autant connu que par fes Ouvrages Italiens, & je m'eton- ne que M. Ménage permette de dire le S<*nnaz_ar\9 lui qui ne veut point abfolument qu'on le dife pag. 529. de la t. paît, de fçs Obfervations fm IzLAnga^ Fiiàflcoifc.

54 Anti-Baillet. P. R

trarque, & Mlle deScudéri, Pétrarque', Pétrarque & Sannazar font aujourd'hui les plus ufités. Mais on ne dit que Pc- litien , & la raîfon pour laquelle on ne dit que Poli tien , eft que cet Auteur ne nous eft guère connu que par Tes Ouvra- ges Latins. Et à ce propos il eft à remar- quer, que nous ne mettons point ordinal rement d'article devant les noms de Fa- mille des Auteurs Italiens, qui n'ont é- crit qu'en Latin , ou qui ne nous font connus que par leurs Ouvrages Latins. A l'égard de Dante (i), comme c'eft un nom de batême, & non pas-un nom da Famille, il faut toujours dire Dante, Et ceux qui difent il Dante en Italien , & le Dante en François, ne parlent pas régu-> liérement.

Pour revenir à nôtre Vïttorio de Rofîl -s cet Auteur s'appelant Jan Vider en ion nom de batême, il faut donc l'appeler en- François Jan Vittorio de RoJJi (2) , & non pas Le Vittorio de RojJi : dont j'avois averti Mr. l'Abbé de Santeuil , afin qu'il en avertît Mr. Baillet; ÎH'en a averti; & Mr. Baillet s'eft corrigé de cette faute en quelques endroits de fes derniers To- mes, je remarquerai ici en paiTant qu'à l'Imitation de Gîovan Vittorio Roffi, qui a rendu fon nom en Latin Jaxus Niciiti

Ery~

^ t. Volaterran livre 21. dit que l'Italien Dante eft corrompu de Durante. Dantes PohtaFlorentinus , è lente xAlahtti&% Durantes ab initio locatas , intercif» deinde , «r fit in pueris vtcAbulo.

% z. Si J*n Vittorio eft le nom François en quel- le Langue donc dit-on J*n Yifl«r? Ce fl'dt pas ea

A N T I - B A I L L É T. P. I. ff

Ërytbrœus, Gomberville, de l' Académie' Françoife , qui s'appeloit Marin en fon nom de batême& le Roi en fon nom de Fa- mille, s'eft appelé de même, autour de fa Tailledouce, ThalaJJius Bafilides.

Autre erreur de Mr. Bail le t dans Langue Italienne. Mr. Baillet dit à page 15-5". du premier Tome '.Un permet- tre au nombre des premiers , tous ces ridi- cules [crapuleux , qui rfofoient lire PEcr;~> ture Suinte de peur de r gâter leur beau La- tin: ceux qui empe choient leurs amis de lire les Epi ire s de S. Paul pour le mêmefujet: non contens de ne les pas lire eux-mêmes , & qui les traitoient de petites Lettres de néant. Et il meta la marge de ces der- niers mots , epijljlaccias. Si Mr. Baillet fàvoît l'Italien , il fauroit que tous ces mots Italiens terminez' en accio, baccia, Cbiefaccia, capcllaccio% cavalaccio, librac- rio, &c. font des augmentatifs : & quV- pifiolaccia , ou plutôt piftolaccia, (car on ne dit plus epiflola) fignifie une grande vi* lame Lettre. Mr. Baillet, comme je l'ai àé\ï remarqué pluileurs fois, eft un Copine CopiiTe. H cite pour fon garand, Koiii- gîus dans fa Bibliothèque ancienne & nou- velle, qui cite Scipio Gentiîis dans fon Commentaire fur l'Epitre de St. Paul à Phi- k'mon. Mais , ni Konigius, ni ' Scipio

Ger**

Latin , il faudroit Jiannes Vifior. Ce n'eft pas en - Italien, il faudroit Qi*n ou Civz-an Viitere. Ce n'eft pas en François, pu'.fque, fclon M. Ménage» c'èft Jén Vittorio qui eft le nom François & noû pas J*ii Vicier. 11 y a fans doute jci de l'embarras. Viilt* rini d'âiJkiis et VOitr lent deux Saifiis-di^içc^

B 6

$6 Anti-Baillet. P.I.

Gentilis, ne parlent point de petites Let- tres. Voici les termes de Konigius : De piet.Je hominis ; il parle du Cardinal Bem- bo ; ex hoc faéïo judica : quando amico a- liquando auéior fuit , ne Epifîolas S. Pau- li , qnas contemptim Epiilolaccias appella- bat ; attingeret: vel fi cœpiffet légère, de manibus abjiceret ; fi elegantiam fcribendi & eloquentiqm adamaret: quemadmodum laudatus Scipio commémorât (i). Voici ceux de Scipio Gentilis : qui font du cha- pitre 1 y. Nam quid de Petro Bembo di~ cam"\ Is quidem Epifîolas omnes Pauli pa- lam condemnavit : eafque y deflexo in con- tumeliam zwcabulo, Epiilolaccias efl anfus appel/are : cum amico audor effet , ne Mas attingeret ; Tel fi cœpiffet légère y de mani- bus abjiceret , fi elegantiam fcribendi & eloquentiam adamaret. Ce qui a fait croire à Mr. Baillet qu'Epiflolaccia vouloit dire une petite épître, c'eft que l'Epure de S. Paul à Philémon eft fort petite, c'eft la fource de & bévue".

IX.

Erreur de Mr. Baillet touchant un pafjage

de Gerfon , ou il efl fait mention de

Rabbi Mofes , fils de Maimon.

M

Onfïeur Baillet. C 'efl ce qui a porté Gerfon à mettre au nombre des

igno-

% 1. Cet ami qu'on dit que le Cardinal Bembe vouloit détourner de lire St. Paul étoit Jaques Sa- dolet qui travaillent en cetems-'à fur PEp-.tre aus B»Qruaius, Ni Tua ai i'iUîis û'çtoit alejs;Caidi-

Anti-Baillet. P. I. 37

ignorans Critiques ceux qui n'étaient habi- les qtCen une forte de fctence : parce qu'il efi difficile qu'un ne trouve à examiner que des chofes dïune même efpéce dans un Li- vre. Et il prétend que c,efl avec raifon que Galien ,tout bon Critique qu'il et oit en cer- taines chofes r fut raillé par un R ùin ^tom- me Moife , pour s'être mêlé de porter f on "Jugement fur ce qui étoit hors de fa fphére, & qui paffoit Ces connoiffances.

Ménage. Ce conte de Gerfon eft un conte; c'eft-àdire , une pure fable. Car comment Rabbi Moïfe auroit il pu railler Galien, puifqne Galien & lui n'ont pas vécu en même tems. Galien vîvoit fous Marc Auréle qui eft mort en 180. Et Rab- bi Moïfe, Juif Efpagnol fils de Maimon, d'où il a été appelé Rambam , des Lettres initiales de fon nom Rabbi Mofes Ben Maimon , (c'eft - à - dire , Rabbi Moïfe , fils de Maimon) naquit à Cordoué" en 113T. félon l'opinion commune, & il mourut en Egypte l'an de l'Hégire 605". & de nô- tre Seigneur 1 209. Car il ne faut pas douter que ce que dit ici Gerfon de Rabbi Moïfe, ne doive s'entendre du Maimonide. Rabbi Moïfe appelé Moife de Gironde, de fa patrie ou de fa demeure de Gironde , & Rabbi Moïfe fils deNachman, étant des hommes obfcurs en comparaison de nô- tre Maimonide : duquel on a dit , à Mofe

ad

nal. Voicz Vi&orinus Strigelius fur le Jfeaume 4. pag. 30. ôc Melander qui le cite r.h. 134. de fon Jico-rerin. Ces petits contes cependant me font ua peu fufpe&s venant de la part des Protcûans*

gS Aktî-Baillet". P. B ad Alofcn non furrexit fie ut Mofes. Oc- toit en effet un des plus favans hommes de fon tems, C'étoit un grand Phi'ofo- phe, un grand Médecin, un grand Juris- confulte, & un grand .Mathématicien : & qui au jugement de Scaliger & de Cafau- bon , eft le premier des- R-abbins qui a ceifé de dire des badincries. Ht Mr. Baillet avoit û l'honneur de le connoître, il n'auroit pas dit en parlant de lui, un Rabbin*, nommé Moife. Ce qui me fait fouvenir de ce Provincial, qui difoit i.n nommé Tîirenm.

Du relie, le Sr. Faret, de l'Académie Françoife , étoit allez de l'avis de nôtre Rabbin , ayant écrit dans fon Honnête Homme , qu'il vaut mieux être fuperfl- cieîlemcnt imbu de plulîeurs chofes, que d'en favoir une feuîe à fonds : un homme qui ne fait parler que d'une chofe, étant obligé de fe taire trop fouvent.

J'avoîs fait cette Remarque contre Ger- fon, lorfque m'étant tombé dans fefprit que Mr. Bailletpourroit bien n'avoir pas entendu le paffage Gerfon, je fus con-^ fuiter l'original : Et je trouvai en effet que Gerfon ne difoit rien moins que ce que Mr. Bailler, lui faifoit dire. VoicMes pa- roles de Gerfon : Fuit 'Gaïemts in arte fua feritiffimns MedÀcin-c. Ce qui veut dire, que Galien étoit excellent Médecin Pra- ticien ; & non pas, comme Mr. Baillet l'explique, bon Critique en certaines cho- fes. Memtni dum pueruîus fi'udcrem ïrt Artibus , ipfutn der'ifum , quia pofuit quar- tam figurant in f) llogi[mi$% Mittit , in~

quiuflty

Aïnti-Ba-illet. P. L q fiflunt , falcem in meffem aliénant , quia non Logicns , fed Aledicus eft. Remar- quez que ce ne fut pas Rabbi Moïfe qui fe moqua de Galien. Gerfon ajoute: Lo* quitur adverfus Galenum Rabbi Moyfes medicut:-ct Rabbi Moïfe ctoit Médecin du Roi d' Egypte: quia prœfnmens de f ci en- ùa Mediiinxe , prœfurnpfit confequenter de multis : tanquam Ma fient Medicinam cog- ret : tn quibus ipfunt errajfe notavit. Etbic errer familiaris efl admodum fapien- tibus bujusféeculi: qui du*» Je vident bond; rari pro aliqua fcientia\ fit Legumjit Ca- nonum, fit induftriœ mundialis y laxant fa- ciliter ora de fermonibus quos nefciunt\ ut de Theologia : quafi verecundarentur ali- qjtid ignorare. eft-il dit en ce paiTaga que Galien fut raillé par Rabbi Moïfe? Il y efl dit feulement que Rabbi Moïfs biâmoit Galien de ce que fâchant la Mé- decine, il croyoit favoir- une infinité d'au- tres chofes. Loquitur autem adverfus Ga* lenum Rabbi Moyfes , Medicus , - quia prœ- fumens de feientia Medicinœ , prœfumpfit- confequenter de multis. On peut blâmer une perfonne après fa mort. Mais quand on dit qu'un tel fut raillé par un tel , cela emporte îa préfence du railleur & du rail- lé: ou du moins l'exigence de l'un & de l'autre en même tems. Ce qui a trompé Mr. Baillet, c'eft que Gerfon s'étant ex- primé par le prêtent^ loquitur autem ad- verfus Galenum Rabbi Moyfes , il a cru que Galien & Rabbi Moïfe étoient con- temporains.

40 Anti -Baille T.- P. E X.

Le Livre des Allégories d'Homère attribue

■par Mr Bail /et àHéracl des Ponticus ,

n'eft point £ Héraclide s Ponticus,

MOnfieur Baillet àlap3ge 35-8.de fon fécond Tome, Fart. III. parlant des Traductions de Conrad Gefner,ditque Conrad Gefner a traduit le Livre des Al- légories £ Homère par Héraclide du Pont. Il faut dire Héraclide d* Pont. Mr. Bail- let a fait la même faute en plufieurs autres endroits de fon Livre.

Ce I livre n'eft point d'Héraclidés Pon- ticus , quoiqu'il foit imprimé fous fon nom. Je l'ai montre dans mes Obferva- tions fur Diogéne Laërce , à l'article d'Héraclides Ponticus. Voici ma Remar- que: Exilât hodte fub nowine Heraclidis Pontici liber 'AMvjycp/«i 'O^pMctt inferip- tus , & q tient Gefnerus , qui eum vertit , noflri Heraclidis Pontici genuinum ejfefœ- tum ex::fiimat, atque olim Avcsuv 'O/z.vjp*- X«v inÇcriptum , fed omnino eum falli cons- tat : Jiquidem in eo libella mentio fit multo- rum , qui pofi Heraclidem Ponticum vixe- runt : Arati , Callirnacbi , Apollodori , Cra- tetis ; & Herodici, Cratetis difcipuli , £5* aliorum. Fuit alter Heraclid.es Ponticus , qui Caii, Claudii , & Neronis temporibus lixii : de quo Suidas in 'Avréçoeç, & in 'Hpay.Xsl^ç. C53 tertius Hijïoricus , cujus meminit Stephanus in 'Oovjzqç. Secundi iiliîiS) vel Tertii, Heraclidas Pontici effe

iilu'ûi

Anti-Baillet. P. I. 41

illum librum cui titulus '>KKhv)yoplcti 'O/jlvj- p/x«/, exiflimabat Vojfius. Ex Bibliolhe- Vaticand. prodiit nuper , opéra Leon'ts Allatii , Heracïiti cujufdam libellas Ylspl ùtt/çcov infcriptus. Exiflimabat vero vir ille dodus , non alium effe Heraclitum /'/- lum ab Auéiore Allegoriarum Homerica- rum. Idem & Lucœ Holftenio videbatur ; qui osf ipfe ad Porphyrium , in Vita Py- th agora , tefiatur ita hune Allegoriarum Scriptorem appellari ab Euftathio adlliados alpha: neenon in quibufdam harum Aile' goriarum feriptis Codicibus.

' Mr. Bigot a quelque penfée que le Li- di§%*gftim vre des Erreurs d Ulyfïe, intitule 'Lx/ta- caxio z„;r. fLoç Aiv,yy(jiç itç Tàçytaù^Ofiypov nhcivctç rares viyffit 'OÏvcfféuç llstûù rlvoç Qeupittç yÛMurépctç oà^e* Ho" QiXQKOvvfieLGu. , & publié 2 Haguenau en conteMpu- 1^31. par Opfopœus , eft de ce même »»»« w«r4/i Heraclite. *****

XI.

Fauffe aliénation de Mr. Baillet du Livre de Mr. Huet de Claris Interpretibus.

MOnfieur Baillet. Lipfe avoit une Tom« j t > / / /• / Partie 2.

demangeaijon plus qu échouer e pour _a„ I$_

faire paraître qu'il favoit du Grec : & il

faifoit gloire d'en inférer fouvent parmi fon

Latin. En quoi il e[i blâme' avec beaucoup

de jufiiee par Cafaubon : c'efî -à- dire par

Mr. Huet : quoique cette bigarrure parût

belle aux yeux de plufieurs dans le tems de

la nouveauté.

Ménage. Il devoit dire , en quoi il

m

4* Anti* Baillet. P. ï.

a été blâmé, puis qu'il ajoute, quoique cet* te bigarrure parût belle. Mais il n'eft pas ici queition de fautes de Langue. J'en traiterai dans un Chapitre à part, je ferai voir qu'il y en a plus de cinq ou fix cens dans les quatre premiers volumes de Mr. Baillet. 14 eft queftion de faulTe cita* tion. Cafaubon ne dit rien de femblable de Lipfe dans le Dialogue de Mr. Huer. Et Mr. Huet auroit û grand tort de faire blâmer Lipfe par Cafaubon pour ce mé- lange de Latin & de Grec ; puifque c'é- toit le défaut dont on accufoit Cafaubon ; comme Cafaubon le témoigne lui - même dans fa première Exercitation contre Ba- ronius. Voici fes termes: Quod Latinis Grceca immifceam : Il parle d'Eudœmon Johannes , Candiot Jéfuite-, qui Pavoit blâmé de cette bigarrure : Novum crimen, Cale Ccefar. Nolo eruditorum noftri fœcu- li; T'urneberum , Lipjiorum ,Scaligcrorum% exemplo fa£tum tuer'u Nolo Panigarolcc Conc'tones in médium afferre. "Taceo mo- rem multïs àlits Conclonatoribu* partiurd Romanarum ho die ufurpatum ; qui apud indodam plebeculam Latina, Grœca (ali- quando & Hebraïcaj recitant fepe : Laii- na prœfertim , fine- interpretatione. Certè eh m Cicero ad Poœponium' Atîicum , Grce- cJ doSium %.ita fcripfit , ut ego ad Front o-- nem Ducœw.n , Grœci Çermonis intelligen- tem. Mr. Manjot, très-célébre & très* favant Médecin de Paris, qui mêle ainri- beaucoup de Grec parmi le Latin , s'en excufe aulîi par l'exemple de Cafaubon, Tout cela faitvoir que Mr. Baillet n'a ja- mais-

ânti-Baillet. P. 1. 43 mais lu les Ouvrages de Cafaubon, & qu'il a lu avec peu d'attention le Dialogue de Mt. Huet de Claris Interpretibus.

XII.

// n'efi point vrai que les Oeuvres de Quin- tilien ayent été trouvées far le Pogge Florentin dans la boutique d'un Char- ctitier,

MOniïeur BAiLLET5page34f.de fa 1. Partie du 2. Tome: Pauljove té- moigne qu'on eft particulièrement obligé au, Pogge de Florence d'avoir déterré & mis au jour les Livres de Cicéron de Finibus , & deLegibus: cjf A? Quintilien^ qu'il fauva de la boutique d'un Charcutier.

Ménage. Il eft vrai que Paul Jov* a écrit que le Pogge avoit trouvé les Oeu- vres de Quintilien , & qu'il les avoit trou- vées dans la boutique d'un Chaîrcutier ou Charcutier; car on dit l'un & l'autre, quoiqu'on ne dife que charcuter. Mais cette dernière particularité n'eft pas véri- table. Ce fut dans le fonds d'une tour du Monaftére de S. Gai que le Pogge trouva ce tréfor. 14 le témoigne lui- même dans une de Tes Lettres à Guérln de Vérone, écrite le 17. de devant les Calendes de Janvier de l'année 1417. & datée de Confiance, il fe trouvoît a- lors au fujet du Concile. La Copie de cette Lettre fe trouva à la tête d'une Copie du Quintilien trouvé par le Pog- ge- Laquelle Copie de Quintilien pa- raît

44 Anti-Baillet. P. I.

roît avoir plus de 200. ans. Et cette Co- pie, qui étoit de la Bibliothèque de Mr. Heinfîus; comme il paroît par ces termes de la page f. de la 2. partie du Catalogue de cette Bibliothèque, imprimé à Leyde en 1682. Quintiliani Inflttutiones Ora- torio MS*. è Bibliotheca Monafterii Sanc- ti Galli à Poggio Florent i no erut<t ; eft aujourd'hui dans celle de Mr. Colbert de Seignelay , nombre 1217. le la- vant & l'obligeant Mr. Baluze me Ta fait voir. Voici les termes de cette Let- tre Ci) qui regardent cette particularité: Efl autem Monafterium S. Galli prope ur- bem bine mil. pas. viginti. Itaque nonnul- li\ animi laxandi, & fimul perquirendo- rum librorum , quorum magnus numerui ejfe dicebatur , gratin , eo perreximus. Ibi inter confertijjimam librorum copiam , quos .longum ejjet recenser e , Quintilianum com- .perimus, adhuc falvum & incolumem , plé- num tamenfitu & pulvere jqualentem. £- rant enim non in "Bibliotheca l'tbri illi ; ut eorum dignitas poftulabat ; fed in teterrimo quodam £9* obfcuro carcere : fundo feilicet wnius turris : quo ne capitales quidem rei damnât i retruderentur.

Léonard Axétin, dans une de fes Let- tres au Pogge, qui eft la 4. du Livre 4. de

fes

% t. Le T. Mabillon pag. z\ r. de Ton Iter Itali- eum imprime en 1687. & que par confequent M. Ménage pouvoit avoir vu, cite cette même Lettre de loge adrefiee non pas à Guérinde Vctoixc,Guarinum Verenenfe/n i mais ad Johanntm amknm (hum , laquelle étoit dans la Bibliothèque Ambioiiennc à la fin

Anti-Baillet. P. I. 45* fes Lettres, lui parle de la de'couverte de ce tréfor , en ces termes : (Juintiltanus prias lacer atque dtfcerptus , cunéla mcm» bra parte (z) recuperavit : vidi eniyn capi- ta librorum. T'otus eft : cùm vix nobis mé- dia pars ; & ea ipfa lacera fupereJJ'et. 0 iucrum ingens ! in/peratum gaîid;um ! Ego te , Marce fabi , totum , tntegrumque afpi- ciam , cfT quanti tu mihi tune eris , quem ego quamzis lacerum crudeliîer or a, oray manufque ambas , populataque temporay ruptts aunbus & truncas inhoneflo z-ulnere- nares , tamen pr opter décorera tuum in de- litiis habebam. Oro te , P°gg* •> fac me quam cita hujus defiderii compotem: ut fi quid humanitus impenderit , hune priùs vi- deri m quam è vit a difeedam. Nam de Afconio quidem & FL:cco , h cet uterque placent, tamen non ufque adeo laborandum cxîflrmo ; quorum fi neuter unquam fuijfet, nihil ferè minus Latinitatis haberet. At Quintilianus , Rhetoricce pater eff Oratoria m agi fier , ejufmodi eft ut cùm tti illo diu- turno ac ferreo barbarorum c arc ère liber a- tum hue miferis , omnes Hetrurice populi gratulatum concurrere debea?it. Mirorque , te , & illos qui tecum erant , non ftatim in hune manus avidas injecifie : quem ego pojl Ciceronis de Republiea libros , plurimum à

La-

d'un Quintilien manuferit. Les termes de cette Let- tre , ne font pas tout- à-fait rapportez de même pat Mr. Ménage que par le P. Mabiilon.

^J 2. Parte au lieu de per te, eft une. faute qui fe trouve dans l'édition de Bile des Epitres de Léo- nard d'Aiezzo pag. i^y, & qu'il «oit à propos de corrige*.

46 Anti-Baillet. P. î,

Latinis defideratum , & prœcunâïs déplora-' tum , affirmare aufim. Ces paroles , diuturns ce ferre o barbarorum carcere liberatus , font voir que ce manuferit de Quintilien n'a pasétc trouve dans la boutique d'un Chair- cutier , mais dans quelque Bibliothèque de Moines. Cette Lettre de Léonardo d'Arezzo eft écrite de Florance en 1416. aux Ides de Septembre. Il me relie à re- marquer, que dans la Lettre 7. du même Livre, écrite au même Pogge, il y a, Quint ilianus tuus laboriofiffimè emendatur. Perrault a funt entra innoflro vetujlo codice, quœ addenda tuo lideantur: fed in qu'tbus locis vetuflas deerat, hoc eft infyncopis ii- lis grandi orib us pi erij que in lucis infanabilis morbus eft. J'apprens de la Lettre précé- dante de Léonard Aretîn écrite du 4. des Nones de Janvier 141 $\ au même Pogge, que le Pogge avoît trouvé en France des Oraifons de Ciceron : dont Paul Jove n'a point fait de mention. Infuper^ ut tu nu- p.er in G allia Orationes duas Marci Tull:i, quas noftra fecula nunquam vider ant , tua diligent i a perquœfita^ reperijli: fie ego nu- fer Areti Epiflolara (1) quandam reperi , quâra te nunquam vld'ifje certè feio. In ea non fine ftomacho Tullius Petrarce refpon- det. Cette reponfe de Ciceron à Pétrar- que eft une raillerie fur la Lettre que Pé- trarque a écrite à Ciceron. Et j'aprens du Pogge dans fon Dialogue de Infelicita-

te

ç t. Après Sic ego il me paroit qu'il auroit falu mettre un &c. qui auroit été fuivi immédiatement 4e ces mots: Et forint du Fo^e d*ns fon L>i*>o*ne

Anti-Baillet. P.ï. 47 fc? Principum, page 394. qu'il en avoit trouvé huit en Allemagne, outre leQuin- tilien & le Columelle. Voici l'endroit: Sufcepit hic me intuens : C'eft Nicolas Ni- colo qui parle au Pogge: olim diligenùam & laborem pergrandem Alemamœ librorum perquirendorum gratta , qui in ergaftulis apud illos reclufi detinentur in tcnebris, & carcere cœco : qua in re multitm profitât Latinis Mufis ejus indu/tria. Nam ocîo Citerons* Orat.ones ; integrum Quintiiïa- num ; Columellam : qui antea detrunc ati & déformes apud nos erani : & item Lu- cretii partem: plurefque alios Latine Lin' gux Auéiores prœciaros , reftituit nobis : plurâque ex diris carceribus ,quibus v/rviti , ohfoleîique opprimuntur, cruijfet : ftfnt e- nim multis vinculis & fiedo carcere abftru* fi, : nifi frrtuna defuijfent. H.ec cùm ab eo fuijfent in lucem édita, cumque uberior , C55 quafi certa fpes propdjita effet ampliora inveniendi , nunquam poftea aut Princeps^ aut Pontife x , minimum operœ^ atit auxi- lii , adhibuit , ad liber an dos prœclarijfimos illos viros ex ergaftulis Barbarorum.

J'oubliots à remarquer, que le Poccian- 2.10 dans Ton Catalogue des Ecrivains Florentins , au chapitre du Pogge, a écrit que le Pogge avoit trouvé le Quintilien dans un Monaftere de Confiance (2). Il s'ell trompé à l'égard du lieu du Monas- tère.

Je

&c parce que tout ce qui eft entre deux eft entle're- ment hors d'oeuvre, & ne fait que brouiller. % z. U fuffifoit d'avoir, de'courcrt en quel ]jcu

48 Anti-Baillet. P. I.

Je remarquerai ici en pafTant, que le Poccianzio , au lieu allégué , appelle le Pogge Poggius Brandoltnus \i) : ce qui pourroit donner fujet de croire, que Pog- gius auroic été le nom de Batême du l og- ge, & Brandoltnus fon nom de famille. Mais un de Tes rils tétant appelle lui-mê- me Baptifta Poggius à la tête de la Vie qu'il a écrite du Cardinal Dominico Ca- pranica, imprimé dans le 3. volume des Mélanges de Mr. Baluze, & un autre é- tant appelle Jacopo Poggio dans la Lettre de Sehaftiano de RoJJi touchant la querelle

d'en-

Toge trouva le Quintilien fans s'obliger à relever toutes les fautes des Auteurs qui ont rapporté au- trement cette Hiftoire Gabriel Naudé n'eft pas bien d'accord avec lui-même fur ce fait. Dans Ion Avis pour dreffer une Bibliothèque, il veut comme Taul Jove, que ce foit dans la boutique d'un Char- cutier que Toge ait trouve le Quintilien, & dans fon Addition à l'Kiftoire de Louis XI. pag. 201. il veut que ce foit dans une Bibliothèque de Paris, ajoutant que Poge vint étudier en cette Ville quel- que tems après Philippe Béroalde, bien qu'il foit fur que Béroalde au contraire ne vint à Paris que vingt cinq ans après la mort de Poge. Marc An- toine Sabellic , qui étoit de ce flecle-là , dit, ce femble, dans fon Dialogue de reparaît -■ne Lingua La- tin* que ce fut en France que le Quintilien fut trou- vé. Confions fama efl Jluintilianurn altemm Lingua La- %in& lumen fub tempus Cew1a.ntia.ci Conventus ab (Pogio) ex Gallia^omam déport atum. Mais il eft vi- fible que par le mot G allia, il faut, fuivant l'an- cienne divifîon, entendre laGauleCeîtique, oùl'on comprenoit la SuilTe, & par conféquent le payig qu'on appelle aujourd'hui Saint- Gai.

% r. Francefco Albertini Ecrivain beaucoup plus ancien que le Poccianzio appelle de même loge Poggius Brandslinus , mais Chriftophe Landin plu* ancien que l'Albertini , dans l'Apologie qu'il a mile au devant de fon CommcûWuc fui Dante , ap- pelle

ânti-Baillet. P. I.

d'entre le TaiTe & l'Académie délia Crus- aï, il eft confiant que fon nom de famille croit Poggius.

XI II.

Erreur de Mr. Bai Met touchant les infcr lo- tions des Dialogues de Platon*

MOnfieur BaillET. Platon n'a Tom. i point donne' d'autres titres à Ces Dia- pag. 502. logues que les noms des personnes qui y a>

voient

pelle Poge Po:gio Braccielini, & je croirois rolon- tiers que c'eft ainfi qu'il doit être appelle. La res- femblance des deux mots a donné lieu à l'équivo- que d'autant plus aifément qu'il y avoit en ce teras- une famille de Brandoli'ni à Florence, témoin Lippo Brandolini Rehgicux Auguftm, dont nous arons plulleurs Ouvrages en pxofe Se en ven. Poge au refte étoit véritablement le nom de batême de cet Auteur. Si ç'aveit été fon nom de famille, il n*y auroit pas joint le furnom de Florentin , ces for- tes de furnoms ne fe joignant jamais aux noms de famille. On a dit Leonardas ^iretinns, Barthohmtus PUxina ou Platintnfit (ceux qui le nomment Baptijl* fe trompent) ^ntonius Pdnsrmita , Bdptijl* Mantuanus, ficc. ÔC non pas Brunv.s *Arexinn: , Saccas Plat in* ou Pidtinenfîs , Bononim Pdnsrrnttd , Spugnclus Muntudnus , crc. Rien n'étoit plus ordinaire'en ce tems-là. Il eft vrai qu'il y a ceci de particulier à l'égard de Po- ge que ce nom de batême étant devenu illuftre en la perfonne de Poge Florentin , il a pafle enfuite pour nom de famille en la perfonne de fes enfans, Se ce qui ne permet pas d'en douter eft que Giaco- po Poggio un de fes fils, fi connu par la fameufe conjuration des Pazzi contre les Médicis.de laquel- le il ctoit un des Chefs, eft toujours appelle par Machiavel , Giacopo di Mtjfer Piggio. Il eft parle d'un Joannes Francifcus Poagii Oratoris fîlius, dans Pau lus Cortcfius 1. 3. de CdrdinaUtH fol. Ij»8.

Tom. VU. Part. L G

5*o Anti-Baillet. P. I.

voient quelque part ; ou quelque rapport ^ quel qu'il pût être.

Ménage. Il eft très-faux que Platon n'ait point donné d'autres titres à fes Dia- logues que le nom des perfonnes qui y avoîent quelque part. Il leur a donné double titre: l'un tiré de la perfonne; & l'autre de la chofe. Ce qui a été remar- qué par Laérce, en ces termes : hnhscTç àè %pvj7#/ tuTç èTtiyçuOaïç £KaC8 t«v $l- £A/&v, 7vi /xiv, àvà 7g ôvôfxctTOç , tvj £é, «Vo T8 ^puyfxdTog. Il paroît par ce qu'a dit ici Mr. Baillet qu'il n'a pas même lu les titres des Dialogues de Platon.

XIV.

^ f . Il faut écrire Scitpplm comme Sciappius lui- même récrit. Les Latins de même que les Italiens prononçant le CH comme un K^ 11 s'enfuivroit 11 on écrivoit Sch ioppins qu'il faudroit prononcer St^op- pius cequireprefenteroit mal la véritable prononcia- tion du nom de cet Auteur. Il nous apprend pag. 64, du Scaliger hypobolim<ttis que fon nom etoit ori- ginairement Sch$ppi, le Cti. fe prononçoit à l'Alemande ôc à la Françoife, mais comme en Ita- lie où Scitppius fe retira depuis , chacun au lieu de Schoppi difoit Scoppi, il fut obligé afin qu'on pro- nonçât moins mal fon nom, de l'écrire Stiuppi, & en Latin Scioppim , les Italiens prononçant Sciop à peu près comme les Alemans Schop.

H z. Voflîus le Père dans fon Livre des Hifta- liens Latins elt le premier que je fâche qui fe foit avifé d'écrire que le nom de famille d'Ange Poli- tien étoit Bajfus. Scioppius l'a tiré delà , fes Para- doxe* litéiaiies n'ayant paiu qu'un an après l'Ou- vrage

Anti-Baillet. P.'I.

r*

XIV.

Le véritable nom de famille de Politieti ignoré 'par Mr. Baillet.

MOnfieurBAiLLETa intitulé le 817. ?*ge m. Chapitre de fon Livre des Jugemens ^rztTomc' desbavans, Poli tien {Ange Bas s.) du art* 3" Mont Pulcien : mort en 1494. Et il a é- crît dans la Table des Auteurs dont il .^J^" parle dans fon Livre , POLITIEN, rôn voyage 'Ange Bajfien. Qui a jamais dit que Po- d'Italie p. litien s'appellât Bas;, ou BaJJien ? On a i7t.lcfait dit qu'il s'appeloit Baffo en Italien, & ™u9ricr,cc£ BjJ/us en Latin. (1) Schioppius l'appelé Une faute Baffus (2) dans une de les Lettres à Jule d'imprcs- Céfar Cappacio, imprimée dans fes Para- fion* doxes Litéraires, qu'il a publiez fous le

nom

vrage de Vcflïus, mais il eft difHcile, comme dit M. MagHabechi , de déterrer l'origine de ce Bajfns. Voici ma conjecture. Le fameux Pomponius Lae- ïus, admirateur outré de l'antiquité , ayant inftitué à Rome une Académie de gens de lettres, invita ceux qui la compofoient à iubiiituer ou ajouter quelque nom ancien à celui de leur famille. Marco Antonio Coccio prit le nom de Sabellicus, Filippo di fan Gemignano celui de Gallimachus , Angelo Colocci Gentilhomme de Je 11 , depuis Evêque de Nocére , un des plus habiles d'entre eux, quoi qu'il n'ait prefque rien écrit , fe fit appeller ^inge* In s Baffus, 6c comme c'étoit un homme très-poli, d'une érudition diftinguée , 8c que les Savans lui * ont donné beaucoup de louanges dans leurs écrits, il fe peut faire que Voulus voyant cet ^An^elus Bas~ fus tant loué, fans néanmoins qu'il parût aucun Ouvrage fous ce nom, le (era imaginé que l'^nçr- lus de queftion n'étoit autre qu'Ange Politien , d'où il concluait que JîalTus étoit le nom de famille, C 2

fl A N T I - B A I L L E T. P. I.

nom de Pafcafius Grolïppus. Hic famen, (il parle de Sannazar) prœ fe Angelum Baffum ; à patria , Polîtiani nomine notio- rem ; non aliter quàm fi vix ultima nota Grammatifta foret , contemnere, & verfi- bus infediari aufus eft : quôd eum fermonis puritate minime fibi parera ejffe, reftè judi- caret. Et Voflius le père , l'Auteur delà Bibliographie curieufe, & plufieurs autres, l'ont appelé enfuite de ce nom. Cepen- dant il ell certain qu'il s'appeloit Cino , & non pas Baffo. Ce qui fe juftîfie par ce fragment d'une Lectre de Mr. Maglia- bechi à Mr. Bigot, que j'ai produit dans mes Origines Italiennes au mot Poltziano: Nello feorrere per tanto alcune feritture di Monfignor Sommai , è veduto che effo arc va. notato che'l Poliziano era de' Cini. Il che parendomi uno fpropofito , per averlo fempre veduto , citato per de' Bajfi , moflrai tal cofa al Signor Capitan délia Rena , che <ra àa me. Et il Signor Capitan* fubito mi rifpofe , che veramente il Poliziano era de* Cini: delche ne ave-va una prova certijfima & evidentijjima, allaquale non fi puô ris- fondere. Cioè che'/ medefimo Poliziano cosi appunto fi fottofcrïve nel Teftamcnto del Pico délia Mirandola, veduto e letto dal medefimo Signor Capitano. Mi rnaraviglio del Vojfio , ed univerf aiment e di tutti glt altri, che concor démente lo chiamano An- gélus Baflùs: non fapendo di dove fi cavino fuel Bafïus. Pour ce qui eft du nom de ^olitien , il ne fe révoque pas en doute que Politien n'ait été appelé Pulcien > de la Ville de Montc-pulciano, fa patrie. San-

nazar

An ti- Baille t. P. I. 53

nazar l'appelé Pulicianus, par mépris, au lieu de Pulcianus , ou Politianus. Ma- chiavel dans fes Hïftoires de Florence l'ap* pelé Agnolo Montepulciano. Il changea en- fuite le nom de Pulciano en celui de Po~ litiano. C'efr ce que j'ai appris de cet en- droit de T Apologie de Majoragius fur le changement de fon nom Antoine le Comte en celui de Marcus Antonius Majoragius : Quid Politianus y vir ita facundus & or a* tione politus , Ht non fine cauffa nomen il* lad âdfciviffe fibi videatur , an non Ange» lus ar.teà Ide Monte Pulciano fuit ? & à propos de cette polîteiTe, il eiï à remar- quer qu'Erafme difoit en parlant d'Angc- lus Politianus , Mallem effe Politianus quam Angélus. Mais comme Montépul- ci (i) s'appele en Latin Mons Politianus^ Politien en prenant le nom de Politianus., n'a point apparemment, fongé à fa politelfe. Mr. Baillet peut bien juger par cette Remarque & par la précédante, qu'il n'ût pas mal fait de me confulter fur fon li- vre, comme quelques-uns de fes amis lui confeilloient.

XV.

Ce que dit Mr. B ai Ut 't que Jules Scaliger a- dédié fes livres des Caufes de la Lan- gue Latine à Sébafiien Gryphe Imprimeur de Lyon, n eft pas véritable.

M

Onfieur Bai LLET. Jules Scaliger y Tome 1,

pour témoigner Veftime qu'il faifoit Pait* II§ 1 & J V J '^fc page 45.

%. i. On ne dit point MontepuUi pour MontepHUiant*

C 3

74 ànti-Baillet. P. I.

de r habileté ^j3 du mérite de Sébaftien Gry- phe , plutôt que -pour l'engager à imprimer Je s Ouvrages, lui dédia les treize Livres qu'il fit des Caufes de la Langue Latine en I5"40. Dans l'Eritre qu'il lui adrejfe , H dit qu'il avoit voulu mettre fon Ouvrage fous fa protection y & lui en confier la pu- blication y afin que comme la Poftérité ne manqueroit pas d,' avoir une eftime & une vénération particulière pour fa piété fine ère pour fa doéîrine plus que commune ; pour fon infigne honnêteté y& pour Ces autres qua- litez excellentes : on put juger de l'utilité & de l'importance de fon Ouvrage , non feulement par le crédit qu'il plaïroit a Gra- phe de lui procurer , mais encore par la ré- putation & les ornemens qu'il voudrait lui donner en le mettant au jour..

Ménage. Il n'eft point vrai que Ju- les Scalïger aît dédié Tes Livres de Caufis Linguœ Latin<e à Sébaftien Gryphe, Im- primeur de Lyon. Il lui a feulement écrit une Lettre au fujet de ce Livre qu'il devoir., imprimer (i);par laquelle il lui cX\t,Tuam vero, mi Gryphi , veram pietatem, exceU lentem eruditionem , infigne m humanita- îem , his nofiris lucubratiunculis & prœeffe liolui , & moderari: Ji id tibi ita collibuis*

[et:

% i. Jaques SadoJet écrivit auiTï tme Lettre à Sébaftien Gryphe pour lui recommander l'impres- fion du Poème d'Aonius Palearius de anim$rtnn imm mortalitute. Cette recommandation ne fut pas in* utile, Gryphe imprima le Poème avec tout le foin pofllble, ce qui lui attira de la part dePalearius un lemerciment qui eft auiïi imprimé au devant de ics Oeuvres en profe chez le même Gryphe. Dans l'u- ne ôc dans l'autre de ces Lcures, cet Imprimeur eft

ex-

Anti-Baillet. P. I. f/f

fet : ut Pojîeri intelligcrent , ejus frugis proventum, fi qua ad eorum commoda per nos exculta effet , a nolns tantkm commen- dar'i^ quantum ex diligent i a tua, atque auiiorttate gratta confequi potuijfet. Eft-ce une Dédicace ? Jules Scaliger a écrit de même une Lettre à l'Imprimeur Vas- cofan, pour lui recommender l'édition de fon livre de la Subtilité. Outre que Jules Scaliger étoit trop glorieux pour dédier un de Tes Livres à un Imprimeur y il n'avoir garde de dédier à Gryphe fes Livres des caufes de la Lingue Latine, puis qu'il les avoit adrefTezà fon rl!s aîné Silvius Cœfar Scaliger: auquel il a auflï adreffé fa Poé- tique. Jules Scaliger a écrit à Sebaftien Gryphe de la même façon que Quintilien a écrit à Tryphon le Libraire pour lui re- commender fes Inftitutions Oratoires qu'il avoit dédiées à Marcellus; & de la même façon que Sccvoîe de Sainte Marthe a adreffé des Hendécafyllabes à Mamert Pa- tiffon , pour lui recommender l'édition de fes Ouvrages.

Mais il eft vrai que Sébaftien Gryphe étoit un homme favant. Majoragius l'ap- pelle vir infigms ac Utteratus* C'eft dans fon Apologie touchant le changement

du

extraordinairement loué, de même que dans une Lettre de Dolet à Jean de Boyfïbnné, & dans les Phaleuques qui commencent,:

Gryphi nobilium lypographortim Nobilijfme ttqut in artt princeps ;

imprimez au revers du premier feuillet de la bellis- iime édition des Odes Sdlmtmi Macrini in t. 15 57» C4

f6 ànti-Baillit. P. Z.

du nom tiAntonius Maria Cornes en ce* lui de Marc us An tanins Major agi us. Et Jean Voûté de Reims , dit en Latin Vul- têtus , a écrit dans une de fes Epigram- mes . qui eft du livre premier , que Ro- bert Etienne corrigeoît fort bien les Livres, que Colinet les imprimoit fort bien , mais que Gryphe favoit fort bien & les impri- mer & les corriger.

Inter tôt norunt l:bm qui cudere , très funt Infignes. Languet utero, turba famé.

Cafiigat Stephtnus , fculfit CollnAUS, utrttm- que Gryphius edcfta mente manuqut facit,

Sébaftien Gryphe a fait une Préface à fon Virgile , qui eft tout-à-fait bien écrite (i). Celle qu'il a mife devant fon Politien, eft auffi fort belle.

Il y avoit à Venife en 1557. un Impri- meur du nom de Jean Gryphe.

XVI;

% t. Toutes ces louanges outrées que les Auteurs ©nt données à Sébaftien Gryphe ne kmr pas de fars gaians de fon érudition. L'on Tait allez de quoi uu Auteur eft capable, quand il a befoindufecours d'ua Imprimeur ou qu'il veut lui témoigner fareconnois- fance. Je veux croire que Gryphe n'étoit pas igno- rant, mais qu'il ait été auffi (avant qu'on voudroit nous le faire croire, c'eft dequoi je doute fort. N*eft-ce pas one flatene ma ;ifefte que celle de ce. Poète croté qui ofe le préférer à Robert Etienne le plus habile Imprimeur & l'un des plus favans hon> mes de fon tems. Les éditions de Gryphe font 3

la

Ànti-Baillet. P. I. si XVI.

Ce que dit Mr. Baillet que Grégoire de Na± zianze a été appelé le Jeune Théolo- gien , n'eft pas véritable.

MOnfieur Baillet. Le fécond a Tome.?; qui on a donné par honneur le titre Pa8* *74« particulier de Théologien dans FEglife , eft S. Grégoire de Nazianze : qui Fa mé» rite par l'excellence defes écrits en général', & en particulier , par les quatre ûifcours admirables qu'il a faits fur la Théologie: ou H prouve a fonds la Doctrine Catholique fur la Trinité, & ruine tous les faux rafonne- mens des Hérétiques. Et quand il eft ap- pelé par terum le Second Théologien , & le Jeune par les autres , il faut entendre félon la penfée de ceux qui Vappe'ent aïnfi\ que c'eft toujours par rapport a Si Jean V Evangelifte : qu'ils appeloient le premier & l'ancien Théologien. Mhmge. Mr. Baillet s'eft tout-à-fait

mé-

la vérité nettes; 'il y en a même quelques-unes d'u- ne beauté fans égale, mais elles r.e font ni û belle* généralement ni fi corre&es , que celles de Rob. Ltienne. Qu'on y regarde même de pies, j'ofe di- re qu'on les trouvera la plupart toutes pleines de fautes Je n'ai point vu la Piéface de cet Impri- meur fur Virgile, j'ai feulement vu celle qu'il a mi- le fous fon nom au devant de fon Politien de la i. «dit. Elle eft des plus courtes oc n'a rien, ce me femble, que d'allez commun. J'y ai même remar- qué un certain Siabrofus, wict conftamment barba- ic, & qni feul devoit empccùcr M,^ Ménage -de nouvel cette Préface fi belle.

$8 Anti-Baillet. P. T.

mépris en cet endroit. Il eft vrai qu'on ût pu appeler Grégoire de Nazianze véoç GsoKoyoç: de la même façon qu'on a ap- pelé novus Bacchus , ou novus Liber, ou novus Dionyfius , Marc Antoine le Trium- vir, & l'Empereur Caracalla; & l'Impé- ratrice Julie, & Sabine, via A^vjy^ : & la fille de Germanicus , via 'IsA/« : & Clcopatre, via "lciç\ Mr. du Cange a ra- porté tous ces exemples dans fon Glos- saire Grec; il a enfuite remarqué , que plufieurs Empereurs deConftantinopleont pris le titre de Nouveau Confianîin, & qu'Arrien de Nicomédie fut appelé véoç Sevo^wv: & qu'on a ajouté le mot de véoç. aux noms propres de plufieurs Saints , pour les dîftinguer des autres Saints de leurs mêmes noms, lefquels les ont pré- cédez: comme à S. Eftienne, qui vivoit fous Copronyme : à S. Paul Patriarche de Conftantinople: à un S Bafîle: à un S. Barthelemi: à un S. Luc Stylite: à un S. Acharion, &c Mais jamais S. Grégoire de Nazianze n'a été appelé ni le Jeune ni le Second Théologien. Et quand quelqu'un eft cité fous le nom de véoç Qëôhoyoç c'eft- à-dire , de Nouveau Théologien ; s'il eft vrai que quelqu'un foit cité de la forte Amplement ; cela doit s'entendre , non pas de S. Grégoire de Nazianze; maison de Siméon le Métaphrafte , félon l'opi- nion de jofeph Evêque de Modom, dans fon Apologie pour le Concile de Florance contre Marc d'Ephéfe: dont voici les ter- mes; Kai S/pLéwv $6 ê véoç Qsokoyoç ô netl Mer«$p«ç% HtttânevQÇf qui eftauûi celle

du

Anti-Baillet. P. ï. f$ du Père Théophile Renaud dansfon Trai- té de Theophilis : ou bien de Siméon Pré- voft de S. Marnez de Xérocerque, félon l'opinion de Léo Allatius dans fa Diatribe de Simeonum Scriptîs , page 143. Maie Ju- niorem Theologum cîim Metaphrafle con- fondit Methonenfis , aliquorum Codicum Manufcriptorum auéioriiate deceptus y qui Traclatulos Symeonis Prœpofiti Sanéii Ma- mentis fub hocùtulo notant ,tS NleTcttypeiçis nui vis Qeohôyg srspa •AeQuX&Tce. Ce font les termes de Léo Allatius. Le Cardinal Bona dans fa Notice des Ecrivains citez dans fus livres de la Pfalmodie, eft de l'o- pinion d' Allatius. S. Grégoire de Na2ian» 2e a été appelé Amplement Le 'Théologien, C'eft ainfî qu'il eft qualifié à la tête de tes Ouvrages, ^naftafe le Sinaïte dans fes Queftions & Réponfes fur l'Ecriture Sain- te, page 62. & 15-2. l'apele du même nom, Ta ccyla Tp^yopis ésobôys, & l'Auteur de fa Vie a écrit , qu'il eft le feul qui après S. Jefuil'Evangélifte, a été appelé Qsôhoyoç. Voici la fource de l'erreur de Mr. Bailler. Le Cardinal Bona a dît au lieu allégué: Simeonis Prœpofi ; Monaflerii Sanéii Ma- mantis : quem Grœci Novum Theologum pofl^ Nazianzenum vocant. Ce qui doit lignifier que S. Grégoire de Nazianïe aïant été appelé le Théologien , on a appe- lé enfuite ce Siméon, le Jeune Théologien, Cela paroît par ces paroles du même Bo- na, à l'article de Grégoire de Naïianîe: Gregorius Nazianzenus , diclus Theolo- gus. J'oubliois à remarquer que S. Jean Climaque dans fon Degré XXI. aïant C 6 cité

60 Anti-Baillet. P. î. cité Grégoire le Théologien ; P Auteur des Eclairàilemens fur le livre de S. Jean Climaque; qui eft Mr. le Maiftre; a crû ^ue ce Grégoire étoit le Pape S. Grégoir rc. Voyez fes raifons.

XVII.

Ce que dit Mr. Baillet, que quelques-uns ont crû que Cajfiodore avuit fait perdre VHiftoire 'Tripartite d? Epiphane le Scho- laftique, eft' dit contre toute forte d'ap» parancei

Toftî. t. *\ fC R. B A I L LE T. Plufteurs ont cru ques pag.46;. xS/xCaffiodore nous avoit fait perdre PHiftotre Tripartite £ Epiphane le Scholas* tique , en l'abrégeant. Mais on n'a point grand fujet de croire que la Compilation de-. Caffiodotv nous ait fait faire une perte fort confidérable , puifque l'Ouvrage d'Epipbane-, le Se icolaftique n* étoit qu'une verfion pitoya- ble de S oc rate , S^zoméne & Théodoret de laquelle on peut dire que la privation nous eft plus utile que la poffejjion ne nous en Je- roit avantageufe.

Ménage, Mr. Baillet ne fait pas PHiftoire de cette Hitfoire Tripartite de. Cafllodore. La voici: Socrate, Sozomé- ne, & Théodoret, aveient compofé cha- cun une Hiftoire Eccléfiaftique. Ces His- toires n'étant point tradui es en Latin du tems de Cafllodore , Cafllodore pria fon ami Epiphane leSchoIaftique de les tradui- re. Epiphane le Scholaftique les traduifit. Et Cafllodore aïant enfuite range par l'or- dre des tems ce qui étoit dans ces Hiftoi-

res

ànti-Baillet. P. ï. 61 fes; il en compofa une Collection, qu'il appela fHifloïre Tripartite , parce qu'elle étoit compofée des Hiftoires de ces trois Auteurs, Socrate , Sozoméne, & Théo- doret. Comment donc Caffiodore auroit-ir pu faire perdre l'Hiftoire Tripartite d'Epi- phanc le Scholaftique, puifqu'Epiphane le Scholaftique n'a point fait d'Hiiioire Tri- partite; & que c'elï au-contraîre Caiïiodo- re qui l'a faite; & que c'eit lui qui l'a nommée de la forte.

XVIII.

JMeprîfe Ae Mr. Baillet touchant un Ecrit du Cardinal Bon a.

MOnfieur Baillet. Le Cardinal Tom. Bona a fait voir qu'il et oit ajfez judi- PaS- sv deux Critique da?is le 'Jugement des Au- teurs Liturgiques qu'il a mis à la tête de fes livras de la Pfalmodie.

Ménage. Mr. Baillet n'a pas lu ce Jugement du Cardinal Bona. S'il l'avoit lu , il y auroit vu que ce Jugement com- prend généralement tous les Auteurs ci- tez par le Cardinal Bona dans fes livres de la Pfalmodie, tant les profanes que les Eccléfîaftiques: & que le Cardinal Bona y donne fon Jugement fur Anacréon , fur Pétrone, fur Ovide, fur Perfe, &c. Voici le titre de ce Jugement : Notifia Auéîorunr & librorum qui in hoc Opère citant ur , no- tantur , illuflrantur ; & dans ce livre de la Pfalmodie, du Cardinal Bona, il n'eft point queftion d'Auteurs Liturgiques. Mais comme ibng-tems après avoir fair C 7 ' le

6*2 Anti-Baillet, P. ï.

le livre de la Pfalmodie, le Cardinal Bons en fit un intitulé de Re Liturgicd; qu'on appelé en François Liturgiques du Cardi- nal Bona ; cela a brouillé notre hom- me, & lui a fait parler d'Auteurs Liturgi- ques.

XIX.

Ce que dit Mr. Bailkt que Bodin a volé- fa Traduction des Cynégétiques à Turné- be , rf eft pas véritable.

c'eft aînfi TfcOdin a &** des Notes fur les Cynégé- gu*i faut ^tiques d'Oppian: & il les a traduits en dire, & vers Latins. Mr. Baillet dît que Bodin a Bon pas j0i£ cette Traduction & ces Notes à Tur- Tomez. Rcbe. Cejl dommage , dît-il , que Bodin Partie 2. avoit volé cet Ouvrage à "ïurnébe. Quelle pag. iij. conftru&ion ? Maïs il n'eft pas ici queftion de fautes de Langue. Pour juftifier que cette Traduction eft de Tumébc, Mr. pag. 7S. Baillet nous renvoyé à la France Orienta- le de Mr. Colomiés: mais iln'eft rien dit de femblable. On y rapporte feulement

une

«0 1. On cite en marge Tutnébe dans fa Préface fur Oppien (car j'aime mieux Oppien qu'Oppian qui ent trop le vieux) comme fi c'étoit dans une Préface que Turnébe fe fût plaint du vol de fes cor- reAions. 11 n'a point fait du tout de Préface fut Oppien. On ne vo:t de lui qu'un avis au Letteur à la fin de cej> Coire&ions, & cet avis eft fi court qu'à trois lignes ptès M Ménage l'a prefque cité tout entier. Ce qui peut avoir donné lieu au foup- çon qu'0.1 a eu de Bodin , eft qu'il ne paiîbit pas poux un fort habile homme en Gicc. Grotius dans

la

ànti-Baillet. P. F. 63 une Lettre de Bongars à Rittershufius, ou Bongars dit qu'on ne doutoit point que les corrections de Bodin fur Oppian ne fuiïènt de Turnébe. L'édition de ce livre de Bodin a précédé la mort de Turné- be de plufieurs années Et Turnébe qui ~ « f a. 1 / \ » 1 * ' -, , Dans fa

s'elt plaint (1) qu'on lui avoit vole Préface fia

quelques-unes de fes corrections fur Op- Oppian,. pian ne s'eft point plaint qu'on lui uft volé cette Traduction Sepiem abhinc punis leitter emcndaterarn Oppianum de Vena- t'tone , partim animi conjectura , partira libri veteris ope : Eas emendationes quidam ufurpavit , rÇ£ fibi donavit : quas tamen non putabam tanti ut in furtivis rébus ejfe de- berent. Eas à nobis vindicatas & recupe- ratas cffe , nemo conqueri debebit : Nam rerum furtivarum tege ceterna eft au et or i' tas. Scaliger dans fon premier Scaligera- na, dit auiïi que Bodin lui a pris de pages entières de fon Varron. Et il eft allez vrai- fcmblable que Bodin ait pris à Turnébe quelques-unes de fes Emendations fur Op- pian. Mais il n'eft ni vraifemblable ni véri- table qu'il lui ait pris cette Verfion en vers.

XX,

la |j3. Lettre de Tédition in fol appelle Bodin GV<- cis littrit vix imbut"7n. Je ne fais au refte 11 Tur- nébe a eu Bodin en vue dtns la plainte rapportée par M Ménage j tout ce que ie fais eft que Bodin lui-même s'eft plaint de Turnébe fans le nommer quand il a dit chap. 5. de fa Méthode. Quo: ego lilr»s (Oppiani de Vei.atione) cum Lixint veru, & Commentariis i/lujhnjjè/n , quidam Crammaticuj tes- dtm libres Oratitne fottttâ , quantum lituit de meo Ubt- rt derrabens , iitrum pervul^xi). Ce qui eft unt

plainte ridicule , ôt qu'il n'auroit ofe faùc du yî- varjt de Turacbc,

64 Anti-Bàillet. P. I.

Mr. Baillet n'a point lu les Originaux*. Plujieurs partie ularitez de Démojlhéne de Marseille Médecin Gaulois , ignorées par Mr. Baille,:

Tome t. \Jf Onfieur BaiLLET. Un des plus re* ?ag. 310. J\jL nommez d'entre les Médecins Gaulois a été fans doute Démoflhéne , dont il nous eft refté quelques fragmens dans les Oeu- vres d'Aëtius dFAmtae, Cétoit un homme d'une induftrie toute extraordinaire , & que Galien admiroit particulièrement pour fa grande expérience & fon exactitude achevée.

Ménage. Il eft vrai qu'il y a divers fragmens des livres de ce Démofthéne dans At-tius : & tous ces fragmens fe trouvent inférez dans le 7. livre d'Aètius.

Il eft vrai auffi que Galien a parlé de ce Médecin Gaulois en pluiieurs endroits de fes Ouvrages. Mais il eft faux qu'il en a t parlé avec cette admiration , dont parle Mr. Baillet. Cette admiration , & cette grande expérience , & cette exactitude T«UéSi°n ^hevee , font de l'invention de Céfar ^AcAdemi- EgaiTe du Boulay *, Greffier de l'Univer- ww«r>- ficé de Paris, que Mr. Baillet a cité pour fon garand. Mr. Baillet, comme je l'ai déjà remarqué , eft un Copifte de Copifte.

mence- J'ai

ment du

i.Tomede ^ 1. M. Colomiez pag. 113. de fon Recueil de FHiftoiie particularitez, 1668. de l'édition de Paris, parle del'Uni- bien d'une ébauche Que M, Ménage lui aveit fart ywûté, vois

bus Gallia imprimé

au corn-

À nti-Baillet. P. I. 6$

J'ai écrit l'Hiltoire des anciens Méde- cins, & afin que Mr Bai'llet ne m'accu- fe pas d'impofer en cela à mes Lecteurs, je veux bien l'avertir qu'il eft fait mention de cette Hiftoire non imprimée dans la Préface de la Bibliothèque des Médecins de Martînus Lîpénius , & dans une Let- tre de Henri Mcibomius fils de Jean, à GeorgeJérômeWolfchius Médecin d'Aus- bourg. & dans les Mélanges Hiftoriques (pa^e 86.) de Mr. Colomicx (i).

Voici ce que j'ai remarqué dans cette Hiftoire à l'égard de notre Démofthéne; 11 étoit de Marfeille, comme nous l'appre- nons de ces mots de Galîen, vupà à^y-oa- bévei tûj Mflrcc-aAf «Ty , qui font du livre cinquième des Compoiitions des Médî- camens par les genres, à la page 391. li- gne f%. de l'édition Grecque de Bifle. Il vivoit fous Néron: car félon Galien, li- vre 4. de la Différence des poux, page 46. de la même édition, il étoit difciple d'A- lexandre furnommé le Philaléthe, lequel vivoit du tems de Strabon fous l'Empereur Tibère. Strabon livre 12. vers la fin: cvvêçy vub yuâç hùaMa'Keïw 'HpaCp/- hsiov îuTpïiv u,êyu vzo "Zevhloç, ttétrfAsfûè TdVTa 'Ahe^hx <fc/«^A8ç. Et il fut furnommé Philaléthe comme fon Maître Alexandre, Av^ccrrlivas, farWTÛçTu h- ^«7KaAo) Qila'/s/fîsç êwmlvi&évrùç , dit Ga- lien à l'endroit ci-defTus allégué du livre 4.

da

roir du deflein qu'il avoit d'écrire l'hiftoiic des an- ciens Médecins , mais il n'en dit pas un mot dâRS fçs Me'la/igcs hiftoriques.

66 Anti-Baillet. P. J.

de la Différence des poux. Galien produit une des fes emplâtres au livre 5-. des Com- portions des Medicamens par les lieux, à la page 228. ligne 21. de l'édition dont nous avons parlé. Il avoit fait trois livres des Maladies desyeux: ceque j'ai appris du li- vre 4. de la Différence des poux page 46. Et c'eft: de ces livres que font pris les fragmens citez par Aëtius , dont il a été parlé. Et ces livres, félon le témoignage de Galien , dans fon livre y. des Compo- sitions des Medicamens par les genres, page4i5". étoient fort eftimez. LeMazzo- né, dans Cm Commentaire fur la Comé- die de Dante , le fait Auteur du Poème des Bithyniaques. Le cofe di Bitinia rac- contate in un Poëma da Demojîene , non Oratore , ma Medico, corne àfcritto Stefa- no. Ce Mazzoné étoit le premier Critique d'Italie de fon tems. Et le Saîviati en a parlé comme du plus grand homme du monde, en ces termes: Uomo^fe mai ne fh akuno , fcienziato infupremogrado; cit- tadino in tutti l îinguaggi ; maeftro perfet- tijjimo in tutte le facuîta : che tanto Ça di quanto fi rammemoria\ di tanto fi ramme- rnoria quanto egli a letto ; cotanto à îetto , quanto oggi fi trova fcritto. Cependant ce grand Critique s'eft tout- à-fait trompé en féfant Démofthéne le Médecin Auteur du Poème des Bithyniaques. L'Auteur de ce Poème c'eft Démofthéne de Bithynie , comme il paroit par plufieurs endroits de

Ste-

f. 1. C'eft le même apparemment qui avoit fait ua Tiaiîé dei Ports trt/j À/^tva», 6c que le Scholias-

te

Anti-Baillet. P. I. 6f Stephanus le Géographe ; duquel nous aprenons , au mot 'O^Çwv, qu'il avoit aufli écrit des Origines des Villes (i).

J'oubliois à remarquer que nôtre Dé- mofthéne étoit de la Se&e d'Hérophile: car fon Maître Alexandre le Philaléthe étoit de la même Secte , comme nous Paprenons de Galien au lieu allégué da 4. livre de la Différence des poui.

XXI.

Faûjfe citation de Mr. Baillet du livre de mes Observations fur la Langue Françoife,

MOnfîeur Baillet. V Amiral de Tome?. Joyeufe donna une Abbaye pour un ?ag" s 1% Sonnet , au rapport de Mr. de Balzac. Et Mr. Ménage ajoute , que le même Amiral ne fit point de difficulté de donner dix mille /eus pour uneptécè î'/ûperttnente qui lui avoit plû. Et là-defius il cite , dans fes Preu- ves, la féconde partie de mes Obfervations fur la Langue Françoîfe, à la page 26.

Ménage. Je ne fai ce que c'eft que cette Hiftoire de l'Amiral de Joyeufe, dont Mr. Baillet me fait PHiftorien. Et je n'en ai jamais parlé , ni dans l'endroit de mes Obfervations fur la Langue Fran- çoîfe cité par Mr. Baillet; ni dans aucun autre de mes Ouvrages.

Mr. Baillet m'a pris pour Mr de Bal- zac: car c'eft Mr. de Balzac qui a écrit cette particularité de l'Amiral de Joyeufe:

&

te d'Apollonius cite furie 257. & 534. vers du 0. livre des Argoruutiqucs.

as x\nti-Baillet. P.î. & c'dt dans DifTertation fur les deux ■Sonnets qu'il Ta écrite, au Chapitre vnr.

XXII.

■Faujfe citation de Mr. Bat II et du Vivre de PHiftoire Phdofophique de Jov/ius. Ca- lomnie de Mr. Baille t au fujet de mon Laërce.

Tome i. *\\ Onfîeur BailleT. Le dernier y lage 196. jlVJ. le plus confidérable de ces Critiques (il parle des Commentateurs de Laërce) eftfans doute Mr. Ménage : qui paraît néan- moins n* être pas encore entièrement fatisfah de ce fruit de fes veilles : & qui témoignait , il y a quelque tems , être en difpojition de le retoucher pour une nouvelle édition. Et de fait , Jonjius prétend que nonobftant les foins & les obfervations de Mr. Ménage (il falloit dire , nonobftant les correâion-s (sf les reflitutions) il ne laiffè pas d'y avoir emore des endroits Corrompus , de f uni s y tranfpofez , & mutilez , dans les livres de Diogéne Laërce. Et là-deffus il cite Jon- fîus à la page 278. du livre troifiéme de fon Hiftoire des Philofophes.

Ménage. Qui" n'y feroit trompé? Quand mon Diogéne Laërce a paru, Jon- iius étoit mort il y avoit déjà quelques an- nées : & ainlï Jonfïus ne peut avoir fait me ition de mes Commentaires fur cet Au eur. Le livre de Jonlïus fut achevé d'imprimer en 165-9. & mon Laërce en 1664. Et Joniius mourut avant la publi- cation de fon livre. Ce que Joniius a dit dans fon Hiftoi-re Philosophique, au lieu allégué, que dans les écrits de Diogéne

Laë'r,-

Anti-Baillet. P. I. 6$

Laérce il y avoit encore des endroits cor- rompus , deiunis , tranfpofez , mutilez , doit donc s'entendre des éditions anté- rieures à la mienne. Mais Mr. Baillet qui attaque ma réputation de tous cotez, a été bien-aife de faire croire que mes Ob- fervations fur Laérce ne méritoient pas les louanges que leur adonnées Mr. Péar- fon Evêque de Chefter, le plus favant des Angîois. Il eit vrai qu'elles ne les méri- tent pas ; mais comme Mr. Péarfon me loué de modération & de candeur, & que Mr. Baillet m'attaque de ce côté- à ou- trance, je demande permiiïîon à mes Lec- teurs de raporter ces louanges dans la Re- marque fui van te, afin de les oppoftr à la calomnie de Mr. Bailler.

XXIII.

Ignorante de Mr. Bai II et dans fon meùer de Bibliothécaire , au fujet de Mr. Pe'ar- fon , Evêque de Chefter en Angleterre.

MOniîeur Baillet a écrit à la pa- ge 348. de la fegonde partie de fon fegond tome, que Mr. Péarfon a donné des Notes & des Corrections fur Diogé- 11e Laérce : ce qui e(t rres-faux fauf le res- pect que je dois au caractère de Mr. Bail- let Mr. Péarfon n'a rien fait fur Diogéne Laérce: mais il a fait imprimer Diogéne Laërce Diverforum : qu'il a dédié au feu Roi d'Angleterre Charles IL Et au fujet de mes Obfervations fur cet Auteur, il a ajouté à fon Epître Dcdicatoire une gran- de

70 Anti-Baillet. P. L de Lettre qu'il m'a fait l'honneur de mV drefTer. C'eft dans cette Epître Dédicatoi- re, qu'il m'a appelé ttn grand ornement de PEglife Gallicane: aïant remarqué quel- que forte d'érudition dans mes écrits, & croyant que je fuife véritablement Abbé, parce -qu'on m'appeloit l'Abbé Ménage. Harum reliquiarmn (Il parle de l'Hiftoire des Philofophes) locupletijjiynus penus , ac pane folus% eft Ûiogcnes Laërtius; in quo illuftrando cum nonnulli operam fuam haud maie collocajfent, noviffimè JE G l D l U S M E N A G I U S , fngevs Ecclefiœ Gallicanes ornamentum , pro eo quo eft ad bonarum lit er arum ftudia promovenda libérait animo^ Obfervationes fuas ,fanè doèJiJJimas , in ha?ic Ixfulam nofltam imprimendas , edendafqne mi fit. j'ai fait le premier des railleries de cette nréprife. Mr. Baillet a pris la cho- fe férieui'ement. Il a appréhendé que la Poftérité fur le témoignage de Mr. Péar- fon ne me prît pour le plus grand or- nement de l'Eglife Gallicane de nôtre iîécle , au préjudice de Mr. de Harlay Archevêque de Paris. Et là-dellus, il a averti le Public que Mr. Péarfon Prélat Protefhnt , en me donnant cet Eloge, avoit û feulement égard à mon bénéfi- ce : qui eft le feul endroit par j'ai quelque rapport à l'Eglife Gallicane. Et parce qu'il a dépuis que je n'avois point de bénéfice, il en a auflî averti le Public dans fes Rétractations : tant il eft homme de bonne foi.

Il me refte à parler de la Lettre que m'a écrite Mr. Péarfon au fujet de mon

Laêr-

Anti-Baillet. P. I. 71

Laërce. Il me dit dans cette Lettre: Quid enim ? Qualis illa efl d:\igentia tam varium Scriptorem ubique prejfis vefligiiï fequi\ non defultoriè , ut amant plerumque Critici , fed tenore perpetuo explicare: ad 'ûùnima quœque anïmum advertere : difficul- tatem nullam dijftmulare ! Quàm infinité ieclionis indicium , Catalo^os ictères Jup- plere: Autores cognomines addere : opéra & fcripta Philcfophorum omiffa eruere , adno- tare , congerere : un'tus cujufque feclarum Principes Difcipulos hinc inde colligere , & fimul Lcâoris adfpectui exhibere : Id deni- que facere quod La'értius , tôt veterum vb- lumintbus ftipatus , voluit , ne que fecit ; Quanta vis ingenït , tôt loca plané dejpera- ta rejlituere : tôt mendofa repurgare : toi obfcura illuflrare : tôt mutila refarcire : tôt errores colligere : omniaque , aut ex Manus- criptorum fide , aut certifjimis conjecluris fanare ! Quantum vero Judicium i?i ape- riendis Antiquorum placitis, dijud. candi s- que fententiis t plerumque obfcuritate in- volutis , & prœ affeéiata brevitaie , aut methodi negleéiu , confit fis : in deligendis , excerpendis , afferendifque , iis pracipuè ex optimis antiquijfimis Scriptoribus eiiam- num exjiantibus qu<e ad utilitatem potiùs quàm ad pompant fpeciant. Je ne re- connois de toutes ces louanges que cel- les qui regardent le travail & la diligen- ce : car pour celles qui regardent l'es- prit & l'érudition, je ne les mérite point. Mais je croi mériter celles que me don- ne enfuite Mr. Péarfon touchant ma mo- dération & ma candeur. Les voici: Quan- ta

fi Anti-Baillet. P. ï.

ta déni que animi modérât toi quant us can~ dur ! ver ara Criticam cum nuliius fam<e difptndio txertere ; nuliius extftimationem lœdere ; nuliius erroribus injultare ;nus- quam ex muftaceo Laureolam quœrere : per quos profeceris , tara apertè profiter! : à viris doBijfimis non n'tjl faho ipforum honore unquam difientire : ut exclamare cogar , 6 jfecur verè Criticum fine fplene]

C'eft le témoignage qu'a rendu de mes mœurs & de mes écrits un grand Evêque d'Angleterre , & le plus favant des A-n- glois; que j'oppofe à ce que Mr. Baîllet, qui elt un fimple Prêtre, & qui n'eft pas fans doute Le plus favant des François, a dît contre mes mœurs & contre mes écrits.

Mr. Baîllet ne manquera pas de m'ob- jedler ici que je parle de moi , & que je me loue. Et je lui répondrai que cVft lui, qui par les chofes défobligeantes qu'il a dîtes de moi rauffement, m'a obligé de rapporter cet endroit de la Lettre de Mr. Péarfoq, Evêque de Cheiter. C'eft ainfî que fe juitifie Démofthéne devant fes Ju- ges, dans l'éiorde de fon Oraifon pour la Couronne contre Efchines. // eft , dit-il, naturel aux hommes d'écouter avec plaifir les médifances d? autrui, & avec indigna- tion , les louanges de foi-mcrne. Mon ad' verfaire s* étant fait écouter agréablement par le mal qu'il a dit de moi , */ m'a laijfé le difcours odieux de mes louanges. Mais comme c'efi lui qui me contraint à parler de moi , & à en parler avantageufement , ftfpére , Mejfieurs , que vous ne r/?atcufe-

rez

A nt i -Bail le t. P. I. 73

rez point de vaine gloire , fi je dis pour ma jufttfication des chofes qui me font avanta-* geufes. Que fi cet exemple d'un Payen ne luffit pas auprès de Mr. Baillct; car Mr. Baillet dit que ma Morale eft d'un Payen; je lui alléguerai l'exemple de S. Paul: qui parle de lui , en ces termes , dans fa fe- gonde Epître aux Corinthiens : je ne croi pas avoir moins fait que les grands Apôtres. Et enfuite : Quand je dévrois paffer pour imprudent, fofe dire que je fuis encore plus qu'eux Miniftre de Jefus-Chrit. J'ai plus foîiffert de travaux , plus reçu de coups ; plus enduré de prifons. "Je me fuis vu fou- vent tout prêt de la mort. J'ai reçu dts Juifs cinq différantes fois trente-neuf coups de fouet. J'ai été battu de verges par trois fois. J'ai été lapidé une fois. J'ai fait naufrage trois fois. J'ai pafjé un jour & une nuit au fond de la mer. J'ai été fou- vant dans des voyages ; dans des périls fur les fleuves ; dans des périls de voleurs ; dans des périls de la part de ceux de ma nation \ dans des périls de la part des Payens; dans des périls au milieu des Villes ; dans des périls au milieu des déferts; dans des périls Jur la mer ; dans des périls entre les faux frères. J'ai fouffert toutes portes de tra- vaux cf de fatigues : des veilles fréquen- tes ; la faim, lafoif, des jeûnes réitérez, le froid eT la nudité Et ce qui fuit. Et après : J'ai été imprudent en me glorifiant de cette forte : c'efi vous qui m'y avez contraint. Car c'étoit à vous à parler avant âge ufe ment de moi : puifque je n'ai été en rien inférieur Tom, FIL Part. I. D aux

74 Ant i-Baillet. P. I.

aux plus éminents £ entre les Apôtres : en' çore que je ne fois rien.

XXIV.

Ce que Mr. Bai lie t dit que Jofepk Scàliger dit que toutes les Lettres attribuées par Laerce aux Philosophes , font fuppofées , tfejïpas véritable.

MOnfieur Bail le t. "Enfin S câliner dit que toutes ces Lettres que Dlogéne Laerce attribue aux PhVofophcs , font au- tant de pièces Juppofées , ^ que ce font des Grecs pofîérieurs qui les ont forgées.

Ménage. Il n'efl: pas vrai que tou- tes les Lettres attribuées aux Philofophes par Diogéne Laerce , foient fuppofées. Les trois grandes Lettres d'Epicure qui contiennent toute Philofophie, font in- conteftabîement d'Epicure. Et il n'elt point vrai non plus que Scàliger ait dit ce que Mr. Baillet lui fait dire. Voici fes termes : qui font, non pas de la 36.. de fes Lettres, comme l'a écrit Mr. Btlilet dans fes Preuves , mais de la 306. clç Epis- t'Ais Hippocratis quod ex me quxris\\\ par- le à Voiilius, antiquas effe fcio , ut Demo- criti , S Aon: s , Pitiaci Mityjemçi , qu,# apud Laertium leguntur. Sed quia omnes

qx*

«Çf 1. Je ne le croïro's pas. Sc:'.!;ger a voulu di- re lèukment que les Epitres attribues à Hippocra- te éto;ent anciennes au il] bien que celles de Démo- crire, & aufïï bien nue celles de Solon, de Thaïes, & de Fit-tacus, cjui ie lifent dans Diogéne Laè'rcç, Cn ibïte que ces mots: qu* apud LaUrtihût legun'nry

ne

Anti-Baillet. P. I. y s

qux iîiis Philofpkis àLaertio attribuuntur% miiltis argumeutts confiéîas à Grœcis , quibus n un au ara raentïendi voluntas aut facilitas de fuit , probare pofftm , ideo eur & de iftis llippvcratis dubitera , juftijjir/ia caufa eft. Ce qui ne veut pas dire que toutes les Lettres généralement queLaér- ce a attribuées aux Phîlofophes dont il a écrit les Vies, font fuppofées: mais feule- ment celles qu'il a attribuées à Démocra- te, à Solon, cv à Httacus. Voilà com- me notre Critique cite & interprète de travers les palfàges. je remarquerai ici par occafion , que dans Lae'rce il n'y a point de Lettres de Démocr'te. Ce qui donne fujet de croire que dans celle de ScaJiger ci-deffus alléguée il faut lire He- racliti , au lieu de Demccriti (i). Dio- géne La j'rce a rapporté une Lettre de Da- rius à Heraclite , & la Réponfe d'Hera- clite à Darius.

XXV.

Ignorance de Mr. Bal! Jet touchant Arifîarque.

MOnfïcur B A i l l e t. Le célèbre Arïfl&rqve de F Antiquité érigea chez. lut un bureau-pour c en f tirer les écrits des

ait'

ne fe rapportent qu'à Selon' s, Thatetts, (mot que M. Ménage ne deroit pas omettre) cr Pittici. S'il y avoit quelque choie à refoimer dans le texre de cette Epitre de Scaligcr, ce fcroit en cet endroit , ; tffe, je croirois qu'on liroit avec plus de juitefle, critiquas Mi feito ejptt D 2

76 Anti-Baillet. P. I.

autres , fans vouloir jamais rien écrire lut* même : pour ne point laifjer de matière de cenfurer aux autres.

Ménage. Nôtre nouvel Ariftarque n'a pas l'honneur de connoître l'ancien Ariftarque, quoiqu'il fût célèbre Criti- que que fon nom a été employé par Ci- céron & par Horace pour celui de Cri- tique. Qui a dit à Mr. Baillet qu' Ariftar- que avoit érigé chez lui un bureau de Cri- tique ? ne feroit-ce point celui qui lui a dit que j'avois chez -moi une Ecole de Poë'fie, & que Mr. de Pinchefne avoit été un de mes Ecoliers ? C'eft une parti- cularité que ce bureau de Critique, qui ne fe trouve en aucun Auteur. Mais qui lui a dit qu'Ariftarque n'avoît rien écrit? Sui^ das dit qu'il avoit écrit plus de huit cens volumes de feuls Commentaires ; & fi on en croit Libérius dans fa Bibliophilie, qui eft un des Auteurs favoris de Mr. Baillet, il en avoit écrit plus de mille. Mais il ne faut pas l'en croire. Il faut s'en tenir à ce qu'en a dit Suidas. Et comment A- riftarque n'auroit-il rien écrit, ayant fait une nouvelle édition des Livres d'Homé- re, & les ayant divifez de la façon que nous les avons aujourd'hui , nous en croyons Plutarque; car félon Elian , cela eft à Pififtrate. Cette nouvelle Edi- tion eft fouvant citée par Euftathius. Au- roit-il fait cette nouvelle Edition fans rendre raifon de fa divilion ?

Il avoit aufîi fait des Remarques fur Pindare (& ces Remarques font citées plus d'une fois par le Scholiaftc de ce Prince

des

Anti-Baillet. P. Il 77

des Lyriques, vhvivêt /xjj K«Tà'Ap/'ç«p%ov, vbAa wtTi Tôt eny toajtu. C'eft fur la pre- mière Olympionique , page 15*. de l'édi- tion de Rome Et fur la fegonde, page 24. \-\p/çtfp%oc ti}v xcAiv, omvffia iroTaixë rp$*T\ry6psvé (prçs-/. Et page 34. Y.pvQiov y 'Âp/çapfcOÇ, %«p#ST8 ypâQsfApvtycv, actî àxoàliïuci Kpu4//v. Et page 36 fur la troi- iieme Olympionique : d £f ' Ap/çap%ojCp^<7?; sr^pà tc?; 'AypwyzvTt'voiç àià Tiy.vfi thaï ûiocAÔpzç. Et fur la cinquième, page 47. 'Api'çapxoç dvAei Qzeuviïùir/UTypeiiKctustpt-

Vffi T/JV KlfJLVW, ÙQj <A.Ç'AUÎ TtÔhlV &vo[Lcicbut.

Comme cette faute eft une des plus grandes de Mr. Bailler, elle a été remar- quée par tout le monde: & tout le mon- de l'en a averti. Il a voulu la pallier, en difant dans fes Corrections : Je ne fuis pas fortement perfuadé qu'il faille dis- tinguer le célèbre Critique Arifiarque d'a- vec le Grammairien , à qui Suidas donne plus de 800. volumes de compofition j com- me je Vai remarque' à la page 42T. c'efi pourquoi f abandonner ois volontiers les ga- rantis fur la foi defquels f ai dit que ce Cri- tique s'/toit contenté de cenfurer les écrits des autres fans vouloir rien écrire lui-même. Qui font ces garands ? Mr. Baillet a û honte de les nommer. C'eft Chriftianus Libérius, Auteur de nulle autorité en ces fortes de matières. Voici fes termes , qui font de la page 21. de fa Bibliophilie : Sic Ariflarcbus Grammaticus nulles non repre- hendebat , nihil ipfe feribens, ne ab aliis rè- prehendi pojjet. Mais qui a jamais diftîn-» gué le Grammairien Ariitarque d'avec le D 3 Criti-

78 Anti Baillet, P. I. Critique? Et qui a jamais appelé Ariftarque le Grammairien, Arijlarque le Critique"1. Qu iqu'il tût Critique, on ne l'appeloit point le Critique: on l'appeloit le Gram* mair':en: le métier des Grammairiens n'é- tant pas diitingué de celui des Critiques.

xxvi.

Ce qu'a écrit Mr. Baillet que Platon avoit

80. ans l.rJjLiiil mit au jour fes Dialo-

gués , n'e/l pas véritable.

MOnfieur Baillet.E» effet , Pla- ton avoit %o.ans quand il mit au jour fes Dialogues qui renferment toute [a Phi- lo fophie : après les avoir long-tems Suppri- mez dans Vobfcurité de fon cabinet.

Ménage. Il eft vrai que Platon fût long-tems avant que de publier fes Ouvra- ges. Mais aucun des Anciens n'a dit qu'il ne les publia qu'après la quatre vingtième année de fon âge: qui étoit une circons- tance à ne pas oublier li elle ût été vérita- ble. En ce cas, il les auroît publiez l'an- née de fa mort : car félon Hermippus dans Laërce , il mourut dans la quatre vintié- me année de fon âge. Jonlius , qui eft mi des Auteurs favoris de Mr. Baillet , a écrit au chapitre 8. du livre 1. de fon His- toire des Philofophes, que le Gorgias de Platon fût publié la 100. Olympiade. Et ainiï ce Dialogue auroit été publié huit ans avant la mort de fon Auteur : car Platon mourut la première année de la joS. Olympiade. Il elt au relie très-faux que Platon ait tenu

fes

Anti-Baillet. P.I. 79

Tes Dialogues fupprimez dans robfcurité de fon cabinet. 11 les lifoit, & les don- noit à lire à tout le monde. Athénée a écrit au chapitre dernier du Livre il. de fes Dipnofophiiles, que Gorgias ayant lu dans une aflemblée le Dialogue de Platon intitulé le Gorgias, il dit à ceux qui étoient préfents à cette Lecture , qu'il n'a- voit rien dit de tout ce que Platon lui fé- foit dire dans ce Dialogue. Et il ajoute, que Phsedon avoit dit de lui la même cho- fe après avoir lu le Dialogue de l'Immor- talité de l'Ame, intitulé le Phalon. Le même Auteur a écrit que Protagore ayant lu le Dialogue qui porte fon nom, dît quePlatonfavoit bien brocarder, ù:ç y.aKZç fïSs nAarwv lctfjL&i%£tv. Et Diogéne dans Ja Vie de Platon dit que Platon ayant lu fon Dialogue de Lyfis à Socrate, Socrate dît en s'écrîant, Quels menfonges ce jeune homme dit de moi! Il dit aufïi queFavorin avoit écrit, que Platon lifant fon Dialo- gue :Je l'Ame, tout le monde fe retira, à la referve eTAriûote qui l'entendit tout entier.

XXVll.

Ce cjue dit Mr. Baillet que y nies Scaliger "il ûî mieux aimé avoir fait PO- de crfioracz Donec gratus eram tibi, que d'être Roi de Perfe, ifeft pas viri- le. Mr. B aille t n'a jamais lu toute entière la Poé:ique de Jules Scaliger qu'il cite fans cefj'e.

On fîeur Bail le t, qui cite fans

celle la Poétique de Jules Scaliger ,

D 4 ne

M

So Anti-Baillet. P. I. ne Ta jamais lue toute entière. Il dit à la page 305". de la troifiéme partie du qua- trième Tome : Jules Scaliger témoignait qu'il auroït mieux aimé être l'Auteur de la neuvième Ode d'Horace du 3. livre > que d'être Roi de Perfe ; ou même avoir fait la 3. du 4. livre, que d'être Roi d Arragon: comme font remarqué a V envi Mr. Guéret, Mr. D acier , Mr. Teiffier ; es5 d'autres per- fores de Lettres. Et à la Note fur cet endroit L'Ode qui au goût de Scaliger vaut mieux que le Royaume de Perfe , efl la 9. du 3. li- vre. CTft un Dialogue d'Horace & de Ly- dla, qui commance par Donec gratus eram tibi. Celle qui vaut mieux que le Royaume d'Arragon, eft la 3. du 4. livre a Melpo- rnéne , qui commence par Quem tu , Mel- pomene.

Jules Scaliger n'a point parlé de ce Royaume de Perfe. Voici fcs termes : qui font du chapitre 7. du livre 6. de fa Poétique : Inter cœteras vcro , (il parle des Odes d'Horace) duas animadverti , quihus ne ambrofiam quidem aut neéiar dulciora putem. Altéra , efl tertia quartl libri ;

Quetn tu, Melpomene, femel JSafcentem placido luminc vidcris,

Altéra , nona ex tertio ;

Donec gratus eram ttbi.

Quarum fimiles ntalim à me comportas , quàm Pythionicarum multas Pindari, &

Ne-

Anti-Baillet. P. I. 82

Nemeonicarzim: quarum Jimiles compofuis~ fe , quàm ej]'e toùus Tarracor.enfis Rex. Et Mr. Dacier tur l'Ode Donec gratus eram tibi , n'a fait mention ni du Royaume de Perfe ni de celui d'Arragon. Il a fait feulement mention de ce dernier Royau- me fur l'Ode Qjtem tu, Melpomene. Mr. Teilïier n'a point non plus parlé de ce Royaume de Perfe. Oeft dans fon Elo- ge de Bucanan par Mr. de Thou , il a parlé de ce jugement de Jules Scaliger touchant ces deux Odes d'Horace: mais il n'a fait autre chofe cfue de citer l'en- droit de mes Obfervations fur Malherbe, j'ai dit que PalTerat difoit qu'il ût mieux aimé avoir fait l'Ode deRonfard au Chan- celier de l'Hôpital que d'être Duc de Mi- lan, & que le Père Bourbon difoit qu'il ût mieux aimé avoir fait les Séaumes de Bucanan, que d'être Archevêque de Pa- ris : de la même façon que Scaliger difoit qu'il ût mieux aimé avoir fait les deux O- des d'Horace dont nous venons de par- ler, que d'être Roi d'Arragon. Pour Mr. Gucret, il eft vrai que dans fon Li- vre de la Guerre des Auteurs, à la page 97. il a écrit que Scaliger préféroit l'Ode d'Horace Donec grat us eram tibi au Royau- me de Perfe. Ce qui confirme ce que j'ai dit tant de fois que Mr. Baillet ne cite pas les Auteurs de la première main , pour me fervir de cette expreffion de feu Mr. de la Thibaudiere. Ce qui a brouillé îa mé- moire de Mr. Guéret, c'eft ce vers d'Ho- race, Perjarum vigut Rege beatior. Mais qne veut^ dire Mr, Baillet en di- D 5 fant :

S 2 An ti-Baillet. P. I.

fant que d'être Roi de Perfe , ou même que d'être Roi dArragon ? Comme fi le Royaume d'Arragon valoit mieux que celui de Perfe. Il efi à remarquer que Rex totlus Tarraconenfis, lignifie propre- ment Roi de toute l'Efpagne Tarracon- noîfe (i).

J'ajoute à toutes ces remarques, que le Pcre VavaiTeur dans ion Livre de î'Epi- gramme page 141. préfère l'Ode Donec gratus eram à celle de Quem tu Melpome- 72e: parce que c'eft un Dialogue: & qu'il s'e'tonne que $caliger n'ait pas fait cette remarque.

XXVIII.

Ce que dit Mr. Baiîîet que le Livre de Milïjîa Romana imprime' fous le nom de Lipfe , jfefl pas de Lkfe , cft très- faux.

M

Onfîeur Baillet dit à la page 157. de la fegonde partie de fon îe-

gond

*f 1. J'airnerois mieux Tdrra^tnnoïfe.

^J 2. Quoique dans le fend Lipfe r.'a't pas été en plagiaire , £c que res raifons qu'il produit pour fa juiîiiication dans l'Epitre 10. de la i. Centurie ;J j puifTent iei'v:r de réponleà toutes les ac- eufitions non feulerfieni du fréfidént du Faur , mais eucoxe de Muret, de Giphauius , de Sciop- pius, de Scaliger, deRichaid Montaigu , de Bou- Jenger, de Saumaiie, &c. (P. Faber in ^4î»niftic«m Muret, èpift. c.d L ;f G:phan. epîfi. tdMuret. Scioppius inPnap.carm. 8. Scal'gcrana pofîeriora , V. L'pfas, &c V. Muret tu, Buleugems Uk. \z, bijhfui tcmporu.Gun-

thç-

Anti-B aillet. P. I. S*f gond Tome que le Livre de Militia Ro- marna publié par Lipfe fous le nom de L/pfe , n'cft pas d~ Lipfe. Il eft très- faux eue ce Lhvre ne foit pas de Lipfe. Lipfe n'étoit point un plagiaire (2). Et tous ceux qui ont parlé de cet Ouvrage, en ont parie comme de fon Ouvrage. Daniel Hl indus, contemporain de Lipfe, dans la Lettre qu'il a écrite à Calaubon fur la mort de Scaliger, en parle comme d'un Ouvrage de Lipfe. Exijlimo poflre- : morPem ufus eji Aitéîores^

n , CT Lipfii de Militia Romana libros fuijj'e. Ce qui a fat faire cette fau- te à Mr. B.iil:t. c'dr cet endroit du Se- cond ScaKgerana, pa<e 143 hipjius libro de Militia Ros/iana, omnia cepit ex fran- fifeo Piitritio, qui Italie è fcrijpjit ea de re, Eiî-ce à dire que Lipfe n'eft pas Auteur ce Livre? Par ce raifonnement .\»r. B.iîllet ne feroit pas Auteur d'un nombre infini de Chapitres de fon Livre, qu'il a pris des Féfeurs d'Eloges.

XXIX.

theridj de Jure M*ni«m 22 Saîmidus tpijl. 93. fur quoi l'on peut voir Tli»haafîui <!e v'f.r'o, ?c Jean Al- bert Fabrice dans fa Decus decadura.) il faut pour- tant uvouër qu'il auro:t mieux fait d'éviter ces for- tes de reproches en faliant quelque mention des Au- teurs , à qui il ne pouvoit difeonvenir qu'il n'eût quelque obligation. Ce que perfo:i->e n'a rémar- qué de Lipfe eft que pour illuftier pluiîeurs endroits du Traité de Sei.e ;'-ic 4e Clément fa, il s'ot fervî des S mêmes citations dent Calvin alors Catholique, Se qui n'avoir pas v:ngt-H'ois ans complets, Vetoit lervi a.'ant lui dans ie Commentaire qu'il lit in*, fumer à faiis fur ic même Traite l'an ijj**

D 6

84 Anîi-Baillet. p.L XXIX.

J unification des quatre vers que j'ai faits fur le Poème intitulé Afinus in Parnatïb.

MOnfieur Bail le t. Mais nous ne pourrions pas produire un Poète plus zélé four la gloire de Mr. Ménage que T 'Au - teur du Songe appelé A fi nu s in Parnafïb ; fi toutefois l'on peut dire que Mr. Ménage ne nous ait pas trompé en nous révélant j'on nom , & en voulant nous perfuader que c'efl un François. Cet Auteur adjuge à Mr, Ménage le premier rang d'après Phébus < immédiatement i fur le Parnaffe , & lui donne la préféance généralement fur tous les Poètes fans exception. Mr. Ménage dont la modeflte afouffert prodigieufement en cette rencentre , s'eft cru obligé d'aller prompte- ment au devant de la colère de Mr. de San- teuil & de Mr. du Périer -, à qui on f ai foi t fine injure fi vifible: es3 pour les appaifer j il fit cette Epigramme Latine , qui eft en', çtre un monument de fa vertu:

Sacro in vertice , qui C h or ut fedtbaï Vatum , ultro mïhi detulijfe primas Dixit Ctmmirius. Quid invidttu , Santoll, Pererlque ? Somniabat,

Nous avons toujours oui dire qu'on ne té- moigne jamais mieux que- Ton mérite une Dignité ' , ou un rang de diftinètion , que lorfqu'o'n le refufe par un véritable fenti*

mert£

A'nti-Baillet. P.K 8?

ment de modeftie. Mais on n'a point donné lieu à Mr. Ménage de mettre cette belle vertu dans tout fon jour , puifqu 'il n'a point fouffert de tentation , & qu'on ne lui a pré-* fente ce premier rang qu'en fonge.

Ménage. Comme je fuis celui que Mr. Baillet a le plus maltraité, dans fon Livre, plufieurs de ceux qui ont fait des vers contre ce Livre, me les ont adres- fez : & entr'autres , le Père Lucas & le Père Commire de la Compagnie de Jefus. Celui-ci m'a adreilé un Poème intitulé Àfinus in Parnajfo. Il dit dans ce Poème qu'étant endormi , il fongea qu'il étoit dans une Colline de la Montagne au. dou- ble fommet, étoient les pins célèbres Poètes Grecs, Latins, & François: que j'y étois aum* : & que tous ces Poètes d'un commun confentement, me donner rent le premier rang après Apollon,

In ait ero fédère Parnaffi jugo Videbar. Adtrant ingénu V fc'ientU Quos lande claros fama fuper aftra extulit ; Gr trique , Rcmanique ; çr utriufque Amuhs Quos Litterarum Gallia eduxit parens : Otnxes décorum floribu s vincli caput. Jiis miftm aderas tu quoque ; ct" Phxbo Ucum Tibi omnU ultro proximum dederat Chorut.

Je fai bien que je ne mérite pas ces louanges: & celui qui me les a données, le fait bien auffi. Mais comme la Poëfie aime l'Hyperbole , les Poètes ont accou- tumé de donner de ces louanges hyperboli- D 7 ques

86 Anti-Baillet. P. I.

ques aux perfoimes qu'ils louent. Dans leur langage, tous les vaillans font auili vaillans que Mats; toutes les Belles auffi belles que Venus; & tous les Poètes font des vers comme Apollon. Plus Mars que Mars de la Thrace: Telle tfefl point sa Cythéree : Proxima Phœbi verfihus ille fach Le Père Commire ne doit donc pas être blâmé de m'avoir donné ces louanges : & je dois être loué de les a- voir rejtrttées , par ces vers , que Mr. Baillet a mal repréfencez.

Sacre in vertice qui fedent Pott&t Vitro omnes mihi dttulijjs primas , Dixir Commirius. Quià invïdetis, Smtoll, Pererlque? Sommabat.

Y-a-t-ilau relie quelque chofe à dire à cet- te Epîgramme: foît du côté du lens : foît du côté de l'expreffion: Toit du côté de la modeftie ? J'avoue ingénument que je n'ai pas afiez d'efprit pour comprendre la flnelle de la raillerie que nôtre Arrftarque a faite de moi en cette occifion.

Le Père Commire, après avoir faft fon Afiinus in Parnaffo au fujet ces fgnoran- ces groffiércs de Mr. Bailiet, rît en fuite au fujet de fes jugemens cornus, fon -.'- finus judex. Ce Poème fera produit au chapitre 30. il fît enfuite fon Afinus ad /y- ram , & un de fes Confrères , dont le nom n'eft pas venu à ma conno-'{]ànce,fit depuis à fon imitation, fur le même fu- jet , un Poème intitulé Afinus Piâor. Et

c'eù

Anti-Baillet. P. I. 87 c'eft à l'occalion de ces quatre Poèmes qu'on a fait cette Epigramme, par laquel- le on donne avis aux Grammairiens de ne plus offanfer les Poètes, comme a fait Mr. Baillet.

Crammaticâm de pUbt unus , ludique Mai%fler, Expers judicii , Doclrin& B AjUL US exfers, Vattsque, ty Vatum Janftos cirpthat ameres. Non tulit Vatum pr inceps COMM1RIUS.

Jp/um Carminé fukUmi , vifluro Carminé in £vum , Jiicet in ftohdum v'mdtx mutavit Afelîum. Et nunc ecce i>«cat Lutecia tôt ci Rudentem , Centtmptorem illum Vatum , Vatum illum

inimicum. Vijcite , Grammaticl , dafios non temnere Vates,

XXX.

Répotify a la Réponfe de Mr. Baillet, au

fujet des Âbe'ùles du Parnafje , dont il e/i parle dans l'Aii nu s in ParnaflTo du p. Comm.re.

MOnfieur Baillet, dans fes E- clairciiremens à la page 14. Quoique ers (il parle des vers qui ont été faits contre lui , par le Père Lucas, par le Pè- re Commire, par Mr. de Valois le jeune, & par Ménage) folent du nombre des cho~ fes que F on doit abandonner à la ri fée pu- blique , & que ce foit peut - être s,oppofer rnal-à-propos a leur mauvaife fortune , que 0F en renouveller la mémoire \ je fuis dire

qu'ils

S8 A N T l - B A I L L E T . P. î.

qu'ils m'auraient fait moins d'honneur s* Us n'ai) oient point deshonoré mes Adverfalres & mes Cenfeurs. Celui qui s'eft chargé de leur caufe & de leurs intérêts dans le Son- ge Alînus in Parnafîb , a cru devoir 'em- ployer toute fa vertu Poétique pour les transformer en infectes volans, & les fai- re fondre fur F animal que Morphée a fait entrer dans f on imagination. Mais il n'a point tenu à lui que fon indifcrétwn ne leur élit été mortelle : & s'il s'eft bien fouvenu des leçons de fon Maître , il a du fuppofer que tous ces petits animaux auf quel s il com- pare mes Cenfeurs , n'ont pu me piquer , ni me laiffer leur aiguillon , qu'il ne leur en ait coûté la vie animas in vulncre ponunt. Grâce à l'imprudence du Poète ; grâce aujfi a la conftitution de la nature de Fafne\ il fe trouve enfin que le gros animal en a été quitte pour quelques légères in fuit es , & qu'il a furvêcu a tous ces petits infectes , qui fe font précipitez à la mort de la frtk- niere du monde la plus mal concertée.

Ménage. Comme le Baudet du Par- naiïe n'eft pas mort des piqûres des Abeil- les du Parnafle; car les aines ont la peau plus dure que les chevaux, dont Pline' a dit, Eft in exemplis, equos ab apibus occi- fos; ces Abeilles ne font pas mortes non plus de ces piqûres. Et à ce propos, je veux bien avertir Mr. Baillet, que tous les Phyfïciens ne demeurent pas d'accord que les Abeilles meurent de leurs piqûres: ce qui a été remarqué par Pline. Mais quand les piqûres des Abeilles feroient mortelles -félon le fentiment d'Ariftote.

de-

Anti-Baillet. P. I.

de Nicandre, & de Virgile, ce qui a fait dire à Seneque : utinam qu'idem homïn'i lex effet , quœ & apibus cura zelo franger et ur nec fapius Uceret nocere quara ferael. Quand , dis-je , ces piqûres feroient mortel- les aux Abeilles, le Père Commue ne fe- roit pas coupable d'avoir fait piquer par les Abeilles l'afne dont eft queftion ; les Poètes ne font pas obligés de péfer fcru- puleufement ces chofes. C'eft fur ce fon- dement que Mr. Guiet un des plus judi- cieux Ecrivains de fon tans a fait ce beau diftique fur les Abeilles des armes d'Ur- bain VIII.

Urbani quid dpes facro meditantur in crie ? Dulc'tA mella bonis , fpicula acerba maïis.

L'illuftre Mr. Clément Confeiller à la Cour des Aides a fait fur ces mêmss A- beilles du Pape Urbain cette belle devife :

Sfonte favos , tgrefpicula.

Mais je ne puis affez m'étonner de ce que dit ici nôtre Docteur, qu'il a furvécu ces Abeilles qui le piquèrent fur le Par- naffe; puifque long-tems après elles font revenues à la charge , excitées par ces beaux Hendécafyllabes du Père Commire,

Mellis arùHcti , va%& voîucrts, Quels Phœbi per amœna fa s virtta , Hormscjue Aonldmn xoUre picîos : Cur cejfatis, Apts? Ad arma , ad arma.

Aï-

90 Anti-Baillet. P. I.

Arc ai hâflis a défi, Afellus Me Portitor Satyri ebrius protervi , Quem fatto agmine nuper txptilifiis, In Cyrrham redit ultor , atque tant» Pares dcdecori vîtes mïnatttr. Auditis frsmitus feros rudtntis? Utpede, QJcelus! atterit petulc* Infcriptos feins fuperba Regum Flores nomma , lividoque denté Dis ipfis petit arbores amatas. Etjam cerea dijfipare caflra, Vefiros perdere jam parât labores. Moque ore fm vepreta , ©* hirtos Sueto rodere car duos , Qlympi Miffum tnuntre netlxr inquinabit ! Et cejjàtis adhuc .? Adefte , dde/le. Tela firingite quotqmt efïis omnes. Kâres , iabra , oculos , ty hinc çr Mine Ferite: ftimulosque calcitranti Alte figite : duplicate plagas. Ut dura cute fit , tamen Ictus fentiet intïmis adaclcs: Capïflro ey cupiet , moU^ue rtddi.

Comment un petit homme comme Mr. Baillet peut -il s'imaginer d'avoir vaincu en matière d'écrits un auln grand person- nage qu'eft le PereCommire? Mais pour- quoi traiter d'infecles les Poètes figurez fous les Abeilles? Tous les plus excellais Ecrivains fe font fervis de cette compa- raifon. On appeloit Xénophon F Abeille Afrique: ce qui a été remarqué par Sui- das.

Ant i-Baillet. P. I. 91 das. Et Eunapius remarque dans la Vie d'Gribalius , qu'on appeloit Abeilles tous ceux généralement qui étant nez à Athè- nes, escelloient en éloquence.

XXXI.

Ce que dit Mr. Baillet que Choppin ut mil- le pijloles pour la première partie de [es Commentaires fur la Coutume d?JLnjou^ n'eft pas véritable*

M Onfîeur Baillet. Reni Choppin eut des Lettres de noblejpe pour f%n Lare du Domaine , & mille pijloles pour la première partie des Coutumes d'Anjou.

Ménage. Il eft vrai que Choppin fut annobli par Henri III. & fes Lettres d'annobliiîèment, qui font données à Fa- ris au mois de Février 1578- portent ces claufes : ayant de long-tems connoijfance des bonnes mœurs , vertus , louables qua- lités & mérites, qui font en la perfonne de nôtre cher & bien aimé René Choppin , natif de nôtre pays £ Anjou ; Vun des plus fameux Avocats de nôtre Cour de Parle- ment de Paris ; & grands labeurs qu'il a pris toute fa vie en chofes louables, profita- bles, & vertueufes, ainfi qu'A nous eft ap- paru par la compcfitiox de plufieurs Livres & Oeuvres qu'il a faits: & lefquels Li- vres il a mis en lumière depuis peu detems: même un Livre Latin du Domaine de nô- tre Couronne , & un autre , de la Police Eccléfiaftique ; qu'il mus a dédiez, \ & pré-

gi ânt i-Baillet. P. I.

fentez dès le mois de Mai dernier paffé , que' nous étions en notre Ville de Blois. Enquoi faifant, il a acquis beaucoup de louanges ; & mérité d'être reconnu : comme dès le même tems nous lui avons promis de P ho- norer du titre de nobleffe. Mais il n'efl: point vrai qu'on lui ait donné mille pifto- les pour la première partie de fes Com- mentaires fur la Coutume d'Anjou. Il tfût d'autre recompenfe pour toute fa Coutume d'Anjou que ce Décret de la Ville d'Angers: mais qui vaut beaucoup mieux que mille piftoles.

Sur ce qu'en l'Affemhlée des Maires c^ Kfchevins de la Ville d'Angers , tenue le 24. Novembre 15-81. l'on eft entré en com- mémoration de ceux qui. avoient bien mérité de la dite Ville , Monfieur Maître René Choppin, Sr. de Chafton , Avocat en la Cour de Parlement de Paris, y a été mis des premiers ; pour après autres beaux & doéies "Traitez qu'il a expo fez en public , a- voir orné C25 illuftré de fes Commentaires la Coutume de ce pa\s d'Anjou: pourquoi, la matière mife en délibération, a été con- clu que le dit Sieur Choppin , pour avoir d'un tel œuvre honoré fa patrie, lui vouant & dédiant partie de fin érudition, rare & exquife , fera au nom du public remercié du beau & digne Commentaire qu'il en a fait, prié & fupplié de continuer ; nefe laffant point en fi vertueufe & généreufe entrepri- se : par laquelle il rend fon nom , & le nom de fa patrie immortel {$ per durable à. toujours: que pour ce bien-fait, & coxp>- nuéjufqu'à hui r mérite public , les Maires

Anti-Baillet. P. 1- 93

& Efchevins d'Angers l'ont tenu & tien- nent pour l'un de leurs Confrères ,Citoyens, Efchevins: CJ5 comme tel, l'ont dès à pré- Cent élu & élifent d'un commun avis: lui ont donné entrée , féance , & délibération en toutes leurs Convocations & AJfemblées : & les décendans de lui éliroient demeure & habitation en la dite Ville, la mémoire de leur progéniteur & prédéceffeur les ren- dra, & d' aujourd'hui les rend capables tous les honneurs, prérogatives , £3? préé- minences qu'elle a h départir & diflribuer à fes bons ci? notables Citoyens. Fait en P Hô- tel & Maifon commune de la Ville d'An- gers, fous le fél de la Mairie d' te elle, & fei;;g de nous J E A N AïRAULT, Maire & Capitaine de la dite Ville ,1^ de Maître François Alexandre , notre Greffier : le jour & an que de (Jus.

Papirius Maffo, dans la Vie de Chop- pin , a fait mention de cette Conclufion de l'Hôtel de Ville d'Angers : Mais ni l'ai, ni Scévole de S. Marthe, ni Claude Ménard, qui ont écrit l'Eloge de Chop- pin, n'ont point parlé de ces mille pfljo- les. Et fes décendans qui m'ont donné des Mémoires pour écrire fa Vie , que j'ai écrite dans mes Remarques fur la Vie de Pierre Ayrault Lieutenant Criminel dWrigers, ne m'en ont jamais auffi parle. René Choppin d'ailleurs n'en fait aucune mention dans fes Ouvrages. Et ainfî, il faut qu'il demeure pour confiant que cet- te particularité eft tout-à-fait faufTe.

XXXII.

94 Anti-Baillet. P. I.

XXXII.

Méprife de Mr. B aille t au fujet de Mes- Jieurs Habert frères ; de MeJ/ieurs de Montreuil aujfi frères ; de MeJ/ieurs Col- letet , père Q fils , & de André & de François du Cbesne, aujji père & fils.

MOnfîeur Baillet à h page 2T2. de la 2. partie de fon 4. Tome attri- bue à Mr. Habert de l'Académie Fran- çoife Abbé de Cerify , le Temple de la Mort. Ce Poème n'eft point de Mr. Ha- bert Abbé de Cerify: il eit de fon frère le Commiflnîre de l'Artillerie: comme Mr. Baillet le dit lui-même à la page 70. de la même Partie, au chapitre 1429. Ii faut avouer que Mr. Baillet eft un Ecrivain peu exact, & peu judicieux.

A la page 182. de la même Partie , au chapitre 1472 il parle de Jean de Mon- treuil , de l'Académie Françoife, en ces termes : ce que Pon a vu des vers de Mon- treuil n'a paru qu après ja mort. Mais quoique le nombre en [oit ajjez grand , /'/ f?a point été capable de lui faire donner une flace parmi les premiers de nos Poètes Fran- çois, Mr. Defpréaux qui Va pris pour un

de

% T. En parlant de ce qu'il peut y avoir de fcciu parmi les Peëfies de Montreuil, il ne faloit jpas, ce roe femblc , omettre le fameux Madrigal

Fourquii me demandez.- vont ttnt

S*

Anti-Baillet. P. I. 9f

de ces Poètes qui fe foucicnt moins de la qualité que de la quantité des vers , fe Tante, que

On ne voit point fcs vers, à l'envide Mon- trcuil ,

Groûîr impunément les feuillets d'un Re- cueil.

Mr. Baillet a encore pris ici Marte pour Renard. On n\i jamais imprimé aucun vers de Mr. de Montreuil de l'Académie Françoife. Ceux dont on parle ici, font de fon frère Mr. l'Abbé de Montreuil, nommé Mathieu ; aujourd'hui vivant & d-meurant en qualité d'Abbé chez Mr. l'Evêquede Valence, nommé à l'Arche- vêché d'Aix. Et parmi ces vers, il y en a de très- beaux (i; : témoin ce quatrain;

Paul voudroit nous perfuader Qu'il faut beaucoup d'intelligence Pour exercer fa Réfïdence. 11 ne faut rien que rélider.

Et cçt autre, à Mr. le Premier Préfident de Bellievre;

Si

mes ftux dureront &e.

C'«uroit été une belle oecafion à M. Ménage de produire la traduction qu'il en aroit faite en ita- lien & de répondre au reproche nue lui avoit fait Gilles Boilea* d'avoir dérobé ce Madrigal.

96 ànti-Baillet. P. I.

Si félon fon même on tvoit rccompenfc, Tous mes vœux feraient accomplis;

Vous feriez Chancelier de France; Je ferais aimé de Phylis.

Et ce Sonnet.:

Ne crains plus déformais, Tyrns, que je foûpire :

Mon bonheur a paffé celui de mes Rivaux. J'ai bien des envieux, mais je n'ai point d'é- gaux:

Et mon bien eftfi grand que: je ne l'ofedire: Tu fus le confident de mon cruel martire.

Apprens donc mes plaifirs , puifque tu fus mes maux.

Mon Iris l'autre jour paya tous les travaux

Que je fouffris jamais fous fon cruel Em- pire.

La faveur que j'en eus ût contenté les Dieux.

Elle ût charme les cœurs les plus ambitieux. J'en demeurai furpris: mon ame en fut ra- vie. J'en retiendrai toujours & le tems & le lieu.

J'y

Ç x. Auiïï n'eft - ce pas ce qu'a entendu Des- préaux quand il a dit :

On ne voit peint mes vers à l'envi deMontreuil, Groffir impunément les feuillets d'un recueil.

Il a eu feulement en vue certains volumes de Poë- (ics choiûes , imprimées chez Sercy , dans quel- ques-

Anti-Baiilet. P.î. 97

J'y fongerai , Ty rfis , tout le tems de ma fie. Elle me regarda quand je lui dis Adieu.

Et c'eft auflï le fentiment du Père Ra- pin : qui a dit dans fes Réflexions fur la Poétique page 161. Gombaad , l* Etoile f Montreuil , ont fait aujfi de petits vers tendres & fort fpirituels. Il n'eft point vrai au refte que ce Recueil des vers de Mr. l'Abbé de Montreuil contienne beau- coup de vers (i). Il n'en contient guère plus de deux mille. Il y a dans ce Re- cueil un portrait de l'Auteur, & Mr. l'Ab- bé de Montreuil eft appelle Mathieu dans la Légende de ce portrait : ce qui fait voir que nôtre B:bliothécaîre n'a jamais vu ce Recueil. S'il l'avoir vu, il n'auroit pas confondu Jean de Montreuil avec Mathieu de Montreuil.

Mr. Baillet a aufli confondu Colletet le fils avec Colletet le père. Car ces vers de la Satire VII. de Mr. Defpréaux,

Faut-il d'un froid Rimeur dépeindre la ma- nie?

Mes vers, comme un torrent, coulent fur le papier.

Je rencontre à la fois Perrin & Pelletier

Bar-

ques-uns deiquels «n voir à chaque feuillet un Madri- gal de Montreuil , ou deux au plus avec le nom de l'Auteur au bas en gros caraâére. Defpréaux ait qu'on ne voit point les vers groffir de cette* forte les feuillets d'aucun Recueil de *oëiies, donnant à entendre par qu'il n'a point affecté à la faveur d'un petit nombre de vers de faire paroiric fou nota à chaque paçe d'un Recueil.

Tom, FIL Part. I. E

98 Anti-Baillet. P. I.

Bardou , Mauroy , Boursfaut , Col'ctet , Ti- trcvillc :

Et pour un que je veux, j'en trouve plus de mille.

que Mr. Baillet, au chapitre 1491. qui eft de Guillaume Colletet de l'Académie Fraiiçoife, explique de ce Guillaume Col- letet , doivent s'entendre de ion fils. 11 en eft de même de cet autre endroit des Satires de Mr. Defpréaux;

Tandis que Pelletier, croté jufqu'à l'échiné, Va mendier Ton pain de cuilîne en cuifine;

Mr. Richelet a mis le nom de Colle- tet au lieu de celui de Pelletier. Mr. Ri- chelet n'a pas voulu parler non plus de Colletet le père Ci). Ce Colletet le pè- re, au refte, n'étoit pas un Poète fi mé- prifable que le fait Mr. Baillet.

A la page 143. de la 1. Partie du 2. To- me, en parlant d'André du Chefne, Mr. Baillet l'appelle André au Chefne Vatfnê ' :

corn-

% 1. Je n'auroîs pas cru que M.' Ménage eût jamais nommer, & citer fans émotion Richelet dont il avoit 11 peu de fuiet d'être sontent. Ces deux vers de la Satire 1. de Defpréaux

Tandis que Pelletier crttté ' jufqrf '* /' échine,

Va mendier fort pain de cuifine en cuifine-,

Se lifoient ainfl dans la première édition :

Tandis que Colletet ctotté jufqu'à l'échiné,

S'en va chercher Ton pain, de cuifine en cuifine.

Mais

À NTI-B AILLET. P. I. 99

comme fi François du Cheiue qui eXl fort fils, étoit fou frère puifné.

XXXIII.

Mépriff de Mr. Baillet dans fin métier de Bibliothécaire aufujet des Adverfaria de Mr. Herauï; du Livre de "Jules Scali- ger contre Cardan ; de P Indice Latin fur PHifloire de Mr. de Thou ; & du Pru- dance de Nicolas Heinfius.

MOnfieur Baillet. Scalîger dit que Tom. tt Défidérius Hera'dns s'efl repenti d'à- {^ond* votr fait ces Adversaires , ou je s grands Ke- ge 2r3. cueils m folio. Mais fan Arnobe efl bon.

Ménage. Les Adverfaires de Mr. Hcraud eft un petit volume iu-8. qui n'eft pas plus gros qu'un Alraaaac. Et Sca- lîger ne dit point que ces Adverfaires foient in folio. Voici fes termes: qui font de la page 10$. de fes Segondes Sca- ligeranes pour ufer des termes de Mr. Bail- let: Héraldus s^eft repenti dJ avoir fait fes Adverfaria. Son Arnobe efl bon. Il pro- t u<i Tertuilien. Mr. Héraud a fait un

Li-

Mais depui-, a la prière du célèbre Prédicateur, François Ogier, on mit Pelletier pour Colletet, comme je l'apprens du même Richelet paj\ 146. de fi icrf;pcAtio>i Franfaife, il ajoute qu'il fia i t la choie d'original Se qu'il en dira les raifens lorfqu'ii fera imprimer fes notes fur lf* s Satires. Il faut vïit aufïï Gueret pag. 204. 6c fuivantes de la Guerre des yAuttv.Ys. Le nom de Colletet a été depuis rétabli à la place de celui de Telletier, dans la Sac. 1. de Defpiéaux.

BIBLîOTHfC*

Ottavier**.

ioo Anti-Baillet. P. I.

Livre in-folio, qui contient divers Trai- tez de Droit. Mr. Baillée a pris fans dou- te ce Livre in-folio pour les Adverfaria dont parle Scaliger. Mais ce Livre ne fut imprimé qu'en i6$o. & ainli Scaliger, qui mourut en 1609. n'a pu en faire men- tion. L'édition des Adverfaires eft de iyoo. à Paris. **g« *•• & Moniteur Baillet. Les principaux partie du 2." Ouvrages de Critique de Jules Scaliger, Tome. " font fes Commentaires CT* fis Remarques fur PHifloire des Animaux d'Ariflote ; fur 1er Livres des Plantes qu'un attribue à ce Philofophe\fur les Livres des Plantes écrits par Théophrafte ; (ur Hippocrate des ïnfom- nies ; deux Oraifons de Cart de bien dire qui font des Inveéïives contre le Cice'ronien éPErafme; les XI/. Livres des Exercices & Dfputes de la Subtilité contre Cardan \ les XL II. Livres des Caîtfis de la Langue Latine ; les Problèmes fur Au/ugelle; quel- ques Lettres ; fans parler du Critique & de l'Hyper critique de fa Poétique.

Me-

% 1. Jule Scaliger n'a jamais fait , ni n'a ja- mais prétendu avoir fait plus d'un Livre d'Exerci- tations contre Cardan. Ce Livre eft intitule Exo- tertcarum Extrcitaticnum liber XV. parce qu'avant que Scaliger le commençât il avoir déjà compote, à ce qu'il dit, quatorze autres volumes fous ce même titre, mais qui ne regardoient point Cardan, Quid amplius vif (dit Cardan ^Aclitn. in Calttmniattrem lim brerum de Subt:lita*e.) à m&ximo vin vicius ero qui jam quAtuordecim volurninA exotericâram ExtrcitMianum fcrip/îjfe gloriatur, cum nulla a!ia ttxmen pndierh in lu- cem , ab ultimâ editione (je croi qu'il faut lire editu- ttem) videtur inchbajfe. Voyez parmi les Lettres de Jule Scaliger celle qui s'adreitc pag. 251. k Boè'ce Xpo, ces XIV. Volumes qui n'ont jamais vu le

jour,

Anti-Baillet. P. I. ici Ménage. Mr. Baillet a pris le quin- zième livre de Jules Scaliger contre Car- dan pour quinze livres: car nous n'avons qu'un Livre de Jules Scaliger contre Car- dan $ qui eft le quinzième : les autres ayant été perdus; ou, ce qui eft plusvrai- femblable, n'ayant pas été faits (i). Un de mes amis ayant averti Mr. Baillet de cette bévue , il demeura d'accord de l'avoir faite. Depuis , il a voulu s'en jnm'fier. Et voici comme il a prétendu s'en jui Prier. On veut que j'aye dit que les quinze Livres des Exercices que 'Jules Scaliger a faits delà Subtilité contre Car- dan , ont été imprimez» C'cjl néanmoins ce que ]e n'ai point dit. Et quand je Mau- rois dit , je ne Vaurois fait qu'après F Au- teur de fa Vie , ^T cinq oufix Critiques de conféquence que je nommerais fi cela étoit néceffaire. je pourrais ajouter ait Jfi fur la paro'e de M. Hyde qu'ils fe trouvent tous quinze imprimez dans la célèbre Bibliothè- que dHOxfort , au parquet des Arts , tablet- te

jour, & quie'toient fur des fujets particuliers, font nettement diftinguez du quinzie'me uniquement deftiné à réfuter Cardan. Il femble même quM en eût entrepris un fezïéme contre le Livre de varittnte rtrum du même Cardan, autant que nous en pou- vons juger tant par la Préface de ce féziéme volu- me imprimée à Touloufein-4. avec d'autres Opufcu- les du même Scaligei par les foins de MauiTac, que par ces mots de l'Epitre dédicatoire de Jean Cra- ton à Jofeph Scaliger mife au devant des Exerc ra- tions de Jule de l'édition d'Allemagne, Vemm de hit fortAJfc Pater tuus , in ObfervAxitnibus & Caflig*^ tioniltus librorum de varier ate magni nomiaii & t*ff»h Cardani , ali<jHi'd doeïts eruditt.

E3

ici Ant i -Baille t. P. 1. S. nombre 2. & parmi les Livres de Sel" den^ tablette 3 '.nombre 28. j'auruis lieu de Contenir la même chofe s'il étoit fur de s'en tenir aux éditions que je n'ai pas vues: comme de celles de Hanau , £«f de celle de Bajl-e : qui en promet même vingt & un Livres. Mais enfin je ri* ai dit nul" le part que ces quinze Livres fujjent im* ■primez : & je ne le voudrais pas dire en- tore : n'ayant vu que deux éditions in* 4. du quinzième de ces Livres , qui comprend t>lus de trois cens Difputcs ou Exercices, C'elt dans fes Corrections. Il eft vrai que Mr. Bailler, n'a pas dit en termes for- mels qu'on ût imprimé quinze Livres de Jules Scaliger contre Cardan : mais il Ta donné à entendre, n'ayant parlé, & n'a- yant û defTein de parler , dans l'endroit ci-

defïus

f ï. 11 n'eft point vrai que Jule Scaliger n'eût compoie que quatre-vingts Livres ù'Etymologies, ou, comme il les avoit intitulez, d'Origines. Il en avoît compofé jufqu'à fix- vingts. Lui même le dit ainiî dans la Lettre à Boëce Epo: Suit praterts iibri Originum CXX, quorum eâitisntm fréter molem defperAvi, On peut même dire que ces fix- vingts Li- vres n'étoient qu'une partie d'un plus grand Ouvrage dont il parle en ces termes Charles Sevin .Lettre €1. Ittm rtri'.m , verborum , rituunty & originum ti- tras dttidecim esuibus prima pars perficitur. ^Aher/im ttnU'.m viginti liltris perfeclam meetim afferam , ut publiée tb'olvatur. Tertio, nondmn Pcrfeila eft. Le Préfident lliuflkc dans fa Préface des Commentaires du mê- me Scaliger fur Ariftote de Phiftoire des animaux, écrit tout au long libri Originum cmtum vtrinri, 2e il eft furprenant que Becman qui renvoie ion Lec- teur à cette Préface ne compte néanmoins quecent- dix livres de ces Origines Pour M. Ménage ce n'eft pas d'aujourd'hui qu'il n'en compte que qua- tre-vingts. Cette erreur le trouve dans l'Epitre de-

die*-

Anti-Baîllet. P. I. 103

défias rapporté que des Livres de Criti- que de Jules Scaliger qui avoient été im- primez, & non pas de ceux qui avoient été perdus : comme de Tes quatre-vingt Livres d'Etymologies (1). Ce que dit, au relie , Mr. Bailiet fur le témoignage de Mr. Hyde, que les quinze Livres de Sii'jîilïtate de Scaliger contre Cardan ont été imprimez, & qu'ils fe trouvent dans la Bibliothèque d'Oxfort , eft non feule* ment faux, mais ridicule. S'ils fe trou- voient dans cette B.'bliothcque imprimés, ii faudroit que l'Imprimeur n'en ût tiré qu'un exemplaire.

Je viens de découvrir celui qui a fait dire à Mr. Bailiet que Scaliger avoit fait quinze Livres d'Obfervations contre Car- dan, c'elt Moréri (2): qui a écrit la mê- me

«îicatoire de fes Origines Françoifes en ces termes : Ju- les CeiarScalige»- un des premiers Critiques, 5c le pre« mier Philofophe de fon tems, en avoit compilé jufqu'à quatre-vingts Livres. Ottavio Ferrari n'entendant pas '.François 6c croyant que quatre- vingt fignifiâe ▼ingt-qaatiea réduit a ce dernier nombre Jes Livres des Origines de Scaliger. Sed ex mjlituto , dit-il d.in3 la Préface de fes Origines Italiennes , Italie* qno]ne caufas idem Julius Scaliger ejuettuer & viginti li~ l>-!j, tan: a illi Ittxuriantis ingenii fertilités fait, com- ftixms fut*tu. Il ne (e trompe pas moin» quand il croit que ces livres regardoient la Langue Italien- ne. Scaliger recherchoit principalement l'origine àcs mots Larins, ce Al. Ménage qualifîoit mal cet Ouvrage CtmpiLvion. Il paroit par plusieurs de ces Origines que Scaliger a répandues dans les autres Livres, qu'elles étoient de fon invention, & s'il rapporto t les anciennes, que ce n'etoit que pour les îefuter.

fl 2. Moréri eft fort innocent de la me'prife de

Bailler. 11 compte parmi les Oeuvres de Jule Sc-a-

E 4 liger,

Ï04 A nt i- Bail le t. P. î.

me chofe dans fon Dictionnaire à l'article de Jules Scaliger. Ce Dictionnaire de Moréri eft un des Livres Favoris de Mr. Bailler.

Monfieur Baillet dans Tes Correc- tions. Ces Mejjieurs qui aiment tant a fe tourner en Latin , gâteront enfin toute l'Orthographe de PO nomatologie , s* il ne fe trouve quelque truchement pour les expliquer, y pour nous faire un Index pareil à celui que Bejfîn a fa:t des noms propres qui fe trouvent Latinifez dans P His- toire de Mr. de cThou.

Ménage. Mr. Baillet attribue enco- re ailleurs cet Index à Berlin. Si Mr. Baillet avoit pratiqué avec les gens de Let- tres, il fauroït que cet Index a été fait par Air. du Puy, Prieur de S. Sauveur de Brog. Pierre BefTîn , fous le nom duquel ce Livre a été imprimé ; je veux dire, fous le nom duquel privilège pour im- primer ce Livre a été obtenu ; étoit un Valet de Chambre de Mr. de Thou , le Con- feiller d'E'.at , lequel ne favoit point du tout de Latin. Je l'ai connu particulière- ment. Mr. du Puy de S. Sauveur m'a dit plufîeurs fois lui-meme que c'étoit lui- même

liger, Exoterîcarum ExtrcfUthnum lih.XV.toit qu'on Jife libtr decirnit: cjt'.intus , foit qu'on life libri qumde- <imt Moiéri aura toûjoms raifon , puifque Scaliger avoit compofé quinze livres d'Exercitations exoté- iiques, dont le dernier, qui eft celui que nous a- vons contre Cardan, eft le feul qui ait été confer- ▼e. M. Baillet avoue lui-même ingénument qu'il n'a fait cette faute qu'après l'Auteur de la Vie de Jule Scaliger inférée dans le Recueil des Vies de fluflems hommes illuftres imprimée in-4. à Lon- dres,

Anti-Bai llet. P. I. iof

même qui avoit fait cet Index.

Monfieur Baille t a écrit au chapi- tre de Daniel Heinfius, page 283. de la 2. partie du 2. Tome, que Daniel Heinfius avoit travaillé fur Prudance. Mr. Baillet a pris ici le fils pour le père. C'eft Ni- colas Heinfius qui a travaillé fur Prudan- ce (1). Il ajoute, que le même Daniel Heinlius a aufli travaillé fur Homère: ce qui n'eit pas venu à ma connoiïlance.

XXXIV.

y unification du titre de mon Eglogue inti- tulée Chriltine.

MOnfieur Baillet. Le Critique **fe 1** que y ai déjà cité , trouve mauvais l^Jàu que Mr. Ménage ait dunné le titre de Chris- t. 4, tine à cette Eglogue plutôt que celui de Menai que : farce qu'outre que Ménalque en eft le principal perfonnage , il s'y agit particulièrement de [on départ , & qu'il y eft pour le moins autant loué que la Reine a: Suéde,

M k s A G e. Le Critique de Mr. Baillet eft un impertinent Critique. Première- ment 1

dres l'an 168 1. & la vérité eft qu'à la fin de cette Vie de Scaliger, il y a un Catalogue très-peu cor- left de les Oeuvres , qui porte en tête Exoteri«*rnm Exercit&tionum lib. 15. ad Hitronym. Cardanv.m.

f 1. Dans le Catalogue des Oeuvres de Daniel Heinfius , produit par Witten à la fin du Jifcours intitulé Memon'a Htinfiana , on trouve entre autiss livres, ^ÀHreLii, Prudentii Opéra cura not:'s 1637. m-24, ^Amdtrodami , ij tf>fQ. in-iz. C'eft ÇÇ qui auiâi

uofnpç Baillet,

Iô6 Anti-Ba illet. P. I. ment, il eft très-faux que dans PEglogue dont e(t quefh'on Ménnlque y foit autant loué que la Reine Chriliine y eft louée; les endroits de cette Eglogue qui contien- nent leurs louanges, feront rapportés ci- deiïbus en quelque endroit de ces Remar- ques. Et le Critiqué de Mr. Biiller a dit en cela une fauffeté , pour me dire une in- jure , en difant que je m'étois loue ex- traordinairement. Dai! leurs , quoi qu'il s'agifledu départ de Ménalque, ce départ eft pour aller en Sucde voir la Reine de Suéde Chrîiline. Et ainii ia Reine de Suéde Chriftine eft le véritable fujet de la Pièce. Mais quand elle y auroît moins de part, & que je n'aurois fait que la louer de la façon que je l'ai louée, j'au- rois pu intituler mon Eglogue de fon nom. Térence a intitulé une de fes Co- médies FEtinupte: dans laquelle fo Eu- nuque a peu de part qu'il ne paroît pres- que pas fur le Théâtre. Plaute a de mê- me thtîtuîé une de fes Comédie* Rudens , & une autre Trinummus , qui ont peu de raport à leurs titres : ce qui a été re- marqué par Jules Scaliger dans fa Poe- tique.

xxxy.

Ignorance de Mr. B aille t touchant la patrie de plufieurs hommes de Lettres»

MDnfieur Bail Jet dit à la page 43. du Tom 4. Partie 1. qu'Ugolinus Véiinus , & Michacl Vcriaus fon fils,

ftoicju

Anti-Baillet. P. t 107 étoient de Florance , ou félon d'autres, de rifle de Minorque. Il eft confiant qu'ils croient de Florance. Ils font dans le Catalogue de Michaé'l Pocciantius des Ecrivains Florentins.

Mr. Bai Met dit à la page 260. de Ton 4. Tome, 1 artie 1. & à la page 5-80 de fon 2. Tome Fart. 3., que Bénéd tto Varchi étoît de Fiéfoli. Il vouloît dire de Fiéfo* U : ou u moins il le dcvoit dire (1) Il étoit de Florance , mais originaire de Momevarchi. Il le dit lui-même dans fon Ercolano, en ces termes : Molti va* gitono cb*io , fi ben fut naio e ait vato in Firenze, non fia Florentino : fer ejjere mio p adre ve/.uto a Frenze da Mon'evarchn Et dans un de fes bonnets à Jean de la Café:

Ver voi l'altère nlào vofiro , e mio.

Jan de la Café étoît de Florance. Mr. Baille! n'a point d'originaux. C'eft de l'Abafé Ghilini, dans fon Elo^edu Var- chi, qu'il a pris ce qu'il a dît ici du lieu de la naiiftnce du Varchi. Scûioné Am- mirato , dans fon Rirratto du Varchi, a écrit de même que le Varchi étoît de Montevarchi dans le Diocéfe de Fiéfolé, Et le Berna dans fon Capitolo del Debi- to , l'appelle Montevarc1 i. 11 me relie à remarquer que le Varchi fut ainfi app-. de

' Mon-

f t. J'en conviens , c'eft ?infi que les Tofcans patient, m*is ptafteari Auteuis ltaUeas ayant écsi* f /«/•//, la faute eft çxcufable.

E 6

îcS ànîi-Baii.let. P. I. Montevarchi , lieu de lanaiiïance de fon père. Lionardi Sahiati , Livre 2. de fes Averriflèmens , article 16. volume 2. CV Uiliocc; (Varchi) nome di famiglia nonfk nel Z'ero , ma foprannome :che dalla patna '9 cioè , dalla Terra di Montevarchi , onde venne il fuo nafçixnento , fi pofe nclle fue fcrhture egli ftejpa : e dal confenfo del fuo fecolo fi ricevè , e z \enneg li confervnato. Re- marquez que le Salviati raie auiîî le Var- chi de M on te varchi (1). J'oubliois à remarquer que Poccianxio a mis le Var- chi dans ion Catalogue des Ecrivains Flo- rantins.

Il dit à la page 205*. de fon 2. Tome, Part. 2. que Théodore de Marcilly ; en Latin , Theodorus MarciUus , étoit de Co- logne. Il étoit d'Arnhem en Gueldre: comme l'ont très véritablement écrit Va- iérius Andréas dans fa Bibliothèque Bel- gique, & François Swertius dans Tes A- thénes Beî^iques; & Petrus Vakns dans l'Eloge qu'il a fait de Theodorus Marci- îius ; auquel il fuccéda dans la Chaire de ProfelTeur du Roi. J'ai ouï dire la mê- me choie à mon père : qui étoit ami par- ticulier de Theodorus Marcilius ; comme je l'ai remarqué à la page 81. de la Vie de mon père.

Il dit à la page 319. de la 2. partie du Tome 2. que Jacques Gronovius, fils de Frédéric , eit de Hambourg. Il eft de Déventer. Il

^ I. Onde venne il fuo nafclmento , ne fignific pas:

ce me femble, que le Varchi fêt ai à MeatCYazchiç mais qyil en yeaçut,

Anti -Baille t. P. I. 109 Il dit à la page 35-4 de fon premier To- me, & à la page 495*. du 4. partie premiè- re, que Choppin étoit d'Angers. Il e'toit du Bailleul en Anjou à flx lieues d'An- gers. Ce que j'ai remarqué dans mes Re- marques fur la Vie de Pierre Ayrault, Lieutenant Criminel d'Angers, mon grand père maternel.

Il dit à la page 24S. du Tome 4. partie 1. que Joachin du Bellay étoit natif d'An- gers. Il étoit à Lire, dans les Mau- ges, à douée lieues d'Angers : qui eft u- ne Terre qui lui appartenoit du côté de fa mère Renée Chabot , Dame de Lire & de la Roche-Serviére, fille de Chriftophle Chabot. Jean Befly, qui a écrit que Joa- chin du Bellay étoit bâtard, s'eft tout-à- fait trompé. Cette Terre de Lire , dont Joachin du Bellay fait mention dans fcs Poè'fies Françoifcs , au Sonnet 3i.defes Regrets , eft d'Anjou pour le temporel, & de Bretagne pour le fpirituel. Elle eft du Diocéfe de Nantes. D'où vient que Joachin du Bellay eft appelé Clerc duDio- céfe de Nantes dans les Rentres de PE- glife de Paris. Joachimus du Bellay Cle- ricus Nannetenjis Diocejis > fuit receptus adCanonicatum& Prœbendam, vacantes, per obitum Magiftri Johannis TouJJepa'm , Canonici Parifienfis & Archidiaconi.

Il dit à la page 364. de fon Tome 4. partie 2. Auguftin Favoriti, que quelques* uns font de Luques , e'toit de Luna en Tos- cane, du côte' de la Rivière de Gennes. Il étoit de Luques, il le dit lui-même dans le titre de fon Églogue au Pape Alexari- E 7 dre

ifo A nti-Baillet. P. I.

dre VII. fur la mort de Sidronius Hos- fchius. Aiigu(l';ni Favori ti Lucenfis, -jj c . Il dit au chapitre de l'Ariofte pa..,e 139. Tome 4. Partie 1. que l'Ariofte étoit ne à Ferrare. Il étoit à Reggio,

Il dit à la page 67. de fon i.Tome, Partie 2. que Flamin étoit de J ours. Il ctoît de Montloui's.

Il dit à la page 381. de fon 2 Tome, Partie 3. que Gentien Hervet étoit d'Or- léans Il étoit d' "lfvet : ce qui a été re- marqué par le Prélident de Thou dans fon Hïfto'ire , & par Jean le Clerc dans fes II lu (1res.

Ces deux dernières méprifes ne font pas eoniidérabks : Olivet étant proche d'Or- léans , & Montloui's n'étant qu'à deux lieues de Tours.

Il dit à îa page 425". du 2. Tome, Part. 1. & pag. 83. Part. 3 que Raviiius Tex- tor étoit de Noyon (1). Il étoit de S. Saulge dans le Nivernois, & Seigneur de Ravin", nuifi dans le Nivernois. Il s*ap- pele lui-même, N'oernenjis. Voyez Mr. de Launoy dans l'Eloge qu'il a fait de Ra- viiius Textor dans Ion Hiftoîre du Collè- ge de Navarre. Ft fon nom étoit Jean T'ixicr. Nevers s'appelle en Latin No- i/iodunum\ & Noyon ^Novîomagus. C'eft ce qui a troublé notre homme, peu verfé dans la Géographie , comme je le ferai voir au chapitre 74. <

Ç i. La faute touchant le pays de RaviCus Tex- tor avoit ère reconnue & çeiii'gcc fai Bailiet daas fes CoiîcttiQjuss

Anti-Baillet. P. 1. in

îl dit à la page iji. de la première Par- tie de (on 2. Tome, que Céfar Egaife du Boulay, Greffier de PUniveriité de P ris & Auteur de PHiitnire de PUniveriité de Paris, croit de la Ville de Tours. Il étoit du Village de S. Ellier, dans le Bas Mai- ne: qui cft la dernière Paroiife du Maine du côté de la Bretagne. Ce qui a fait faire cette faute à Mr. Buillet, c'eft que ce du Boulay étoit Doyen de la I ribu de Tours dans PUniveriité de Paris II faut expliquer à Mr. Bailla ce que c'eft que cette dignité. Il y a quatre Nations fon- dées dans PUniveriité de Paris: celle de France: celle de Picardie: celle de Nor- mandie: & celle d'Allemagne. Ces qua- tre Nations, à la referve de celle deNor- maudie, font divifees en Tribus. Celle de France a cinq Tribus: qui portent cha- cune le nom d'un Archevêché. Ces cinq Tribus font, la Tribu de Paris: celle de Sens : celle de Reims : relie de Tours: & celle de Bourses. La Nation de Pi- cardie eft auffi aiviiée en cinq Tribus ; qui portent chacune le nom d'un Evéché: en celle de Bemvai\: en celle d'Amiens: en telle de Noyon: en cePe de Laon: & en celle de Térouanne. Li Nation d'Alle- magne n'a que deux Tribus : qui <ont, celle desContinens & celle des Infulaîres* J'ai ouï dire à Mr. de Laîr, Greffier de PUniverlité de Paris & d'gne d'une plus grande charge, que la Nation de Nor- mandie n'a point de Trious , parce que les Normans, comme gens adroits & Po- litiques , n'ont point emr'eux de contefta-

lions*

ii2 Anti-Baillet. P. I.

tions. Les Suppôts des Nations font de la Tribu qui porte le nom de l'Archevê- ché d'où ils font; ou de l'Evêché ils font nez, relevant de cet Archevêché. Et ainii , Céfar EgafTe du Boullay qui étoit du Diocéfe de I'Evêque du Mans, qui eft le premier Suffragant de l'Archevêque de Tours, étoit de la Tribu de Tours» Il dit à la page 4^3. Tome 4. Partie 1. que le Berni étoit natif de Bibîena en Piémont, Il étoit à Lamporecchio dans le Florentin. Voyez ci-deilbus au chapitre 36.

XXXVI.

De la Patrie d'Aymar Rançonnât.

CE que j'ai remarqué au Chapitre pré- cèdent de la Patrie de pîulieurs gens de Lettres, me fait fouvenîr de traiter ici de celle d'Aimar Ranconnet ou plutôt tCAïmar de Ranconet ; car c'eft ainfï que ce nom fe trouve écrit dans la Chronique Eourdeloife. Dans les Poéfies de Joa- chin du Bellay, au Recueil des Sonnets, il y a de Ranconnet. Mr. Bailkt dit que ce grand perfonnage étoit de Bourdeaux. C'eft à la page 35-4. de fon 1. Tome. Ce qu'il a pris deMornac, page 75- . de fon Feria Forenfes. Le Prélident de Thou au Livre XXIII. de fon Hiftoire page 707. de l'Edition de Genève, a écrit qu'il étoit de î'érigueux. Mmarum Ranconetum, Vefanâ, Petracor'njrnm ortum. Il eft cer- tain qu'il étoit de Bourdeaux. Ce qui a

été

Anti-Baiilet. P. I. 113 été remarqué par Gabriel de Lurbe dans fa ChronîqueBourdeloife en l'année 15-52. & ce qui m'a été confirme par Mr. de la BroufTe Confeilier célèbre du Parlement de Bourdeaux ; homme très-verfé dans les Antiquitez de Bourdeaux , & il étoit fils d'un Avocat de Bourdeaux : comme l'a remarqué le même de Lurbe dans Ton de ïllufiribus AquHania Viris. Ht il avoit été Confeilier au Parlement de Bourdeaux avant que d'être Prélident de la quatriè- me Chambre des Enquêtes du Parlement de Paris , fi on en croit le Prélident de Thon : Primùm Senator Burdigalenfis : dein & in Partfienfi Curia alterius In- ({Hifitionum Clajfium Prcefidis[munus mag* na cum laudt exercuit. Gabriel de Lur- be a écrit dans fon de ïllufiribus Aquita* niœ Viris , qu'il avoit été fait Confeilier du Parlement de Paris d'Avocat du Par- lement de Paris. François Pithou dans lePithœana, dit qu'il n'étoit pas riche, & qu'il avoit été comme le Correcteur de Robert & de Charles Etienne. Il y dit autîl qu'il étoit comme l'Auteur du Livre dts Formules du Préfident Brilfon. Il me relie à remarquer que Blanchard a o* mis notre Ranconnet dans fa Lifte des Confeillers du Parlement de Paris : je re- marquerai ici par occafion , qu'il y a aum* omis le Cardinal de Balue & René de Pincé.

XXXVII.

H4 Anti-Baillet. P. i: XXXVII. De la Patrie du Bern'uz.

MOnfieur Baillet a écrit au Chapitre du Bernia, que le Bernia étoit à Bibbiéna , dans le Piémont. Il y n deux Bibbiéna: l'un dans le Piémont; qui eft le tornra Vibii de Pline ; d'où ce Bib- biéna a été ainfi appelé : Forum Vibii, Fo- rum Bibii , Forum Bibianum , Bibianum , Bibiana, BIBBIENA: & l'autre dans la Tofcane;à l'endroit l'Archiano en- tre dans l'Ame. Mr. Baillet a pris le Bibbiéna de Piémont pour celui de Tos- cane: car jamais pcrfonne n'a dit que le Bernia fût Pfémontois. Et quand on a dit qu'il étoit de Bibbiéna, cela doit s'en- tendre du Bibbiéna de Tofcane. Plufîeurs ont écrit qu'il étoit de Bibbiéna. Jean Matteo Tofcano dans fa Defcription de l'Italie, Livre 3. page S. Bibiena , Etru- rics Oppidum, Berniam protulit , 'Jocoji Carminis Autorem: qmem multa preeelara ingénia [uni œmulata , non irrito conatu : nullus tamen nativa il la urbanitate, nul la arte quafita fuperavit. Lilius Gyraldus, dans le Dialogue fécond des Poètes defon tans: Fuere & duo in fuo génère arguti , & mordaces , non fine falibus : F ranci feus Bernia , Bibiennas, & Mourus Foroiulien- fis. L'Auteur de fon Epitaphe : lequel Epîtaphe fe trouve imprimé parmi fes Poéfies Latines , dans le Livre intitulé Carmitta quinque Etrufcorum Poctarum :

Po[U

Anti-Baillet. P. I. 115*

Pojiquam femel Bibien* in lucem hune extulit, §uem nominavit &tat acla Bernium , &t.

Cependant il eft certain qu'il e'toit deLam- première porecchio dans le Florentin lieu célèbre Nouvelle par le Mafetto du Bocace. Le Bernia, j^j^ dans fon Orlando Innamorato, Livre 3-J chant 7. dit lui-même que Lamporecchio eft le lieu de fa naiflance.

Quivi era non fi corne capitato , Un ctrto buon compagno Tiorentino Tu Florentin , e nobil , ben che nato Tojfe il padre , e nutrito in Cafentino c Dove il padre ai lui gran tempo Jîato , Sende , Ji fece quafi cittadino ; E tolfe moglie , e s'accaso in Bibbiena ; Cb' una Terra e fopr Arno molto amena, Ce/lui chf io dico alC Amporecchio nacque]

Ch'e famojo Cajicl per quel Alazetto.

Poifu condotto à Tirenze, ove giacque,

Tin a dkiannove anni peveretto.

A Roîna ando ai poi corn a Dio piacqut ,

Pien di molta fperanza, e ai concetto ,

Di un certo Juo parente Cardinale ,

Che non gli fece mai ne ben ne malt.

Ft le Poccianzio Ta mis au nombre des Ecrivains Florantins.

Je remarquerai ici en paiïànt , que le Bernia eft appelé indifféremment Berniy Brrma , & Berna. Il ligne Berna dans pluiïeurs de Tes Lettres Italiennes impri- mées. Et c'eft ainfi que Pappele FArios-

te

n6 ànti-Baillet. P.I. te dans fonOrlando furiofo canto 46. Oc- tave 12.

e par cb'anco :o ci [cerna ,

Marc Antonio Flaminio , // Sanga , il Berné > Le nom de fa famille étoit de Berni. XXXVIII. De la Patrie du Tajfe.

M On (leur Baillet, au Chapitre du TalTe, a écrit (1) que le Tarte e'- toit à Surrente au Royaume de Na- ples le 10. d'Avril 15-44. Ayant écrit la même chofe dans mes Obfervatîons fur l'Amynte du Tarte , ce que j'avois pris du Manfo dans la Vie duTaile; Mon- sieur Marc' Antonio Foppa , Ber^amas- que, Frère de Al. Foppa Archevêque de Bénévent , m'écrivit le Sonnet fuivant pour me prier de m'en dédire; & de dire une autre fois que le TaiTe étoit Berga- mafque, & non pas Surrentin.

Si prega il Signor Mettagio , célèbre Poè- ta e Scrittore France fe , cet 1 ogUa rentier Itorquato T'ajfo alla dît a di Bergamo , fua Patria: corne teftifica egli medefimo in t.ii luoghi délie fue lettere: e fpecialmente nella

Sup*

Ç 1. Ce chapitre de la patrie du Taffe éroit as- fer inutile puifque dans le fond Meilleurs Foppa , Ménage , Je Baillet font d'accord entre-eux. Le premier convenant que le Tafle etoit ne à Surren-

to.

Anti-Baillet. P. I. ny

Supplica ad effa Ciith , c ne* Dialoghi del Paître di Fam'iglia, e del Placer Oneflo, e »^' Sonetti, Itf m altre fue Compofitîoni che fi public heranno ,

La fama del tuo nome , onde la Senne Più che d'altrifuoi pregï oggi rifuona , Di te co piu lontani anco ragicna, A volo alzando la fublime penna.

Ma non agguaglia il vero: e/olo accenna Quel che plu chiaro poi nelV opre Juona ; Ond" ella al nobil crin nova corona Tejfe, e nov ait alla tua gloria impenna,

le y tra colti d' ltalia illuflri ingegni ,

Bajfo , ignoto , à te m'ergo , e [on trajlatê Al piié poflente e bel di tutti i Regni.

E con femplice flil , vie piu ch'ornatoy Prego la dotta man che render degni A' vicini del Brembo il gran lorquatp.

Pour réponfe à ce Sonnet , j'écrivis cette Lettre à Monfieur Marc' Antonio Foppa.

Illmo. Sïgn. mio, e Padrone col^o.

jE gui molto tempo , cb'el S'ignore Otta- vio Falconieri , noftro comune amico , mi

diede

to, & les deux autres ne niant pas qu'il ne fûtorî- ginaiie de Bergamc. D'ailleurs les Lertres Italien- nes que l'on produit ici ne font pas Pièces nouvel- les, & il y a long-tems qu'elles ont paru dans le* Mtjc9i*nije de J»l, Ménage,

uS Anti-Baixlet. P. I.

die de notizta partie olare del gran merito di V> S. IlL Onde io , ambiziofo di procurar- mi Vonore de lia di Ici buona grazia, lo fup- plicai ad offenrle da mia parte , /'/ mio ojjc- quio , e domandarle la fua amieizia: il che egl'i a poifatto con la fua folita gentilezza. AlSignore Ottavio per tanto fono obligatis- fimo perpià capi: mafopra tutlo per aver io col fuo mezzo faito fi grand'' acquifto , quale è quello deW amictz'ta di V. S. Illuft. percio che per Vamor di lui, e non per alcun mio merito , ella s'è compiaciuta eiïammet- termi tra tjervitori & ami ci , e mandarmi poi quel cortefijfimo Sonetto intorno alla patrta delTaffo: il quale r/?è ftato gratijfi- moy non tanto per le mie lodi\ délie quali mi trovo immeritevole : quanto per la leg* giadria con che èfpiegato: che veramente è compitiffimo ne l fuo génère. Sarebbe kffi~ cio mio di rifponderle con altro Sonetto , co- rne fi fuolfare : ma di graz'ta ml perdant If. S. Illuflr. perche fono io adejfb , non pure nlieniffimo dalla Poe fia, ma affatto fpoeta- to , per cosi dire;, efTendo ii iungo tempo ch' io non ho feritto in rima, perdidiMu- fam tacendo. Tornando poi al fuo vaghis- fimo Sonetto, è cola ftrana che'l Manfo fi fia ingannato circa la patrïa del Tafîb , di cui era tanto famigh are Çjf intrinfeco: Je pure fi è ingannato. egli menzione, non folamente délia Chiefa di Surrento , dove il fTaffofk battezato , ma anco di molti tefti* rnoni di veduta, da* quali are a uditofpeffe 'volte raccontare T'orquato T'aJJ'o efjer nato in Surrento. Soggiugne , che per accertar- fi con gli Qcchi proprii di quefie cofe, non

Anti-Baillet. P. I. 119

gli era rmcrefciuto iïandar perfonalmente in Surrento , e dirnorarvï alcuni di : e cbe di pik aveva voluio cjjere intromejfo ne lie ftejfie camere doue il Tajjo nacque. Il Gad- di ancby egli , e l'A bâte Ghilini , ne i loro Elogi , fcrtfiero che era il TaJJb Surrentino* Ne provano il contrario i pafii délia Sup- plie a alla Città di Bergamo, ne quelli del Dialogo del Piacer Oneflo , & altri accen- nati da V. S. Illuft. intendendofi delï* ori- gine , e non délia nafcita del "Tafifo. Co- munque fi fia, sa bcne V. S. Illujl. le di- verfe opinioni intorno alla patria di quel gran Poëta , e che le Città ai Napoli , di Bergamo, di Surrento, di Saler no y conte- fero già tra di loro , per averlo per Cittadi- no. Voleva il Marini, Napolitano 3 fofTe Napolitano.

Nacqui in Sebeto : in riva al piantai Di mia verde Corona i primi ailori ,

dice egli in perfona del Taïîb, in un fao Sonetto fbpra il ritratto di detto Taiïb. Ma mm sa ella iorfe cbe la Città di Ferra- ra anch* ella pua entrare in quefia Vite ; il Signor Conte di Brienna il gwvane , Se- gretario di Stato del Chrijlianijfimo , a- vendo fcritto in u:-ia fita brève Relazione de"* fuoi lunghi Viaggi , fcritta in Latino ornât a-<nentc , e vaga-nente , e data alla luce du<; me fi fono , cbeU 'Tafib era Ferrarefe. Sic cbe, non pur per lafublimità de1 Verfi, ma per lo rifguardo ancora di tante Città cbe do*>o la fua Morte Ji vantarono d'averh fer ÇittadinO) viens meritevolmente cbia-

mato

no Akti-Baillet. P. I. mato POmcro delP Italica Favella. E co- rne fi difje d'Omero-, délia nafcita del quale fette Città contefero dopo la fua morte, the mentre viffe , non ebbe ne cafa , ne patria,

[R-?F7Ù fitet%0V7O Xrotetç VIX.V6S Vtfl VUTpl}'

"EîtAéto èe Çavroç ftyot ev cikÎciov,

(E un mio Epigrammd) fi puo dir Pifteff** cofa del TaJ/o: che veramente non mend'O- mero egli dalla fortuna mal traitato, Prega in un a fua Lettera un fuo am.co a preflargli uno fcudo ; e non avendo danari da comprar candele , per ifcrivere i fuoi Verfi, prega in un fuo Sonetto lafuagatta afargli lume con glï occbi. Ma di queflo non più. Sento che V. S. Illufl. da più an- ni in qua fi fia applicata ad una nuova Edizione di tutte le Opère di queflo famofo Scrittore : di che mi r allegro injinïtamente ; cffendo délie di lui Compofitioni ammiratore quariP aie un altro. Fia le Opère J marri te del Taffo , menïione il Manfo d'un Dialogo délia Crudelta , e d'un certo Trattato , intitolato , // Civile. Mi farà caro d'intendere fe V.S. Illufirif. abbia ta- li Compofifcfoni : giacche fer if] e il Signor Falconieri ch* ella n'avea moite del Talïb non più ftampate : e fe le à , la prego a dirmi che cofa lia quel Civile. Frattanto, fîami lecito di darle un confîglio intorno a quefta fua nuova edizione: cioè, di f cri- ver la Vita di quel grand? uomo : poiche il Manfo che lafcrijfe^ a lafeiate à dietro as-

faiffi-

A K T I - B A I L L E T. P. I. I2T

faiffinte cofe curiofe. Credo che V. S. II- lu/trif aura adefj'u ricevute le mie OJferva- Ztoni fopra C Aminta. Se ellafi degnerà di hggerle , la fupplico di fignificarne gli erro- ri ai Signor Oîtavio : acetoebe ammonito da lui, 10 pojfa emendargli ne lia féconda edi- zione chefi va preparando. E qui per fine, mi coï/j'ermo per fempre ,

Di V. S. Illust.

Umiliflîmo, divotiffimo,& o- bligatiffimo Servitore,

Egidio M en agio.

it mamlo una Lertera origina- le del Tafio, mandatami dal Si^nor Giuliano Pacione.

Voici la Réponfe que me fit M. Marc' An- tonio Foppa.

Illuftmo. Signor mio, e Padron colmo.

Fra i molti oblighi che io o al Signor Ot^ tavio Falconieri , uno de"* maggiori, e fa- ver mi aperta la flrada di far faper à V. S. llluft. foJJ'ervanza fingolare che pvrto alla fua perfona, e Infirma che fo de"* fuoi nobi- lijfimi Componimenti, eJl defiderio d'efferle Servitore : di che volli darle un picciolo e debil fegno con quel Sonetto , troppo lodato dalla fua cortefia^e troppo gradito dalla fua. gentilezza. Onde mi veggo accrefciuîo l'o- bi'igo di renderle, corne fo , grazie infinité ,

*ïom. VIL Part. L F per

122 Anti-Baillet. P. î. » per tante drmoftrationi d'affetto , che V. S. llhift.fi compiace cTtifar meco : C25 anco, per fonor fattomi , col dono deW Aminta^ tanto da me più (limât q , per ventrue* ac- crejctuto di pregio , c on Caggiunte Note dél- ia fua dottijfima mano. Io le offerla di nuovo , con quefte righe , délia miafomma divozione : e la prego a non ifdegnarla, & à non penfar di far mi altra grazia di quel* la ctf io ricevo , e ricevero jempre dalf es- fer da lei flimato veto fuo Servitore , e non mcno deW altre fue degniffime condizioniy ehe del fuo chïariffimo ingegno e délie Opère parzialiffimo ammiratore. Quant o aW al- tra parte délia fua Lettera,fe le cofe clo* io dettai al Signor Ottauio , che mi diffe aver- le fcritte à l7. S. Illuft. non bajlano à per- fuaderla, che volèxdo Jïriver9 il vero délia Patria del XaJFJ -> e^'1 non debba effer chia- mato affoltitamente Napoliia;:o , ma nell ifteffo tempo infieme Bcrgamafco, io non fa- prêt che p:k aggiungere. E mi duole che I?. S. llluflrif. in quefto , & in altri parti- colari^ notait nelV Aminta, intorno à cos- tumï & alla Vit a del Taffo , fi fia lafciata guider d:il JSÏanfo : il quale non conobbe il jfatfbfe non gli ulùmi anni délia fua zita: rjj1 à fcritte moite bugie palmari , corne fi vedfà daW Opère del Taffo chy io fpero di publicare. Dïco délie Opère di quefto Au- tore non pik Jiampate : che faranno tre Vo- lumi : uno ai Dialoghi , & Orazioni , e Diforfi: fra i quali non e , ne fi trovo mai quel délia C rude h à : che per errore